Géologie de la région du lac Sirmiq, Orogène de l’Ungava, Nunavik, Québec, Canada

Projet visant les feuillets 35K01, 35K02, 35K08, 35J05
Marc-Antoine Vanier et Isabelle Lafrance
BG 2020-02
Publié le  19 novembre 2019
À la UNE
L’Essentiel

La cartographie à l’échelle 1/100 000 de la région du lac Sirmiq représente la poursuite de la campagne de terrain réalisée en 2017 dans le secteur du cap Wolstenholme. La partie nord de ces deux régions était interprétée comme un arc magmatique paléoprotérozoïque (1863 à 1800 Ma), l’Arc de Narsajuaq. Toutefois, les datations U-Pb sur zircons obtenues suite aux travaux de 2017 démontrent une dominance de roches archéennes. Cinq âges de mise en place compris entre 2800 et 2550 Ma proviennent de différentes unités lithologiques de la région du cap Wolstenholme, soit deux diorites quartzifères à hypersthène, une opdalite, un gneiss tonalitique et un monzogranite. Ces lithologies ont pour la plupart été affectées par un métamorphisme au faciès des granulites entre 1880 et 1806 Ma et se prolongent vers l’est dans la région d’étude. Ainsi, la majeure partie du territoire attribué à l’Arc de Narsajuaq serait en fait composée de roches archéennes ayant subi un métamorphisme intense et prolongé au Paléoprotérozoïque. En plus des unités mentionnées précédemment, la région du lac Sirmiq comprend également des unités de gabbro, de tonalite, de monzonite quartzifère et de syénite, ainsi que des roches métasédimentaires migmatitisées et des gneiss granulitiques.

Les travaux de cartographie ont également permis de reconnaître des zones d’altération hydrothermale formant d’importants corridors E-W qui coupent les diverses unités encaissantes. Divers assemblages d’altération sont observés, les faciès principaux étant : 1) magnétite-clinopyroxène ± grenat ± graphite ± sulfures; 2) feldspath potassique-biotite-quartz-magnétite; et 3) grenatite à quartz-plagioclase-biotite-chalcopyrite. Ces faciès sont interprétés de manière préliminaire comme étant le produit de l’évolution d’un système à oxydes de fer-apatite et à oxydes de fer-cuivre-or (IOA/IOCG) avec une phase précoce d’albitisation sur laquelle s’est superposé une altération en Fe-Ca et en K-Fe de haute température, suivie d’une altération en Ca-Mg de basse température. Ces zones d’altération sont aussi associées spatialement à la présence d’anomalies régionales de sédiments de fond de lac en or et en cuivre.

Méthode de travail

La région a été cartographiée en utilisant la méthode établie pour les levés effectués dans les milieux isolés sans accès routier. Les travaux de cartographie géologique ont été réalisés par une équipe de deux géologues, un géologue stagiaire, un candidat à la profession d’ingénieur et trois étudiants entre le 11 juin et le 4 septembre 2019.

Données et analyses
ÉlémentNombre
Affleurement décrit (géofiche)632 affleurements
Analyse lithogéochimique totale254 échantillons
Analyse lithogéochimique des métaux d’intérêt économique94 échantillons
Analyse géochronologique10 échantillons
Lame mince standard253
Lame mince polie21
Coloration au cobaltinitrite de sodium189
Fiche stratigraphique10
Fiche de substances minérales1
 

Travaux antérieurs

Le tableau ci-dessous présente une liste sommaire des travaux réalisés depuis 1960 dans le secteur à l’étude. Il inclut aussi les références citées dans le bulletin. Une liste exhaustive peut être trouvée dans la base de données documentaire EXAMINE.

Travaux antérieurs dans la région d’étude
Auteur(s)Type de travauxContribution
Kretz, 1960Cartographie du nord du Nouveau-QuébecPremière carte géologique dans la zone d’étude
Parrish, 1989Géochronologie de l’Orogène de l’UngavaDatations U-Pb dans les domaines de Narsajuaq et de Kovik

St-Onge et al., 1988

Lucas et al., 1989

St-Onge et al., 1992

St-Onge et al., 2001

Synthèses et interprétations régionalesÉvolution structurale, tectonique et métamorphique; évolution géodynamique

Lucas et St-Onge, 1989

Lucas et St-Onge, 1992

Monday, 1994;

St-Onge et Lucas, 1995

St-Onge et al., 1999

St-Onge et al., 2000

Études structurales et métamorphiquesChronologie des événements de déformation et de métamorphisme; quantification des conditions métamorphiques

Charette et Beaudette, 2018

Cartographie de la région du cap WolstenholmeCaractérisation des unités lithostratigraphiques et des contacts géologiques
Trépanier, 2001Évaluation du potentiel en Zn-Pb-CuDécouverte d’un indice de Cu et de Ni

Corrigan et al., 2009

St-Onge et al., 2009

Synthèses régionales du Trans-HudsonienModèles géodynamiques régionaux et corrélations entre les différents domaines
Maurice et Lamothe, 2012Levés géochimiques de sédiments dans l’extrême nord du QuébecLocalisation de zones présentant un potentiel économique
Baragar, 2015Cartographie de la baie de KovikCaractérisation des unités lithostratigraphiques et interprétation des contacts lithologiques

Lithostratigraphie

La région du lac Sirmiq est située dans l’Orogène de l’Ungava de la Province de Churchill. Elle est constituée d’un ensemble de roches archéennes et paléoprotérozoïques remobilisées au Paléoprotérozoïque lors de la collision entre des terranes exotiques et le Craton du Supérieur (Orogenèse de l’Ungava; Hoffman, 1981). Dans la portion nord de l’Orogène de l’Ungava, deux ensembles lithotectoniques ont été reconnus lors des travaux antérieurs : l’Arc de Narsajuaq, au nord, et l’Antiforme de Kovik, au sud.

L’Arc de Narsajuaq, qui couvre la majeure partie de la région d’étude, est interprété par Dunphy et Ludden (1998) comme un terrane magmatique constitué de trois suites plutoniques d’âge paléoprotérozoïque (1863 à 1800 Ma). Cinq âges de mise en place obtenus récemment dans différentes unités de la région du cap Wolstenholme (Davis et Sutcliffe, 2018) démontrent toutefois qu’une part importante du Narsajuaq serait en fait constituée de roches archéennes (2800 à 2550 Ma) qui auraient subi un métamorphisme granulitique au Paléoprotérozoïque. Ces nouvelles données indiquent que cette unité lithotectonique ne représente pas un arc magmatique paléoprotérozoïque, ce qui a conduit Charette et Beaudette (2018) à le renommer Domaine lithotectonique de Narsajuaq.

L’Antiforme de Kovik, observée dans la partie sud de la région du lac Sirmiq, était quant à elle interprétée comme une fenêtre de socle archéen parautochtone, équivalent aux roches du Craton du Supérieur, résultant d’un soulèvement tarditectonique lors de l’Orogène de l’Ungava (St-Onge et Lucas, 1992). Un âge de mise en place paléoprotérozoïque obtenu par Davis et Sutcliffe (2018) dans l’une des unités principales du Kovik indique toutefois que cette dernière n’est pas uniquement formée d’unités archéennes. Cette entité est maintenant désignée comme le Domaine lithotectonique de Kovik. Le contact nord entre l’Antiforme de Kovik et le Complexe de Narsajuaq est constitué par la Zone de cisaillement de Sugluk.

Cette section offre une description sommaire des unités lithostratigraphiques de la région du lac Sirmiq présentées en fonction de leur chronologie relative. Une description plus détaillée de plusieurs unités est disponible dans le Lexique stratigraphique en utilisant les hyperliens ci-dessous.

 

Domaine lithotectonique de Narsajuaq

Dans la région d’étude, les orthogneiss migmatitisés du Complexe de Sainte-Hélène et les intrusions mafiques à intermédiaires à hypersthène du Complexe de Pingasualuit semblent représenter les roches les plus anciennes du Domaine de Narsajuaq. Le Complexe de Sainte-Hélène (Ashn) est constitué de gneiss tonalitique à dioritique quartzifère variablement migmatitisé et en contact transitionnel. Dans le secteur sud-ouest du Domaine de Narsajuaq, un âge de cristallisation de 2794 ±21 Ma (Davis et Sutcliffe, 2018) a été obtenu pour une tonalite de ce complexe. Une unité de gneiss granitique à granodioritique localisée au nord de la Zone de cisaillement de Naujaat assignée par Charette et Beaudette (2018) au Complexe de Sainte-Hélène a donné un âge de mise en place de 1901 ±8 Ma (Davis et Sutcliffe, 2018), ce qui a entraîné la définition d’une nouvelle unité, la Suite d’Uummanaq (pPuma). Le Complexe de Pingasualuit est l’une des unités les plus étendues de la région d’étude. Deux échantillons de diorite quartzifère à hypersthène prélevés par Charette et Beaudette (2018) dans cette unité ont donné des âges minimaux de mise en place néoarchéens (2773 et 2609 Ma; Davis et Sutcliffe, 2018). Quelques unités et sous-unités observées dans la région du lac Sirmiq ont été assignées au Complexe de Pingasualuit. Les principales sont la gabbronorite et le gabbro migmatitisés à grenat (nApgs4), les roches ultramafiques foliées (nApgs5), la diorite quartzifère à hypersthène et grenat (nApgs2b) et la gabbronorite magnétique (nApgs1b).

La majorité des intrusions felsiques de la Suite de Navaataaq se concentrent dans le secteur NW de la région où elles forment des bandes kilométriques E-W intercalées dans les unités des complexes de Pingasualuit, d’Estre et d’Eric Cove. Un âge de 2560 ±26 Ma (Davis et Sutcliffe, 2018) a été obtenu pour un échantillon d’opdalite prélevé dans la région du cap Wolstenholme. Une nouvelle unité de charnockite (nAnav2) a été identifiée dans la région d’étude. Le Complexe d’Estre (nouvelle unité) comprend une unité de gneiss granulitiques migmatitisés (ApPete1a) ou non (ApPete1) ainsi qu’une unité de diorite quartzifère stromatique à hypersthène (ApPete2). Nos travaux ont permis d’ajouter une nouvelle sous-unité de métatexite stromatique à hypersthène (pPecv2a) au Complexe d’Erik Cove composé de roches métasédimentaires variablement migmatitisées (métatexite, diatexite et granite d’anatexie). Des séquences importantes de quartzite (pPecv5) ont aussi été observées dans la région du lac Sirmiq. Un échantillon de quartzite a d’ailleurs été prélevé pour une analyse géochronologique afin de valider les âges détritiques paléoprotérozoïques obtenus dans un quartzite par Parrish (1989).

La Suite de Sanningajualuk regroupe une bonne partie des intrusions potassiques felsiques à intermédiaires du Domaine de Narsajuaq. Quelques nouvelles unités et sous-unités ont été reconnues dans la région d’étude et sont composées principalement de syénite (pPsnn2), de monzodiorite et de monzonite (pPsnn3). Ces lithologies comprennent possiblement plusieurs phases intrusives différentes. Un âge paléoprotérozoïque autour de 1758 Ma a été obtenu par Parrish (1989) pour un granite pegmatitique probablement associé à cette unité. La Suite de Frichet, constituée de monzodiorite porphyroïde avec ou sans hypersthène, est restreinte à l’extrémité SW de la région d’étude. Une nouvelle unité de leucogabbronorite grenue (pPfri2) lui a été associée. Les roches intrusives des suites de Kuugaq et d’Ivitaruq n’ont été observées que dans la partie NW du feuillet 25K08, dans le prolongement des unités de la région du cap Wolstenholme (Charette et Beaudette, 2018).

Domaine lithotectonique de Kovik

L’ensemble des unités de ce domaine lithotectonique était auparavant assigné au Complexe de Kovik. L’avancement des travaux de cartographie dans cette région devrait permettre de mieux définir les unités et de les réassigner à des suites distinctes en fonction de leurs compositions et de leurs caractéristiques structurales. Pour l’instant, l’ampleur des travaux réalisés dans la région d’étude ne permet pas de bien distinguer les unités felsiques. Certaines unités assignées initialement au Complexe de Kovik sont donc toujours utilisées dans la région d’étude. Il s’agit de l’unité de tonalite et de diorite quartzifère (ApPkvk6), de l’unité de tonalite et de granodiorite foliées à gneissiques (ApPkvk4) et de l’unité de granite (ApPkvk10). Les travaux de l’été 2020, qui couvriront les secteurs au sud et à l’est de la région d’étude, permettront de mieux définir ces différentes unités. Un échantillon prélevé dans une tonalite homogène assignée à l’unité ApPkvk4 a donné un âge paléoprotérozoïque de 1852 ±6 Ma (Davis et Sutcliffe, 2018). Historiquement, trois âges archéens (2882 à 2737 Ma) ont aussi été obtenus par Parrish (1989) et Scott et St-Onge (1995) à partir d’échantillons de tonalite prélevés dans le Domaine de Kovik. D’autres datations sont nécessaires pour bien définir ce domaine lithotectonique peu visité dans le cadre des présents travaux.  

Les unités mieux circonscrites au sein du Domaine de Kovik ont été assignées à de nouvelles suites distinctes. La Suite de Gastrin (ApPgan) est constituée de monzodiorite et de monzonite quartzifères mouchetées à clinopyroxène. Ces roches sont généralement homogènes, mais elles sont migmatitisées dans certains secteurs. La Suite de Crony regroupe les roches métasédimentaires du Domaine de Kovik. Elle comprend une unité de paragneiss migmatitisé et de métatexite stromatique (ApPcry1) ainsi qu’une unité de diatexite à schlierens (ApPcry2). Des roches similaires auparavant assignées aux sous-unités ApPkvk3a et ApPkvk3b par Charette et Beaudette (2018) dans la région du cap Wolstenholme ont été réassignées à la Suite de Crony. Enfin, la Suite de Kaputaaq regroupe des gabbros et des diorites (ApPkaq1) et des roches ultramafiques amphibolitisées à grenat (ApPkaq2). À l’instar du Crony, elle inclut maintenant les roches auparavant assignées à la sous-unité ApPkvk2a.

Géologie structurale

 

La région d’étude a été subdivisée en huit domaines structuraux (Sources, Sanngugumaq, Routhier, Siukkaq, Kuuruq, Estre, Aküllirütaaluk et Tasialuk) ainsi qu’en deux zones de cisaillement (Crevasse et Sugluk). Ces domaines sont individualisés sur la base des linéaments géophysiques, qui correspondent aux traces des foliations, et de l’attitude des fabriques structurales planaires et linéaires. Les roches de la région du lac Sirmiq sont caractérisées par une forte déformation pénétrative qui se manifeste par une foliation tectonométamorphique bien développée parallèle aux rubanements de composition et aux contacts lithologiques. En l’absence d’évidences indiquant une superposition de fabriques, l’ensemble des structures d’un même domaine est étiqueté Sn et Ln. Il est probable que l’ensemble de ces fabriques soit relié à un même événement tectonique qui se manifeste par des styles structuraux variables selon les domaines. En raison de la localisation des travaux, l’évolution structurale du Domaine lithotectonique de Kovik, situé au sud de la Zone de cisaillement de Sugluk, est relativement peu comprise et ne peut être corrélée avec celle du Domaine lithotectonique de Narsajuaq plus au nord.

Les zones de cisaillement de Sugluk et de la Crevasse ainsi que les domaines structuraux des Sources et d’Aküllirütaaluk sont caractérisés par un style de déformation associé à un chevauchement ductile montrant une composante dextre. L’attitude des foliations et des linéations minérales et d’étirement dans ces domaines varie peu. Les foliations sont généralement orientées SW à W avec un pendage de ~45°. L’orientation des linéations suit approximativement la ligne de pente avec un plongement de l’ordre de 30 à 35° et une direction dans le quadrant NW. Les mouvements observés dans l’est du domaine des Sources et dans les zones de cisaillement de la Crevasse et de Sugluk sont inverses avec une composante oblique dextre, indiquant un chevauchement du nord vers le sud. Bien que cette cinématique n’est pas aussi bien exprimée dans la partie ouest du Domaine des Sources et dans le Domaine d’Aküllirütaaluk, on y interprète également un mouvement de chevauchement en raison de la continuité des structures. La rareté des indicateurs cinématiques dans ce secteur est attribuée à une déformation moins intense. La déformation associée au chevauchement à composante dextre est aussi focalisée dans quelques zones de cisaillement subverticales. Le segment nord de la Zone de cisaillement de la Crevasse représente le meilleur exemple de ce phénomène. On y observe une linéation d’étirement subhorizontale contenue dans une foliation mylonitique subverticale que l’on associe à un décrochement senestre. Le segment sud de cette même zone de cisaillement possède un pendage de ~45° et une direction sud à SW, mais présente toutefois un mouvement inverse à composante dextre. La géométrie et la cinématique de ces deux segments s’expliquent par un chevauchement vers le SE du bloc délimité par la Zone de cisaillement de la Crevasse. Le Domaine de Sanngumaq est aussi attribué à la focalisation de la déformation dans des structures verticales lors d’un chevauchement à composante dextre.

Le Domaine structural d’Estre n’est pas adjacent aux domaines discutés précédemment, mais il partage avec eux plusieurs caractéristiques. L’orientation de la foliation est semblable à celle du Domaine des Sources et une zone de cisaillement inverse traverse la portion est du domaine. Toutefois, les linéations d’étirement et minérales ont une orientation moins régulière avec un plongement variant entre la ligne de pente et l’horizontal. Dans la portion ouest du domaine, la foliation et la linéation sont faiblement inclinées avec une orientation NW. Dans l’ensemble, la déformation principale de ce domaine peut être corrélée avec la phase de chevauchement à composante dextre décrite dans la partie ouest du secteur cartographié.

Le Domaine de Routhier est caractérisé par une géométrie en dôme. La limite de ce domaine avec le Domaine de Kuuruq est diffuse. Ce dernier est caractérisé par des fabriques planaires subhorizontales et une linéation minérale et d’étirement d’orientation moyenne WNW-ESE. Le Domaine de Kuuruq est limité à l’ouest et au NW par des zones de cisaillement correspondant à d’importants linéaments géophysiques. Différentes interprétations découlent des observations de terrain et des images géophysiques. Les zones de chevauchement du Domaine des Sources contournent, ou encore sont coupées par le dôme structural représenté par le Domaine de Routhier. La première hypothèse est préférée puisqu’il n’existe pas d’évidences appuyant l’existence de deux phases de déformation dans le Domaine lithotectonique de Narsajuaq. Selon cette interprétation, les zones de chevauchement se joindraient à une zone de cisaillement de type indéterminé qui délimiterait le dôme structural de Routhier à l’ouest, alors que plus au sud, le Domaine des Sources chevaucherait le Domaine de Kuuruq. Puisque les relations entre les zones de chevauchement et le dôme structural n’ont pas été établies, il est possible que le dôme se soit formé après les chevauchements, ou encore que le Domaine des Sources chevauche à la fois les domaines de Routhier et de Kurruq. La chronologie des fabriques dans ces deux domaines ne peut pour le moment être située par rapport à l’événement de chevauchement. Toutefois, ces structures représentent clairement des styles de déformation distincts, soit un dôme structural et une zone caractérisée par des structures subhorizontales. Les traces de foliation indiquent que le Domaine de Siukkaq est affecté par un pli serré. Ces structures sont difficilement interprétables, mais pourraient s’expliquer par l’existence d’un domaine coincé et affecté par un plissement complexe.

Géologie économique

La région du lac Sirmiq présente des zones favorables pour deux types de minéralisation :

  • minéralisation de Fe-Cu-Au de type IOA/IOCG
  • Minéralisation magmatiques de Ni-Cu ± Co ± EGP

Le tableau des zones minéralisées ci-dessous présente les résultats d’analyses pour les cinq zones minéralisées connues dans le secteur, incluant trois nouvelles zones minéralisées découvertes dans le cadre de nos travaux et deux zones minéralisées connues.

Zones minéralisées dans la région du lac Sirmiq


Nouveaux
NomTeneursCommentaires
Minéralisation de Fe-Cu-U-Au-Ag, de type Olympic Dam et Kiruna  
Cobin372 920,08 ppm Fe (G) 
Derville443 699 ppm Fe (G) 
Derville-Est402 854,4 ppm Fe (G) 
Sirmiq406 351,4 ppm Fe (G) 
Sirmiq-Est333 682,74 ppm Fe (G) 
Sirmiq-NE336 061,6 ppm Fe (G) 
Sirmiq-Sud360 191 ppm Fe (G) 
Connus
NomTeneursCommentaires
Minéralisation en métaux rares associée aux roches hyperalcalines 
Sanningajualuk7 990 ppm Zr (G) 
Minéralisation magmatique, Ni-Cu dominant (±Co ±EGP)
ÉCH. 124767975 ppb Pd (G); 6 894 ppm Ni (G); 2 163 ppm Cu (G); 397 ppb Pt (G); 365 ppb Au (G); 3 580 ppm Cr (G) 

(G) Échantillon choisi

Le tableau des analyses lithogéochimiques des métaux d’intérêt économique donne la localisation, la description et les résultats d’analyse pour 94 échantillons choisis dans le but d’évaluer le potentiel économique de la région.

Minéralisations connues dans la région d’étude

Nouvelle teneur indicielle en éléments du groupe du platine sur une zone minéralisée en nickel

 Les travaux de l’été 2019 ont permis de relocaliser la zone minéralisée ÉCH. 124767, découverte en 2001 par Exploration Noranda (Trépanier, 2001), à ~185 m au nord de la position décrite. En effet, une vérification sur le terrain n’a pas permis de retrouver de roche ultramafique sur le site indiqué dans le rapport. L’échantillon 124767 de Noranda, qui n’avait pas été analysé pour les platinoïdes, a donné des teneurs de 0,7 % Ni et 0,2 % Cu. Deux échantillons prélevés à l’été 2019 sur l’affleurement 19-IL-3143 ont révélé la présence de teneurs indicielles en palladium (975 ppb Pd) et anomales en or (365 ppb Au), platine (397 ppb Pt) et chrome (0,4 % Cr). La minéralisation consiste en 5 à 12 % de pyrrhotite disséminée et en nodules centimétriques avec <1 % de chalcopyrite et pentlandite. La roche ultramafique appartenant au Complexe de Pingasualuit est en contact au sud avec un paragneiss migmatitisé à hypersthène et grenat du Complexe d’Erik Cove et avec une opdalite foliée de la Suite de Navvaataaq, au nord. Le prolongement de cette intrusion a aussi été observé à 3 km vers l’est où des teneurs anomales en cuivre ont été obtenues. La zone favorable de Platinic correspond à cette intrusion.

 Minéralisations méconnues et découvertes lors des présents travaux

Découverte de grandes zones d’altération associées possiblement à la présence d’un système IOA/IOCG

Des corridors d’altération régionaux associés à de fortes anomalies magnétiques ont été reconnus au sein de diverses roches encaissantes de la région d’étude. Plusieurs schémas d’altération ont été observés et regroupés, de façon préliminaire, en trois faciès présentés ci-dessous comme des zones favorables distinctes.

La zone favorable du Dôme de fer est principalement associée à un linéament aéromagnétique de plus de 30 km de longueur. Des zones minéralisées associées à des linéaments aéromagnétiques de moindre importance sont également présentes plus à l’est, à proximité de la côte du détroit d’Hudson. Les niveaux altérés font entre 1 et 60 m de largeur et ont été observés dans l’opdalite de la Suite de Navvaataaq, les intrusions mafiques à intermédiaires du Complexe de Pingasualuit et le gneiss granulitique du Complexe d’Estre. Indépendamment du protolite, la minéralogie de ce faciès d’altération se compose de magnétite (30 à 65 %)-quartz-pyroxène ± grenat ± sulfures ± graphite. La magnétite forme des lentilles allongées dans la foliation ainsi que des rubans centimétriques. Ce faciès d’altération est accompagné de lentilles et de niveaux discontinus rouillés de même composition comprenant de 1 à 3 % de sulfures. Plusieurs teneurs indicielles en fer ont été obtenues et font l’objet des sept zones minéralisées dont trois sont décrites ci-dessous.

La zone minéralisée de Derville (jusqu’à 63,44 % Fe2O3) regroupe les affleurements 19-IL-3148 à 3150 situés dans le même secteur. La partie centrale de la zone formée d’opdalite de la Suite de Navaataaq est bordée au nord et au sud par deux niveaux plus ou moins rouillés et fortement magnétiques de 2 à 10 m de largeur. Ces niveaux affleurent sur au moins 170 m de longueur. En plus du faciès à magnétite, des rubans et des niveaux centimétriques à décimétriques à grenat-magnétite et pyroxène-magnétite-amphibole ont été observés du côté nord. La zone de Derville-Est est localisée sur l’affleurement 19-MV-1068 et se situe dans le prolongement de la zone Derville, à ~1,6 km à l’est. Le niveau à magnétite fait entre 1 et 2 m de large et des zones rouillées à grenat-clinopyroxène-quartz de 3 à 10 m de largeur sont observées sur plus de 165 m de longueur. Les deux faciès renferment jusqu’à 1 % de sulfures disséminés, principalement de la pyrrhotite. La zone Sirmiq-NE, localisée sur l’affleurement 19-IL-3005, expose un niveau rouillé de 160 m sur 60 m au sein d’une diorite à hypersthène du Complexe de Pingasualuit.

La zone favorable de Magnet comprend deux polygones associés à de fortes anomalies magnétiques positives et correspond à une zone d’altération potassique et ferrifère. Dans le secteur des affleurements 19-IL-3165 et 3166, deux assemblages minéralogiques sont reconnus : feldspath potassique-magnétite-biotite-clinopyroxène ± grenat ± quartz et clinopyroxène -amphibole-carbonate-sulfures. Ces zones d’altération alternent à l’échelle décimétrique et affectent un gabbro et une pyroxénite du Complexe de Pingasualuit. Sur l’affleurement 19-IL-3102, un gabbro mélanocrate est injecté par une syénite. La portion sud de l’affleurement est caractérisée par une alternance de niveaux altérés décimétriques à métriques montrant les assemblages suivants : 1) feldspath potassique-biotite-magnétite; 2) clinopyroxène-biotite-magnétite-carbonate-sulfures; et 3) albite-hornblende-magnétite-sulfures.

La zone favorable de Garnot regroupe cinq secteurs caractérisés par la présence de grenatite à quartz-plagioclase-biotite ± carbonate ± chalcopyrite ± malachite ± azurite. À l’affleurement 19-MV-1114, le gabbro renferme de nombreuses zones métriques de grenatite contenant jusqu’à 1 % de chalcopyrite disséminée. Certaines zones métriques de grenatite sont fracturées et affectées par une altération supergène ayant entraîné la formation de placages de malachite et d’azurite. À l’affleurement 19-IL-3094, un niveau métrique à grenat-pyroxène renferme des veinules de carbonate et ~2 % de pyrite et de pyrrhotite disséminées associées à des traces de chalcopyrite. Les résultats d’analyses indiquent des teneurs anomales en cuivre allant jusqu’à 1180 ppm.

La présence de ces zones d’altération hydrothermale est interprétée comme étant le produit de l’évolution d’un système IOA/IOCG où l’on observe une phase d’albitisation précoce sur laquelle se superposent des altérations en Fe-Ca et en K-Fe de haute température, puis une altération en Ca-Mg de basse température. Ces altérations sont aussi associées spatialement à la présence d’anomalies régionales de sédiments de fond de lac en or et en cuivre (Maurice et Lamothe, 2012). Les résultats d’analyses indiquent aussi près d’une dizaine de teneurs anomales en cuivre (jusqu’à 2660 ppm) à proximité des grenatites de la zone favorable Garnot.

 

Découverte d’intrusions ultramafiques présentant un potentiel pour des minéralisations de Ni-Cu ou de Cr

 Des lentilles de roche ultramafique ont été observées au sein de diverses unités lithologiques du secteur. Les résultats d’analyses provenant de ces intrusions sont encore incomplets; toutefois des zones favorables ont été définies pour celles qui ont révélé des teneurs anomales. La zone favorable de Cupri est associée aux affleurements 19-IL-3056 et 3057 et correspond à un fort linéament aéromagnétique de 4 km de longueur. La pyroxénite amphibolitisée affleure sur au moins 350 m de largeur et est caractérisée par la présence commune de malachite. Une zone rouillée renfermant 2 % de pyrrhotite et de pyrite disséminées a donné une teneur anomale en Cu (894 ppm).

La zone favorable de Croma comprend deux intrusions ultramafiques qui présentent des teneurs anomales en chrome (0,3 % Cr et 0,4 % Cr2O3). À l’affleurement 19-IL-3006, la roche ultramafique affleure sur 70 m de largeur et est spatialement associée à un fort linéament aéromagnétique de 3,7 km de longueur. À l’affleurement 19-MV-1054, une pyroxénite du Complexe de Pingasualuit est caractérisée par la présence d’environ 10 % de plagioclase et de pyroxène coronitique. La présence de ces roches ultramafiques indique aussi un potentiel pour des minéralisations de Ni-Cu dans la zone d’étude.

Collaborateurs

 
AuteursMarc-Antoine Vanier, ing. jr, M. Sc. marc-antoine.vanier@mern.gouv.qc.ca
Isabelle Lafrance, géo., M. Sc. isabelle.lafrance@mern.gouv.qc.ca
GéochimieFabien Solgadi, géo., Ph. D.
GéophysiqueSiham Benhamed, géo. stag., M. Sc.
Rachid Intissar, géo., M. Sc.
Évaluation de potentielHanafi Hammouche, géo., M. Sc.
LogistiqueMarie Dussault, coordonnatrice
GéomatiqueJulie Sauvageau, technicienne en géomatique
Conformité au gabaritFrançois Leclerc, géo., Ph. D.
Accompagnement/mentorat et lecture critiqueBenoit Charette, géo., M. Sc.
OrganismeDirection générale de Géologie Québec, Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Gouvernement du Québec

Remerciements :

Ce Bulletin GéologiQUE est le fruit de la collaboration de nombreuses personnes qui ont activement pris part aux différentes étapes de la réalisation du projet. Nous tenons à remercier la géologue Julie Vallières, le candidat à la profession d’ingénieur Thierry-Karl Gélinas ainsi que les étudiants Ismaël Couture, Charles D’Amours et Félix-Jérôme Perron. Nous aimerions souligner l’excellent travail de la cuisinière Paméla Fournier, de l’infirmière Madeleine Bourassa et de l’homme de camp Richard Brunet. Le transport sur le terrain a été assuré par la compagnie Héli-Inter. Le pilote Michel Meunier et les mécaniciens Cynthia Nubien et Esteban Lezana ont accompli leur travail avec efficacité et professionnalisme.

Références

Publications du gouvernement du Québec

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Autres publications

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19 novembre 2019