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Complexe d’Erik Cove
Étiquette stratigraphique : [ppro]ecv
Symbole cartographique : pPecv

Première publication :  
Dernière modification :

 

 

Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
pPecv4 Granite d’anatexie et niveaux de paragneiss migmatitisé
pPecv3 Diatexite
pPecv2 Métatexite
pPecv1 Paragneiss rubané
pPecv1b Métasédiment gréseux, métasédiment rouillé et injections tonalitiques de type mobilisat
pPecv1a Paragneiss rubané et paragneiss migmatitisé avec niveaux de formation de fer
 

 

 

Auteur :

Charette et Beaudette, 2018
Âge :Précambrien / Protérozoïque / Paléoprotérozoïque
Coupe type : 
Région type :Secteur d’Erik Cove (feuillet SNRC 35K11)
Province géologique :Province de Churchill
Subdivision géologique :Orogène de l’Ungava / Arc de Narsajuaq
Lithologie :Roches métasédimentaires et intrusives felsiques
Type d’unité :Lithodémique
Rang :Complexe
Statut :Formel
Usage :Actif

 

Unité(s) apparentée(s)

Aucune

 

 

Historique

Le Complexe d’Erik Cove a été introduit par Charette et Beaudette (2018) afin de décrire les lambeaux et les séquences de paragneiss d’extension kilométrique et de migmatites distribués au sein de l’Arc de Narsajuaq. Avant les travaux de ces auteurs, les paragneiss étaient assignées au Groupe de Sugluk (Lucas et St-Onge, 1991). Toutefois, le degré de métamorphisme élevé des roches métasédimentaires présentes dans l’Arc de Narsajuaq, caractérisé notamment par la perte des structures primaires, les paragenèses du faciès des amphibolites et localement de celui des granulites, ainsi que la présence d’indices de fusion partielle, fait en sorte que l’utilisation du rang de groupe est inappropriée au regard du Code stratigraphique nord-américain (NACSN,1983, 2005; MERQ, 1986). Par ailleurs, Charette et Beaudette (2018) ont jugé opportun d’abandonner le terme de Sugluk, qui fait déjà référence à de nombreuses entités tectoniques dans la région (p. ex. la Suture de Sugluk, le bloc de Sugluk, le terrane de Sugluk, etc.), au profit de « Complexe d’Erik Cove » qui inclut non seulement les paragneiss, mais aussi les migmatites considérées comme issues de leur fusion et leur mobilisat de type granite d’anatexie. Il y a lieu de noter qu’à ce jour, des roches assignées au Groupe de Sugluk subsistent encore plus à l’est; les futures campagnes de cartographie géologique prévues par le ministère de l’Énergie et des Ressources natuelles dans ces secteurs devraient mener à la mise à jour de nos connaissances. 

Description

 

 

Le Complexe d’Erik Cove se compose de lambeaux métasédimentaires variablement migmatitisés qui ont été divisés selon leur taux de fusion partielle et leur structure migmatitique. L’unité principale est un paragneiss rubané à biotite ± grenat faiblement migmatitisé (pPecv1) qui inclut localement des formations de fer (pPecv1a) et qui forment de grandes bandes kilométriques de composition plus gréseuse dans la partie nord de l’arc (pPecv1b). Les unités pPecv2 et pPecv3 correspondent aux paragneiss ayant subi un taux de fusion partielle plus élevé et sont respectivement décrites comme une métatexite et une diatexite. Les secteurs où ont été observées des quantités importantes de mobilisat sous forme de zones et d’injections dans les paragneiss sont regroupées dans l’unité pPecv4.

Complexe d’Erik Cove 1 (pPecv1) : Paragneiss rubané

L’unité pPecv1 représente le faciès dominant des séquences métasédimentaires du Complexe d’Erik Cove. Le paragneiss de cette unité est généralement peu migmatitisé, bien qu’il puisse contenir quelques niveaux ou zones décimétriques à métriques de métatexite ou de diatexite. Sur certains affleurements, un rubanement compositionnel est marqué par la variation des proportions de minéraux ferromagnésiens et de quartz ainsi que par la présence de grenat, d’aluminosilicate, de graphite ou de sulfures. Par endroits, un rubanement est aussi marqué par des variations de granulométrie ou par la présence de niveaux centimétriques à décimétriques de quartzite ou de métasédiment très riche en quartz. Des niveaux de composition dioritique ou gabbroïque sont aussi localement présents en contact net dans les paragneiss, en plus d’être boudinés par endroits.

Les paragneiss de l’unité pPecv1 contiennent entre 5 et 20 % de leucosome blanchâtre en ruban ou en amas millimétriques à centimétriques en contact diffus. Ceux-ci sont généralement plus grossiers que la matrice, variant de grain fin à moyen, et incluent par endroits du grenat en porphyroblaste et des niveaux minces ou des amas de biotite. Selon l’étude pétrographique des échantillons collectés dans les lithologies de l’unité pPecv1, la composition des paragneiss est généralement faible en potassium et varie de psammitique à semi-pélitique. Localement, des niveaux de composition pélitique sont présents. La biotite est le minéral ferromagnésien principal et est présente en proportions très variables (entre 15 et 40 %). Par endroits, ce mica prend une couleur rouge brunâtre indiquant que des conditions de haute température ont été atteintes. Lorsque le grenat est présent dans l’assemblage minéral, il se présente en porphyroclaste, parfois fracturé ou localement allongé dans la foliation. La proportion de grenat est généralement inférieure à 10 % mais peut atteindre 30 % dans certains niveaux. La matrice quartzofeldspathique est bien recristallisée et, à proximité des failles, présente une orientation préférentielle ainsi que des rubans de quartz. Localement, une faible proportion d’amphibole est présente dans les paragneiss. Aussi, l’orthopyroxène est localement observé dans l’assemblage minéralogique et souligne des conditions de métamorphisme au faciès des granulites. Les minéraux accessoires incluent la muscovite, la chlorite, les carbonates, les sulfures, le graphite, alors que l’apatite, l’allanite, le zircon et la monazite sont en traces.

 

Complexe d’Erik Cove 1a (pPecv1a) : Paragneiss rubané et paragneiss migmatitisé avec niveaux de formation de fer

 

La sous-unité pPecv1a a été introduite afin de distinguer les secteurs où le paragneiss de l’unité pPecv1 renferme des niveaux de formation de fer ou de paragneiss riche en magnétite. En général, il s’agit de niveaux de formation de fer silicatée ou de formation de fer oxydée de quelques mètres d’épaisseur (2 à 10 m) présents en contact net au sein de paragneiss faiblement migmatitisé. Le rubanement des formations de fer oxydées est régulier, millimétrique à centimétrique, alors que les formations de fer silicatées ne montrent pas de rubanement ou encore un rubanement anastomosé produit par des rubans de quartz.

 

Complexe d’Erik Cove 1b (pPecv1b) : Métasédiment gréseux, métasédiment rouillé et injections tonalitiques de type mobilisat

 

Dans le secteur nord-ouest de l’Arc de Narsajuaq, deux larges bandes kilométriques de métasédiment se distinguent des lambeaux de paragneiss au sein des unités de l’Arc de Narsajuaq (pPecv1) par leur épaisseur plus importante, la présence de niveaux de couleur rouille à violacé à graphite et pyrite-pyrrhotite ainsi que leur composition parfois potassique et généralement plus psammitique à gréseuse. Celles-ci ont été assignées à la sous-unité pPecv1b. Les séquences métasédimentaires de cette sous-unité sont disséquées par de nombreuses injections leucocrates blanchâtres parfois à porphyroblaste de grenat lilas. Ces dernières représentent généralement entre 10 et 40 % des affleurements et sont subconcordantes à sécantes à la fabrique des métasédiments.

Au sein des larges bandes de l’unité pPecv1b, les métasédiments sont généralement gris clair à blanchâtre en surface fraîche et ont une patine d’altération orange rouille. Des bancs de quartzite d’épaisseur centimétrique à décimétrique sont plus couramment rencontrés que dans le cas des paragneiss de l’unité pPecv1. Les niveaux rouillés à violacés à graphite et pyrite-pyrrhotite marquent un rubanement décimétrique à métrique au sein des métasédiments. Ces niveaux sont parfois boudinés ou plissés et sont plus couramment observés le long de la rive du détroit d’Hudson dans les secteurs de Salluit et du cap Wolstenholme. Aussi, des niveaux rubanés de métatexite sont présents par endroits dans ces séquences métasédimentaires.

La sous-unité pPecv1b comprend généralement des roches métasédimentaires à biotite ou à biotite et grenat. La sillimanite et la cordiérite sont parfois observées.

Complexe d’Erik Cove 2 (pPecv2) : Métatexite

L’unité pPecv2 inclut les secteurs où le paragneiss est davantage migmatitisé (métatexite). Dans ces secteurs, les lithologies comprennent entre 20 % et 35 % de leucosome qui se distingue par des rubans millimétriques à centimétriques blanchâtres diffus. Habituellement, cette unité se distingue du paragneiss de l’unité pPecv1 par un aspect rubané qui, par endroits, produit une structure stromatique. Ces rubans sont plissés avec la foliation de la métatexite et sont parfois boudinés. Le leucosome se concentre aussi en niveaux ou en zones décimétriques concordants avec la foliation ou qui la coupent. Du grenat en porphyroblaste rosé à lilas (<20 %) et de la biotite en amas ou en schlierens leur sont habituellement associés. Localement, le grenat est entouré d’une auréole de biotite. À l’instar du paragneiss de l’unité pPecv1, des variations compositionnelles ainsi que des niveaux intermédiaires à mafiques sont observés dans la métatexite de l’unité pPecv2.

Complexe d’Erik Cove 3 (pPecv3) : Diatexite

La diatexite est généralement de type diatexite à radeaux de paléosome (schollen diatexite) ou diatexite à schlierens selon la classification de Sawyer (2008). Elle est blanchâtres à brun rouille en surface altérée avec une proportion variable de schlierens à biotite et grenat (5 à 20 %). Par endroits, la sillimanite est aussi observée. Des radeaux centimétriques à décimétriques de paragneiss mieux préservés sont présents en contact diffus et en proportions variables dans la diatexite.

Complexe d’Erik Cove (pPecv4) : Granite d’anatexie et niveaux de paragneiss migmatitisé

L’unité pPecv4 comprend un nombre important de matériel intrusif blanchâtre interprété comme du mobilisat de type granite d’anatexie. Ce mobilisat se présente sous forme de zones et d’injections blanchâtres qui peuvent occuper de 50 à 75 % de la surface des affleurements. Par endroits, du grenat de couleur rose à lilas est visible. Le paragneiss prend la forme de niveaux parfois diffus ou d’enclaves dans le granite d’anatexie.

Épaisseur et distribution

Le paragneiss et le paragneiss migmatitisé du Complexe d’Erik Cove forment des lambeaux hectométriques à kilométriques au sein de l’Arc de Narsajuaq. Les lambeaux dont la puissance est la plus importante se situent à proximité des grandes zones de déformation (c.-à-d. la Suture de Sugluk et la Zone de cisaillement de Naujaat). Les unités pPecv2 et pPecv3 sont habituellement associées au paragneiss de l’unité pPecv1. Celui-ci est en continuité latérale ou se présente en radeaux au sein de ces unités migmatitiques.

Datation

 

 

Plusieurs zircons détritiques et rutiles ont été datés par la méthode U-Pb dans un échantillon de quartzite prélevé au nord de la baie de Salluit et appartenant au Groupe de Sugluk (échantillon Sugluk-4-87; Parrish, 1989). Le plus vieux zircon détritique a été daté à 2545 Ma, alors que le plus jeune a donné un âge de 1830 Ma (Parrish, 1989). Ces âges indiquent que la source des roches métasédimentaires de l’Arc de Narsajuaq est diverse (archéenne et paléoprotérozoïque) et que l’âge maximal de déposition est de 1830 Ma. Toutefois, Parrish (1989) et St-Onge et al. (1992) soulignent l’incohérence de cette date avec les événements d’intrusion tardive et de métamorphisme au faciès des granulites qui ont affecté la région entre 1835 et 1820 Ma. Ces données géochronolo­giques laissent croire qu’un enfouissement rapide des sédiments a eu lieu, probablement suite au chevauchement des unités des diverses suites intrusives de l’arc vers 1830 Ma (Parrish, 1989; St-Onge et al., 1992).

Un âge de refroidissement de 1719 Ma a été obtenu par Bracciali et al. (2013) sur des grains de rutile du même échantillon de quartzite. Cet âge suggère une longue période de refroidissement suite au métamorphisme collisionnel de l’orogenèse de l’Ungava.

Des analyses d’isotopes de soufre ont été réalisées par Bui et al. (en préparation) sur neuf échantillons de paragneiss de l’unité pPecv1 et de la sous-unité pPecv1b. Un échantillon (17-MB-3025-A) a retourné des résultats indiquant un fractionnement des isotopes de soufre caractérisique des cycles sédimentaires à l’Archéen. La possibilité que le Complexe d’Erik Cove comprenne des roches sédimentaires archéennes n’est donc pas exclue, mais requiert d’analyser plus d’échantillons et de diversifier les méthodes d’analyse afin d’être confirmée.

 

 

Système isotopiqueMinéralÂge (Ma)(+)(-)Référence(s)
U-PbZircon2545Parrish, 1989 (éch. PCA-Sugluk-4)
U-PbZircon183033Parrish, 1989 (éch. PCA-Sugluk-4)
U-PbMonazite183522Parrish, 1989 (éch. PCA-Sugluk-4)
U-PbRutile17191414Bracciali et al., 2013

Relations stratigraphiques

Les paragneiss du Complexe d’Erik Cove font probablement partie des plus anciennes lithologies de l’Arc de Narsajuaq. Ils sont incorporés aux roches de l’arc sous forme de lambeaux. St-Onge et al. (1992) ont interprété ces roches métasédimentaires comme des dépôts en milieu profond mis en place en bordure d’un complexe d’arc insulaire, avec un enfouissement probablement rapide (Parrish, 1989; St-Onge et al., 1992).

 

 

Paléontologie

Ne s’applique pas.

Références

Auteur(s)TitreAnnée de publicationHyperlien (EXAMINE ou Autre)
BRACCIALI, L. – PARRISH, R.R. – HORSTWOOD, M.S.A – CONDON, D.J. – NAJMAN, Y.U-Pb-(MC)-ICP-MS dating of rutile: New reference materials and applications to sedimentary provenance. Chemical Geology, volume 347, pages 82-101.2013Source
BUI, T.H. – HALVERSON, G. – CHARETTE, B.Analyses des isotopes de soufre des échantillons recueillis à l’été 2017 par Géologie Québec lors du projet de cartographie géologique de l’Orogène de l’Ungava (Province de Churchill). Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, en collaboration avec l’Université McGill, Québec.En préparation
CHARETTE, B. – BEAUDETTE, M.Géologie de la région du cap Wolstenholme, Orogène de l’Ungava, Province de Churchill, sud-est d’Ivujivik, Québec, Canada. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec.2018Bulletin géologiQUE
LUCAS, S.B. – ST-ONGE, M.REvolution of Archean and early Proterozoic magmatic arcs in northeastern Ungava Peninsula, Quebec. Geological Survey of Canada; Paper 91-1C, pages 109-119.1991Source
PARRISH, R.R.U-Pb geochronology of the Cape Smith Belt and Sugluk block, northern Quebec. Geoscience Canada; volume 16, number 3, pages 126-130.1989Source
SAWYER, E. W.Atlas of migmatites. The Canadian Mineralogist, Special publication 9. NRC Reasearch Press, Ottawa, Ontario, Canada, 371 pages.2008Source
ST-ONGE, M.R. – LUCAS, S.B. – PARRISH, R.R.Terrane accretion in the internal zone of the Ungava orogen, northern Quebec. Part 1: tectonostratigraphic assemblages and their tectonic implications. Canadian Journal of Earth Sciences; volume 29, pages 746-764.1992Source
NORTH AMERICAN COMMISSION OF STRATIGRAPHIC NOMENCLATURE (NACSN)North American Stratigraphic Code. American Association of Petroleum Geologists Bulletin, volume 67, pages 841-875.1983Source
NORTH AMERICAN COMMISSION OF STRATIGRAPHIC NOMENCLATURE (NACSN)North American Stratigraphic Code. American Association of Petroleum Geologists Bulletin, volume 89, pages 1547-1591.2005Source
MINISTÈRE DE L’ÉNERGIE ET DES RESSOURCES DU QUÉBEC (MERQ)Code stratigraphique nord-américain (traduction de North American Stratigraphic Code, NACSN, 1983). Ministère de l’Énergie et des Ressources du Québec; DV 83-02, 76 pages.1986DV 86-02

 

 

26 avril 2018