English
 
Formation de Menihek
Étiquette stratigraphique : [ppro]me
Symbole cartographique : pPme

Première publication :  
Dernière modification :

 

 

Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
pPme10 Conglomérat à cailloux de chert gris
pPme9 Formation de fer au faciès sulfuré
pPme8 Grauwacke et siltite tufacée
pPme7 Pyroclastite mafique
pPme6 Basalte massif et coussiné
pPme5 Schiste à quartz, biotite, muscovite, chlorite ± grenat et phyllade
pPme4 Dolomie et dolomie gréseuse
pPme3 Grès quartzeux, grès subarkosique, wacke et lits locaux de conglomérat à cailloux de chert
pPme2 Grauwacke, wacke quartzitique, grès, grès quartzitique et lits de siltite et de mudstone
pPme1 Wacke, siltite et phyllade ± arénite
 
Auteur :Harrison, 1952
Âge :Précambrien / Protérozoïque / Paléoprotérozoïque
Coupe type :Aucune
Région type :Lacs Menihek et Howell, Terre-Neuve-et-Labrador (feuillet SNRC 23J07)
Province géologique :Province de Churchill
Subdivision géologique :Orogène du Nouveau-Québec (Fosse du Labrador) / Zones lithotectoniques de Bérard, de Hurst, des Mélèzes, de Payne, de Schefferville et de Tamarack
Lithologie :Roches sédimentaires clastiques et, en moindres proportions, roches sédimentaires d’origine chimique ou volcanique
Type d’unité :Lithostratigraphique​
Rang :Formation
Statut :Formel
Usage :Actif

 

 

Historique

Le terme Ardoises de Menihek a d’abord été proposé par les géologues de la Labrador Mining and Exploration Company en 1949 (Frarey et Duffel, 1964). Le nom Formation de Menihek est devenu formel avec Harrison (1952). Plusieurs travaux décrivant la Formation de Menihek ont eu lieu dans l’Orogène du Nouveau-Québec (Fosse du Labrador). Dans la partie nord de l’orogène, le Menihek a été principalement décrit par Dressler (1973, 1975 et 1979) dans la région du lac Patu et les environs de Fort Mackenzie, et par Clark (1977, 1979) dans les régions du lac Forbes et du lac Napier. Hardy (1976) a cartographié les roches de la Formation de Menihek dans la région des lacs Roberts et Des Chefs, au nord du village de Kangirsuk, dans l’extrémité nord de la Fosse du Labrador. Dans la partie sud de l’orogène, les roches du Menihek ont été cartographiées au Québec par Baragar (1967), Fahrig (1967) et Dimroth (1978) et, du côté de Terre-Neuve-et-Labrador, par Frarey (1961), Evans (1978) et Wardle (1979, 1982).

Dans la partie nord de l’orogène, Bergeron (1954, 1956) a proposé le nom de Formation de Larch River pour une séquence de grès, de siltite et de mudstone affleurant le long de la rivière aux Mélèzes. Le nom de Larch River Formation avait précédemment été donné à ces roches par les géologues de la compagnie Fenimore Iron Mines. Lors de la cartographie de la région chevauchant la rivière aux Mélèzes, Bérard (1965) a identifié l’unité sous le vocable Formation de Rivière Larch. Sauvé et Bergeron (1965) ont utilisé le même nom pour l’unité à l’ouest des lacs Gerido et Léopard. Clark et Wares (2004) ont recommandé l’abandon du nom de Formation de Larch River, puisqu’ils considèrent l’unité comme équivalente en partie au membre supérieur de la Formation de Baby et à la Formation de Menihek.

Le nom de Formation de Dragon a été proposé par Bérard (1965) pour une succession de sédiments détritiques (rythmites) située entre la Formation de Sokoman (appelée Formation de Fenimore par Bérard, 1965) et la Formation de Chioak, structurellement sus-jacente, dans la partie nord de la Fosse. L’unité consiste en de minces lits de siltite gris verdâtre alternant avec de minces lits de shale noir. Ceux-ci présentent des similitudes lithostratigraphiques avec les shales noirs à la base du Menihek (ou près de celle-ci) dans le secteur de Schefferville (Clark et al., 2008), les shales noirs à la base apparente du Menihek à la rivière aux Mélèzes (latitude 57°35’ N) et les shales noirs de la Formation de Dragon dans le nord de la Fosse du Labrador. L’unité a été considérée comme un membre de grès argileux de la Formation de Menihek par Clark et Wares (2004), et ces auteurs ont recommandé l’abandon du nom de Formation de Dragon.

Description

La Formation de Menihek est l’unité supérieure d’une séquence transgressive constituée de sédiments de plate-forme appartenant au Groupe de Ferriman, lequel s’est déposé dans l’avant-pays de l’Orogène du Nouveau-Québec durant le deuxième cycle de sédimentation et de volcanisme (Clark et Wares, 2004). La Formation de Menihek se compose essentiellement de rythmites (turbidites) qui témoignent d’un dépôt en eau profonde. Ces roches sédimentaires détritiques se composent de grès, de siltite, de mudstone, de mudstone graphitique (localement pyriteux), de grauwacke, de wacke, d’arénite et, en moindres proportions, de schiste à quartz, biotite, muscovite, chlorite et grenat, de dolomie, de phyllade, de conglomérat et de formation de fer. Une activité volcanique mafique a commencé vers la fin du dépôt du Menihek, principalement dans la Zone allochtone de Hurst (Baragar, 1967; Clark et Wares, 2004) dans le sud de l’orogène. Les roches volcaniques sont constituées de coulées basaltiques tholéiitiques massives et coussinées avec une faible proportion de roche pyroclastique mafique (Baragar, 1967; Dimroth, 1978). Les roches de la formation sont généralement au faciès métamorphique des schistes verts. Cependant, les faciès métamorphiques varient de schistes verts à amphibolites dans l’extrémité nord de la Fosse du Labrador, soit au nord d’Aupaluk. Sur le flanc ouest du Synclinal de Roberts ainsi qu’au nord du lac du même nom, les assemblages minéralogiques témoignent d’un grade métamorphique au faciès des schistes verts. Sur le flanc est du Synclinal de Roberts et dans le secteur de la rivière Brochant, au sud de la rivière Arnaud, ils attestent plutôt d’un grade métamorphique au faciès des amphibolites, mis en évidence par la sous-unité Menihek 5 (pPme5) (Bilodeau et Caron-Côté, 2018). Des structures primaires, telles qu’un litage entrecroisé, sont communes dans la partie nord de la Fosse du Labrador (Clark, 1979; Dimroth, 1978; Dressler, 1979), mais observables très localement dans l’extrémité nord (Hardy, 1976). Cependant, les structures primaires semblent généralement oblitérées par les structures secondaires tectono-métamorphiques, telles que la schistosité et le rubanement, générées lors de l’édification de l’Orogène du Nouveau-Québec (Bilodeau et Caron-Côté, en préparation). La Formation de Menihek présente un potentiel pour les minéralisations polymétalliques de type sulfures massifs exhalatifs dans les mudstones graphiteux et pyriteux (Clark et Wares, 2004).

Formation de Menihek 1 (pPme1) : Wacke, siltite et phyllade ± arénite

Cette unité est sus-jacente à la Formation de Sokoman. Dans l’extrémité nord de la fosse, elle est majoritairement constituée de wacke et, en moindres proportions, de siltite, de phyllade et d’arénite (Bilodeau et Caron-Côté, 2018). Plus au sud, l’unité est décrite comme une alternance de bandes millimétriques à centimétriques de mudstone et de siltite gris à noirs, finement laminés, légèrement graphitiques et pyriteux par endroits (Baragar, 1967; Dimroth, 1978; Dressler, 1979).

 

Le wacke présente une patine d’altération brune ou beige et est d’un gris moyen clair à moyen foncé en surface fraîche. Les affleurements contiennent généralement des veinules et des veines d’épaisseur millimétrique à décimétrique, boudinées et plissées, constituées de quartz à grain moyen. Le wacke se compose de quartz, de muscovite, de biotite et localement de plagioclase. Les phases minérales mineures et accessoires sont représentées par le plagioclase, le carbonate, la chlorite et la pyrite. La roche a une granulométrie fine. Elle est généralement schisteuse et présente communément des lamines millimétriques discontinues constituées de quartz. Les plans de schistosité sont marqués par l’orientation des micas. La roche est communément déformée et expose des plis isoclinaux et des clivages de crénulation (Bilodeau et Caron-Côté, 2018).

La siltite possède une patine brune à gris noirâtre moyen foncé et localement rouille. La couleur en surface fraîche est gris noirâtre foncé. Elle a une granulométrie très fine à aphanitique et sont généralement laminées ou schisteuses. Cette roche se compose de biotite, de muscovite et de quartz et les phases minérales mineures et accessoires sont généralement représentées par le graphite et les sulfures (Bilodeau et Caron-Côté, 2018).

Le phyllade correspond à une métasiltite ou un métamudstone qui a une schistosité plus pénétrative. En échantillon macroscopique, la surface des plans de schistosité présente un aspect lustré, probablement causé par le contenu en séricite. Le phyllade a la même composition minéralogique que la siltite, mais semble se distinguer localement par une teneur plus élevée en graphite, allant de 1 à 5 %. Au sein du Synclinal de Roberts, le phyllade affleure localement dans différents niveaux stratigraphiques du Menihek. Cependant, ils sont observés à plusieurs endroits en contact direct avec l’unité sous-jacente de la Formation de Sokoman (Bilodeau et Caron-Côté, 2018).

L’arénite est majoritairement composée de quartz et contiennent des minéraux accessoires tels que le plagioclase, la biotite, la muscovite, l’épidote, le feldspath potassique, le carbonate et la magnétite. Elle a une granulométrie variant de grain fin à moyen et présente généralement une structure massive et plus localement laminée ou schisteuse. Cette roche est de couleur gris pâle à gris foncé en surface fraîche et altérée. La présence de lits entrecroisés a été localement observée (Hardy, 1976). Les arénites observées dans les travaux de Hardy (1976) et de Bilodeau et Caron-Côté (2018) se retrouvent principalement dans la partie septentrionale du Synclinal de Roberts, au nord du lac de même nom. Elles se retrouvent aussi plus localement le long du contact est du synclinal.

Formation de Menihek 2 (pPme2) : Grauwacke, wacke quartzitique, grès, grès quartzitique et lits de siltite et de mudstone

Cette unité constitue la partie supérieure du Menihek dans la partie nord de la Fosse du Labrador. Elle est composée principalement de lits centimétriques à métriques de grauwacke, de wacke quartzitique, de grès et de grès quartzitique interstratifiés avec des lits millimétriques à centimétriques de siltite et de mudrock. Le grauwacke et le wacke quartzitique sont gris, gris verdâtre ou verts et présentent localement une patine d’altération grise à brun jaunâtre. Ils ont une granulométrie fine et sont généralement laminés ou massifs. Ces roches montrent couramment des laminations d’échelle millimétrique (Dressler, 1979). Toutefois, Dressler (1979) indique que les affleurements localisés au nord-ouest du lac de l’Hématite (feuillet SNRC 24C10) montrent rarement des évidences de stratification ou de lamination. Dans la région du lac Otelnuk (feuillet 24C01), Dimroth (1978) souligne que les laminations, invisibles en affleurement, peuvent être observées au microscope. En lame mince, la grauwacke et le wacke quartzitique montrent des fragments anguleux (0,01 à 0,20 mm) de quartz, de plagioclase et de microcline dans une matrice composée de chlorite verte à vert brun pâle, de quantités mineures de séricite et d’oxydes de fer ainsi que des traces de carbonate. La biotite et des minéraux opaques sont parfois observés (Dressler, 1979). Le grès présente une patine brun chocolat, gris verdâtre ou grise. Il possède une granulométrie fine à très fine et est localement fissile (Clark, 1979). En lame mince, le grès est constitué de grains anguleux à subanguleux (0,03 à 0,30 mm) de quartz, de microcline et de plagioclase ainsi que de quantités mineures de carbonate et de petits fragments de pyroxène fortement altérés. La matrice est composée de chlorite, d’un peu de séricite et de poussière d’hématite très fine. Cette dernière donne à la roche une couleur brun chocolat (Dressler, 1979). Le grauwacke, le wacke quartzitique et les grès montrent communément une stratification entrecroisée, un litage convoluté ainsi que des concrétions carbonatées (dolomitiques) (Clark, 1979; Dimroth, 1978; Dressler, 1979). Les concrétions dolomitiques ont une taille allant de quelques centimètres à 0,6 m (Clark, 1977). La siltite a une patine brun chocolat, vert, gris vert ou gris. Elle a une granulométrie très fine et est laminée, parfois fissile (Clark, 1979; Dressler, 1979). Le mudstone présente une patine brun rougeâtre et est fissile (Clark, 1979). D’après Clark (1979), la couleur rougeâtre de certains lits pourrait être associée à l’altération, car elle coupe le litage. Par endroits, de rares lits de chert gris, de grès grossier et de conglomérat à cailloux de siltite et de grès quartzeux sont également rapportés (Clark, 1979; Dressler, 1979).

Formation de Menihek 3 (pPme3) : Grès quartzeux, grès subarkosique, wacke, lits locaux de conglomérat à cailloux de chert

Cette unité est constituée de grès quartzeux, de grès subarkosique et de wacke à grain fin à moyen et à patine gris moyen, gris foncé ou noir. Dans la région du lac Forbes (feuillet 24F05), l’unité se trouve surtout à la base de la Formation de Menihek et son épaisseur est estimée à plus de 100 m. Les roches sont massives ou présentent des stratifications entrecroisées localement. Des chenaux sont également observés par endroits. Des lits de conglomérats de 0,01 à 1 m d’épaisseur sont interstratifiés localement dans l’unité. Le conglomérat est communément constitué de cailloux de chert gris, mais des cailloux de quartzite blanc et de rares cailloux de jaspe sont également présents. Les cailloux sont subarrondis à allongés et subanguleux à bien arrondis et sont contenus dans une matrice de grès quartzeux (Clark, 1977).

Formation de Menihek 4 (pPme4) : Dolomie et dolomie gréseuse

Cette unité est constituée de dolomie, de dolomie gréseuse ou de grès dolomitique. Toutefois, elle est peu répandue. On la trouve au nord de la rivière aux Mélèzes (feuillet 24E09) où elle se présente sous forme de lits de dolomie grise de 2 à 3 m d’épaisseur et de dolomie gréseuse laminée, en lits de 30 à 60 cm, interstratifiée avec des lits fissiles de mudstone d’épaisseur centimétrique (Clark, 1979). Dans la région de la baie Kyak, au nord du lac Margery (feuillet 25D08), la dolomie est présente à l’intérieur de l’unité pPme1 en petits affleurements mesurant rarement plus de 15 m de longueur sur 3 m de largeur (Hardy, 1976). La roche est beige à brune en surface altérée et gris pâle en surface fraîche. Elle est coupée par de nombreuses veines de quartz, ce qui lui donne un aspect en quadrillage (Dimroth et al., 1970; Hardy, 1976). Les veines les plus importantes sont parallèles à la schistosité régionale, alors que les autres veines sont perpendiculaires aux premières. La roche est composée de 87 à 97 % de dolomite avec des quantités mineures de quartz (1 à 7 %), de biotite (jusqu’à 3 %) et de trémolite (jusqu’à 1 %). Des traces de talc et de minéraux opaques sont également présentes (Hardy, 1976).

Formation de Menihek 5 (pPme5) : Schiste à quartz, biotite, muscovite et chlorite ± grenat

Cette unité se trouve dans le flanc est du Synclinal de Roberts ainsi qu’au sud de la rivière Arnaud, dans le secteur de la rivière Brochant. Le schiste est dérivé de wacke et de mudstone ayant subi un métamorphisme plus élevé que les autres sous-unités. La roche présente des proportions variables de quartz, de biotite, de muscovite et de chlorite, des quantités moindres de grenat et contiennent, par endroits, du plagioclase. La granulométrie varie de fine à moyenne et elles peuvent contenir des porphyroblastes de grenat ou biotite à grain grossier. Elles sont généralement schisteuses, rubanées et plissées. Le rubanement tectono-métamorphique est mis en évidence par des rubans d’épaisseur millimétrique, et plus localement centimétrique, montrant des variations de proportion minéralogique entre le quartz et le mica. Le quartz est majoritairement granoblastique et se trouve communément en ruban monominéral. Le mica est majoritairement à grain fin, mais la biotite se trouve aussi à quelques endroits en porphyroblastes à grain moyen. La biotite renferme communément des inclusions de zircon. Le mica fait ressortir la foliation lépidoblastique principale qui est généralement parallèle au rubanement. L’observation au microscope d’échantillons recueillis dans le Synclinal de Roberts montre qu le mica épouse aussi en moindres proportions d’autres orientations pouvant correspondre à d’autres générations de schistosité moins pénétratives. Le mica marque aussi des structures CS dans les zones de cisaillement. Le grenat est communément porphyroblastique et poecilitique, localement helicitique. Les inclusions contenues dans le grenat sont majoritairement du quartz et plus localement de la biotite. Les phases minérales accessoires sont l’épidote, la titanite et très localement la tourmaline. L’assemblage minéralogique de cette sous-unité suggère un grade métamorphique au faciès des amphibolites (Bilodeau et Caron-Côté, 2018).

Formation de Menihek 6 (pPme6) : Basalte massif et coussiné

Cette unité est constituée de coulées massives et coussinées de basalte tholéiitique pouvant inclure du tuf par endroits. Dans la partie sud de la Fosse du Labrador, les coulées de basalte massif sont répandues dans le Menihek, tandis que les coulées de basalte coussiné sont peu abondantes (Baragar, 1967; Dimroth, 1978). Des coulées coussinées ont été observées par Baragar (1967) à l’ouest du lac Irène (feuillet 23O10) et par Dimroth (1978) dans le secteur du lac Aubin (feuillet 23O07). D’après Gebert (1991), aucun coussin n’a été observé dans la région du lac Frederickson (feuillet 23O01). Les coulées ont une épaisseur variant de 5 à 20 m. Elles sont massives au centre et coussinées au sommet, parfois à la base. Une brèche de matériel hyaloclastique de quelques centimètres d’épaisseur est habituellement présente à la base ou au sommet des coulées. Les coulées massives sont communément divisées en colonnes. Les coussins sont parfois tassés les uns contre les autres et sont généralement entourés d’une croûte noire de matériel hyaloclastique (Dimroth, 1978). Dans la région du lac Walsh (feuillet 23O01), des croûtes variolitiques mal conservées ont été observées autour des coussins par Baragar (1967). Les coussins renferment couramment des cavités parallèles de forme tabulaire, remplies de quartz (Dimroth, 1978). Le basalte est de couleur gris clair en surface fraîche et présente une patine d’altération gris verdâtre clair à chamois (Baragar, 1967; Dimroth, 1978; Frarey, 1967). La granulométrie est fine à aphanitique, la taille du grain variant de moins de 0,1 mm en bordure des coulées et dans les parties coussinées, ainsi qu’à environ 1 mm dans les zones massives (Dimroth, 1978). En lames minces, les basaltes contiennent des microlites de plagioclase de 0,2 mm de longueur, communément fourchus et creux, dans une matrice brunâtre très fine composée de pyroxène (augite), de plagioclase, de chlorite et de sphène. Des phénocristaux de plagioclase de 2 cm de long et 0,5 mm d’épaisseur sont également observés (Baragar, 1967; Dimroth, 1978).

Formation de Menihek 7 (pPme7) : Pyroclastite mafique

Les pyroclastites mafiques comprennent des tufs à lapillis, des agglomérats et des brèches volcaniques de couleur verdâtre (Baragar, 1958, 1967). Ces roches sont associées à l’unité basaltique (pPme6) et forment des niveaux de 3 à 60 m d’épaisseur (Dimroth, 1978) à la base de l’empilement volcanique (Baragar, 1967). Vers le sud, elles sont intercalées dans les unités sédimentaires sous-jacentes du Menihek (Baragar, 1967). Les pyroclastites sont composées de fragments de composition basaltique et gabbroïque dans une matrice basaltique cisaillée formée de chlorite, d’actinote, d’albite, de calcite et de sphène (Dimroth, 1978). La taille des fragments varie de 1 à 7,5 cm et peut atteindre plus de 30 cm de diamètre (Baragar, 1967; Dimroth, 1978). Localement, Dimroth (1978) souligne la présence de fragment de dolomie et d’ardoise.

Formation de Menihek 8 (pPme8) : Grauwacke et siltite tufacée

Cette subdivision est située à l’est du lac Martin (feuillet 23J16). Elle est composée d’une séquence de grauwacke et de siltite tufacée gris verdâtre interstratifiée avec un peu de mudrock gris et noir (Wardle, 1982).

Formation de Menihek 9 (pPme9) : Formation de fer au faciès sulfuré

Cette subdivision se trouve dans le secteur du lac Frederickson (feuillet 23O01) et appartient à la moitié supérieure du Menihek (Baragar, 1967; Dimroth, 1978). L’unité forme parfois des niveaux de plus de 30 m d’épaisseur pouvant être suivis sur plusieurs kilomètres (Baragar, 1967; Dimroth, 1978). La formation de fer est laminée et montre une alternance de bandes de mudstone noir et de siltstone ainsi que de bandes riches en sulfures (pyrrhotite et pyrite) très finement interstratifiées (Baragar, 1967; Gebert, 1991). L’épaisseur des bandes varie de 1 à 10 mm. Gebert (1991) souligne que le litage est parfois décalé de plusieurs millimètres en raison de la présence de fractures intraformationnelles. Les bandes de mudstone et de siltstone présentent un granoclassement et les sulfures se trouvent en général dans la fraction fine. Les sulfures sont à grain fin (0,01 mm) et consistent en pyrrhotite et en pyrite, lesquelles sont partiellement recristallisées. L’étude pétrographique de lames minces polies montre que la pyrrhotite est le sulfure le plus abondant et que la pyrite compte pour moins de 10 % des sulfures. La pyrrhotite est recristallisée et en intercroissance métamorphique avec les minéraux silicatés. Elle s’est parfois développée le long des plans de clivage où il y a présence de déformation (Gebert, 1991).

Formation de Menihek 10 (pPme10) : Conglomérat à cailloux de chert gris

Cette subdivision est située au contact supérieur du faciès carbonaté (pPso3) de la Formation de Sokoman au lac Bergeron (feuillet 24F05). Elle est constituée d’un lit de conglomérat à cailloux de chert gris dont la taille est millimétrique à décimétrique. Le lit est discontinu latéralement. Le conglomérat et le grès à cailloux sus-jacent sont associés à de petites failles normales, suggérant un changement de conditions tectoniques à la fin du dépôt du Sokoman.

Épaisseur et distribution

La Formation de Menihek affleure sur une grande partie de la Fosse du Labrador, qui s’étend sur plus de 850 km depuis le Front du Grenville jusqu’à la baie d’Ungava, dans un axe orienté NNW-SSE. Du côté québécois, cette formation affleure principalement dans les extrémités nord et sud de l’orogène, ainsi que dans sa partie centrale. La puissance originale de cette formation est difficile à déterminer puisqu’elle est intensément plissée en un synclinorium (Dimroth, 1978). Le Menihek affleure sur une largeur cartographique qui varie de 0,5 à 4 km dans les flancs du Synclinal de Roberts, où la stratigraphie est fortement plissée et pentée subverticalement. Cette formation s’étend sur de plus grandes largeurs où le pendage de la stratigraphie est plus faible, atteignant jusqu’à 30 km de largeur dans la partie centrale et jusqu’à 10 km dans la partie sud de la Fosse.

Datation

Deux datations U-Pb ont été effectuées dans deux secteurs différents : 1) le secteur du lac Dyke, à 40 km au sud-est de Schefferville et dans la portion ouest de l’Orogène du Nouveau-Québec, et 2) le secteur du lac Howse, à 40 km au nord-est de Schefferville et dans une partie plus orientale de l’orogène (Findlay et al., 1995). Dans le secteur du lac Dyke, un âge de 1877,8 ±1,3 Ma a été obtenu sur un claste de syénite se trouvant dans un conglomérat interstratifié avec la Formation de Sokoman, sous-jacente au Menihek. Cette datation propose un âge minimum à une sédimentation légèrement antérieure à la Formation de Menihek dans ce secteur. Dans le secteur du lac Howse, un âge de cristallisation de 1884 ±2 Ma a été obtenu pour un des Filons-couches de Montagnais s’injectant dans le Menihek. Ce résultat permet de contraindre un âge maximum de sédimentation pour le Menihek dans ce secteur. Ces données géochronologiques laissent supposer un rajeunissement de la Formation de Menihek vers le sud-ouest, une hypothèse qui concorde avec une transgression dans la même direction (Findlay et al., 1995). Fryer (1972) a réalisé une datation sur une roche sédimentaire de Menihek en utilisant la méthode isochrone de Rb/Sr sur roche totale et a obtenu un âge de 1855 ±74 Ma. Cependant, il ne précise pas la localisation géographique de l’échantillon.

Relations stratigraphiques

La Formation de Menihek repose sur les roches ferrifères de la Formation de Sokoman. La nature du contact entre ces deux formations semble varier selon les secteurs. Selon Dimroth (1978), le contact est habituellement net et concordant, quoique localement discordant. D’après Baragar (1968, Iron Ore Company of Canada. In: Dimroth, 1978), le contact peut être de nature discordante puisqu’il a observé des conglomérats à roche ferrifère entre les formations de Sokoman et de Menihek, suggérant une période érosive entre le dépôt de ces deux formations. Des contacts interdigités entre le Menihek et le Sokoman dans l’extrémité sud de la Fosse du Labrador ont d’ailleurs été observés (Zajac, 1974). Dans la partie sud de la Fosse du Labrador, le Menihek est en contact de faille avec la Formation de Murdoch (Frarey, 1967; Wardle et Bailey, 1981). D’après Baragar (1967), la présence de la Faille du lac Walsh rend difficile l’interprétation de leurs relations stratigraphiques. Les parties inférieure, médiane et supérieure du Menihek ont respectivement été corrélées avec les roches des formations de Murdoch, de Thompson Lake et de Willbob, appartenant au Groupe de Doublet (Findlay et al., 1995). Dans la moitié nord de l’orogène (au nord de la rivière aux Mélèzes), le Menihek est surmonté structurellement par les roches de la Formation de Denault (Groupe d’Attikamagen), qui sont suivies des roches du Groupe de Koksoak. Cette relation est causée par la présence de la Faille de Garigue. La découverte de cette dernière a permis de mettre en corrélation la Formation de Menihek avec le membre supérieur de la Formation de Baby (Clark, 1987). Les formations de Menihek et de Chioak sont homotaxiques puisqu’elles sont toutes les deux sus-jacentes au Sokoman (Clark, 1979, 1988). Dans l’extrémité nord de l’orogène, le Menihek est surmonté par la Formation d’Hellancourt. Au sein du Synclinal de Roberts, Bilodeau et Caron-Côté (2018) ont observé un contact en alternance et concordant entre le Menihek et l’Hellancourt. Dans le sud de l’orogène, la partie sommitale du Menihek est injectée de nombreux filons-couches de gabbro gloméroporphyrique appartenant aux Filons-couches de Montagnais (Findlay et al., 1995). La Formation de Nault, située au sud du Front de Grenville, est équivalente à la Formation de Menihek (Dimroth et al., 1970; Rivers, 1980).

Paléontologie

Dressler (1979) rapporte la présence de structures à cônes emboîtés dans le Menihek à l’est du lac Chocolat (feuillet 24C10).

Références

 

Auteur(s)TitreAnnée de publicationHyperlien (EXAMINE ou Autre)
BARAGAR, W. R. A.Ahr Lake map-area, New Quebec (23O/10). Geological Survey of Canada; Paper 57-7, 9 pages.1958Source
BARAGAR, W. R. A.Wakuach Lake map-area, Quebec-Labrador. Geological Survey of Canada; Memoir 344, 174 pages.1967Source
BERGERON, R.A study of the Quebec-Labrador iron belt between Derry Lake and Larch River. Thèse de doctorat, Université Laval, Québec.1954
BERGERON, R.Rapport préliminaire sur la région du lac Harveng (moitié ouest), Nouveau-Québec. Ministère des Mines, Québec; RP-320, 8 pages.1956 RP 320
BÉRARD, J.Région du lac Bérard, Nouveau-Québec. Ministère des Richesses naturelles, Québec; RG-111, 172 pages.1965RG 111
BILODEAU, C. – CARON-CÔTÉ, E.Géologie de la région de la rivière Arnaud, provinces du Supérieur (Minto) et de Churchill (Fosse du Labrador), secteur de Kangirsuk, Nunavik, Québec, Canada. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec;2018Bulletin géologiQUE
CLARK, T.Région du lac Napier – Territoire du Nouveau-Québec (Rapport préliminaire). Ministère des Richesses naturelles, Québec; DPV-663, 25 pages.1979DPV 663
CIESIELSKI, A.Contact archéen – protérozoïque entre les lacs Forbes et Sénat (Fosse du Labrador) – Rapport préliminaire. Ministère des Richesses naturelles, Québec; DPV-449 , 26 pages.1975DPV 449
CLARK, T.Forbes Lake Area (Preliminary report). Ministère des Richesses naturelles, Québec; DPV-452, 16 pages.1977DPV 452
CLARK, T.Stratigraphie, pétrographie et pétrochimie de la Formation de Fer de Baby, région du lac Hérodier (Fosse du Labrador). Ministère de l’Énergie et des Ressources, Québec; ET 87-13, 42 pages.1987ET 87-13
CLARK, T. – LECLAIR, A. – PUFAHL, P. – DAVID, J.Recherche géologique et métallogénique dans les régions de Schefferville (23J15) et du lac Zeni (23I16). Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Québec; RP 2008-01, 17 pages.2008RP 2008-01
DRESSLER, B.Région de la Fosse du Labrador (56°30′-57°15′). Ministère des Richesses naturelles, Québec; RG-195, 117 pages.1979RG 195
GEBERT, J.Métallogénie des indices de Cu-Ni et de Zn-Cu-Pb dans la région du lac Fréderickson (Fosse du Labrador), Ministère de l’Énergie et des Ressources, Québec; ET 88-04, 74 pages.1991ET 88-04
HARDY, R.Région des lacs Roberts – des Chefs. Ministère des Richesses naturelles, Québec; RG-171, 99 pages.1976RG 171
DIMROTH, E.Région de la Fosse du Labrador entre les latitudes 54°30′-56°30′. Ministère des Richesses naturelles, Québec; RG 193, 412 pages.1978RG 193
DIMROTH, E. – BARAGAR, W. R. A. – BERGERON, R. – JACKSON, G. D.The filling of the Circum-Ungava Geosyncline. In: Symposium on basins and geosynclines of the Canadian Shield (A.J. Baer, editor). Geological Survey of Canada; Paper 70-40, pages 45-142.1970Source
DRESSLER, B.Géologie de la région du lac Patu, Territoire du Nouveau-Québec. Ministère des Richesses naturelles, Québec; RP- 603, 22 pages.1973RP 603
DRESSLER, B.Géologie de Fort McKenzie, chute aux Schistes(1/2E) et lac Moraine (1/2E) – Territoire du Nouveau-Québec. Ministère des Richesses naturelles, Québec; RP-608, 27 pages.1975RP 608
CLARK, T. WARES, R.Synthèse lithotectonique et métallogénique de l’Orogène du Nouveau-Québec (Fosse du Labrador). Ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Québec;  MM 2004-01, 182 pages.2004MM 2004-01
HARRISON, J. M.The Quebec-Labrador iron belt, Quebec and Newfoundland. Geological Survey of Canada; Paper 52-20, 21 pages.1952Source
FRAREY, M. J. – DUFFEL, S.Revised stratigraphic nomenclature for the central part of the Labrador Trough. Geological Survey of Canada; Paper 64-25, 13 pages.1964Source
RIVERS, T.Revised stratigraphic nomenclature for Aphebian and other rock units, southern Labrador Trough, Grenville Province. Canadian Journal of Earth Sciences, volume 17, pages 668-670.1980Source
SAUVÉ, P. – BERGERON, R.Région des lacs Gerido et Thévenet, Nouveau-Québec. Ministère des Richesses naturelles, Québec; RG-104, 124 pages.1965RG 104
ZAJAC, I. S.The stratigraphy and mineralogy of the Sokoman formation in the Knob Lake area, Quebec and Labrador. Geological Survey of Canada; Bulletins 220, 159 pages.1974Source
FRYER, B. J.Age determinations in the Circum-Ungava Geosyncline and the Evolution of Precambrian Banded Iron-Formations. Canadian Journal of Earth Sciences; volume 9, pages 652-663.1972Source
FINDLAY, J. M. – PARRISH, R. R. – BIRKETT, T. – WATANABE, D. H.U-Pb ages from the Nimish Formation and Montagnais glomeroporphyritic gabbro of the central New Québec Orogen, Canada. Canadian Journal of Earth Sciences; volume 32, pages 1208-1220.1995Source
FRAREY, M. J.Willbob Lake and Thompson Lake map-areas, Quebec and Newfoundland. Geological Survey of Canada; Memoir 348, 73 pages.1967Source
WARDLE, R. J.Geology of the eastern margin of the Labrador Trough. Department of Mines and Energy, Government of Newfoundland and Labrador; Report 78-9, 22 pages.1979Source
WARDLE, R. J.Geology of the south-central Labrador Trough. Department of Mines and Energy, Government of Newfoundland and Labrador, Map 82-005.1982Source
WARDLE, R. J. – BAILEY, D. G.Early Proterozoic sequences in Labrador. In: Proterozoic Basins in Canada (F.H.A. Campbell, editor). Geological Survey of Canada; Study 81-10, pages 331-359.
 
1981Source

 

 

16 avril 2018