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Formation de Sokoman
Étiquette stratigraphique : [ppro]so
Symbole cartographique : pPso

Première publication : 2 mai 2018
Dernière modification :

 

 

Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
pPso6 Formation de fer, schiste micacé et schiste à mica et grenat
pPso5 Formation de fer au faciès silicaté et schiste micacé (éq. de la Formation de Ruth (pPru))
pPso4 Chert noir
pPso3 Formation de fer au faciès carbonaté
pPso2 Formation de fer au faciès silico-carbonaté à porphyroblastes de carbonate et chert
pPso1 Formation de fer au faciès oxydé à hématite ou magnétite, arénite et jaspe
 
Auteur :Frarey et Duffell, 1964
Âge :Précambrien / Protérozoïque / Paléoprotérozoïque
Coupe type :Il n’existe pas de coupe type formelle pour la formation; le secteur décrit par les géologues de la Iron Ore Company of Canada, Harrison (1952) et Harrison et al. (1972), à l’est de Schefferville peut en tenir lieu (Dimroth, 1978).
Région type :Secteur à l’est de Schefferville (feuillet SNRC 23J15) décrit par les géologues de la Iron Ore Company of Canada (Harrison, 1952; Harrison et al., 1972).
Province géologique :Province de Churchill
Subdivision géologique :Orogène du Nouveau-Québec (Fosse du Labrador) / Zones lithotectoniques de Bérard, de Cambrien, de Hurst, des Mélèzes, de Payne, de Schefferville et de Tamarack
Lithologie :Formation de fer, arénite, chert et jaspe
Type d’unité :Lithostratigraphique​
Rang :Formation
Statut :Formel
Usage :Actif

 

 

Historique

Le terme « Formation de fer de Sokoman » a été initialement introduit par les géologues de la Labrador Mining and Exploration Company (1949, dans Frarey et Duffell, 1964) pour désigner la principale unité de roche ferrifère cherteuse de la région de Schefferville. Le mot « Sokoman » ne représente pas une référence géographique, mais un mot montagnais signifiant « fer » (Dimroth, 1978; Dressler, 1979). Le terme a été redéfini sous le nom de Formation de Sokoman et introduit officiellement par Harrison (1952). Selon le Code stratigraphique nord-américain, le nom d’une unité devrait comprendre un élément géographique. Le nom de Formation de Sokoman demeure néanmoins en usage, étant donné qu’il a été introduit dans les publications antérieures à l’application du code au Canada (Dimroth, 1978). Zajac (1974) et Wardle et Bailey (1981) ont étendu l’utilisation de « Formation de Sokoman » pour inclure la Formation de Ruth. Ces formations demeurent deux unités distinctes pour Dimroth (1978). La Formation de Sokoman a fait l’objet de plusieurs études qui sont mentionnées dans le travail de Dimroth, 1978. Dans ce rapport, on note que :

« La stratigraphie de la roche ferrifère de Sokoman a fait l’objet de quantités de travaux, particulièrement aux environs de Schefferville. Stubbins et al. (1961), Gross (1968), Gross et al. (1972) et Zajac (1974) ont résumé sommairement les nombreux travaux effectués par les géologues de la Iron Ore Company of Canada. Perrault (1955), Bergeron (1954), Bérard (1967) et plusieurs sociétés minières (travaux résumés par Gross, 1968) ont fourni d’importantes contributions sur des secteurs situés plus au nord. ».

D’autres travaux de cartographie ont eu lieu dans le secteur de Kangirsuk (feuillets 25D01, 25D07, 25D08, 25C04, 24M09, 24M16, 24N12 et 24N13) par Hardy (1976) et Bilodeau et Caron-Côté (2018).

 

 

Description

La Formation de Sokoman est constituée de formations de fer aux faciès oxydé (pPso1), silico-carbonaté (pPso2), carbonaté (pPso3) et silicaté (pPso5) et, en moindres proportions, de schiste micacé (pPso5 et pPso6) et de chert (pPso4). En termes de stratigraphie au sein de la formation, différentes séquences générales ont été établies. Dimroth (1978) a établi une première subdivision fondamentale concernant l’ensemble de la Fosse du Labrador, à l’exception du secteur de Kangirsuk, où la séquence stratigraphique diffère (Hardy, 1976; Bilodeau et Caron-Côté, 2018). La plupart des subdivisions stratigraphiques sont fondées sur la minéralogie de la formation de fer, la texture étant un critère moins important (Dimroth, 1978). Pour l’ensemble de la Fosse, la stratigraphie consiste en des membres inférieur et supérieur constitués de formations de fer au faciès silico-carbonaté (pPso2), séparés par un membre médian constitué de formations de fer au faciès oxydé (pPso1) (Dimroth, 1978).

Dans le secteur de Kangirsuk, le Synclinal de Roberts (feuillets 25D01, 25D07, 25D08, 25C04, 24M16 et 24N13) montre une séquence stratigraphique qui diffère du reste de la Fosse du Labrador. Cette séquence a été décrite par Hardy (1976). On y retrouve, de la base au sommet :

          • la formation de fer au faciès silicaté et le schiste micacé (pPso5);

          • la formation de fer au faciès oxydé (pPso1);

          • la formation de fer au faciès silico-carbonaté (pPso2).

 

 

Dans le secteur du Synclinal de Roberts, le Sokoman est principalement représenté par les formations de fer aux faciès oxydé (pPso1) et silico-carbonaté (pPso2), alors que celle au faciès silicaté (pPso5) n’est présente que très localement. Cette dernière est plus abondante dans le secteur de la rivière Brochant. Les travaux de Bilodeau et Caron-Côté (2018) ont permis d’observer à quelques endroits des séquences qui ne correspondent pas à la séquence typique décrite ci-haut. À ces endroits, il y a une ou plusieurs répétitions des faciès oxydé et silico-carbonaté causés soit par des contrôles structuraux, tels que du plissement ou des failles, et tantôt par des contrôles sédimentaires, telles que des transgressions et régressions marines. De plus, on retrouve communément de l’interstratification où il y une alternance de lits d’épaisseur centimétrique à métrique de différents faciès de formations de fer. Au sein du Synclinal de Roberts, cette interstratification implique généralement les faciès oxydé et silico-carbonaté, alors que celle dans le secteur de la rivière Brochant implique plus communément le faciès silicaté.

Bien qu’une majorité des roches rencontrées puissent être classées dans un faciès particulier dû à la prédominance d’un type de minéral, la classification de certaines roches s’avère difficile puisqu’elles sont minéralogiquement hétérogènes et contiennent différentes proportions de minéraux ferrifères sous forme d’oxydes, de carbonates et de silicates.

 

Formation de Sokoman 1 (pPso1) : Formation de fer au faciès oxydé à hématite ou magnétite, arénite et jaspe

Dans le secteur du Synclinal de Roberts, les formations de fer au faciès oxydé sont stratigraphiquement sus-jacentes à celles au faciès silicaté, et sous-jacentes à celles au faciès silico-carbonaté (Hardy, 1976). Les contacts avec les autres sous-unités sont de nature concordante et sont très nets (Hardy, 1976). Cependant, certains contacts apparaissent plutôt transitionnels où il y a alternance d’interstratifications d’épaisseur centimétrique à métrique de différents faciès. L’épaisseur de cette sous-unité dans le Synclinal de Roberts varie de 5 à 60 m.

Les formations de fer au faciès oxydé se présentent de couleur gris bleuté foncé en surface altérée et gris bleuté à l’éclat brillant en surface fraîche. Ces roches ont une granulométrie généralement fine à localement moyenne. Localement massives, elles présentent communément des structures litées et rubanées d’épaisseur centimétrique à décimétrique et des structures laminées d’épaisseur millimétrique. Le rubanement montre communément des proportions variables en quartz et en oxydes de fer. Certains rubans se composent d’arénite quartzeuse alors que d’autres se composent d’oxydes de fer massifs. Les principales phases minérales sont le quartz, la magnétite et l’hématite (Hardy, 1976). Certains rubans sont dominés par la magnétite alors que d’autres sont dominés par l’hématite (Hardy, 1976). Les travaux de cartographie de 2017 ont permis d’observer que les faciès oxydés à magnétite, avec ou sans hématite, sont beaucoup plus abondants que ceux uniquement à hématite.
Au microscope, le quartz apparaît communément recristallisé et granoblastique. La magnétite se trouve généralement de façon xénomorphe à subautomorphe alors que l’hématite se trouve communément de façon subautomorphe à automorphe. Ces roches contiennent localement des grains de spécularite maclée à grain moyen ou grossier contenant des inclusions de magnétite. Cette spécularite est associée à un matériel quartzeux grossier et remobilisé. Elle coupe les grains de quartz et semble s’être cristallisée ultérieurement à ceux-ci. Ce matériel quartzeux remobilisé se présente sous forme de lentilles centimétriques. Les phases minérales accessoires les plus communes sont le carbonate et l’amphibole alors que la muscovite est très locale. Le carbonate est à grain fin et disséminé ou sous forme de nodule millimétrique à centimétrique. L’amphibole ferrifère se retrouve sous forme de porphyroblaste à grain moyen ou grossier.

Cette unité comprend aussi des arénites quartzeuses qui ne contiennent pas suffisamment d’oxyde de fer pour être classifiées comme des formations de fer. Ces arénites quartzeuses ont les mêmes caractéristiques pétrographiques que les formations de fer au faciès oxydé décrites ci-dessus. Elles se présentent sous forme de lits décimétriques à métriques, sont à grain fin ou moyen et présentent communément des structures laminées ou massives. Des structures de chenaux d’épaisseur métrique et de largeur décamétrique sont localement observables. Les arénites quartzeuses peuvent contenir des phases minérales mineures et accessoires tels que des oxydes de fer, des carbonates et des amphiboles.

Le jaspe n’a été observé que très localement durant les travaux de cartographie de 2017. Dans le Synclinal de Roberts et dans le secteur de la rivière Brochant, il se trouve sous forme de rubans centimétriques interstratifiés avec des rubans de formation de fer au faciès oxydé. Le jaspe est de couleur rouge, aphanitique et saccharoïdal.

Les descriptions suivantes sont tirées du rapport de Dimroth (1978) qui porte sur la Fosse du Labrador entre les latitudes 54º30′ et 56º30. Le secteur d’étude est compris à l’intérieur des feuillets 23I, 23J, 23N, 23O, 23P, 24B et 24C.

« Les roches ferrifères à hématite, bien préservées sont teintées en rouge par la poussière d’hématite finement répartie. Les variétés quelque peu recristallisées peuvent être roses, ou grises à mouchetures rouges ou roses en cassure fraiche. Les variétés intensément recristallisées sont grises en surface fraîche. »

« Les roches ferrifères à hématite ont une matrice de chert massive ou litée à l’échelle millimétrique. Le chert peut contenir des intraclastes de diamètre millimétrique à centimétrique et de couleur rouge ou rose.  La matrice peut aussi consister en un chert oolitique contenant des ooïdes de chert de 0,5 à 5 mm de diamètre, mais de 1 à 2 mm en moyenne. Ces ooïdes montrent des structures lamellaires concentriques. Les oxydes de fer dans la roche se présentent sous forme de bandes noires, appelées ici bandes métalliques. Ces bandes sont millimétriques à centimétriques, lenticulaires ou [anastamosées] subparallèlement au litage. Le matériel métallique se présente aussi en taches et en veines qui se recoupent. Les bandes métalliques sont formées de plus de 50% de magnétite et d’hématite spéculaire. »

« Les concrétions de carbonates sont courantes dans les cherts intraclastiques et oolitiques du faciès à hématite. Elles sont plus ou moins sphériques et leur diamètre varie de 1 mm à plusieurs centimètres. L’altération des concrétions à carbonate produit des cavités. Des nodules à silice sont repérés surtout dans les bandes métalliques des roches ferrifères à hématite, où elles se détachent en plages rouges. Dans les bandes métalliques, les laminations contournent les bords des nodules à silice ».

 

Formation de Sokoman 2 (pPso2): Formation de fer au au faciàs silico-carbonaté à porphyroblastes de carbonate et chert

La formation de fer au faciès silico-carbonaté est abondante dans le Synclinal de Roberts et dans le secteur de la rivière Brochant. Elle a été observée à plusieurs endroits lors des travaux de Hardy (1976) et des travaux de cartographie de 2017. Cette sous-unité représente le membre supérieur de la Formation de Sokoman dans ces secteurs (Hardy, 1976).

Le contact inférieur avec la sous-unité sous-jacente au faciès oxydé (pPso1) et le contact supérieur avec la Formation de Menihek (pPme) sont de nature concordante et sont généralement très nets (Hardy, 1976). Cependant, certains affleurements exposent un contact inférieur plutôt transitionnel avec la formation de fer au faciès oxydé, où il y a des interstratifications centimétriques à décimétriques des deux faciès sur quelques mètres (Bilodeau et Caron-Côté, 2018). Localement, les formations de fer au faciès silico-carbonaté se retrouvent surmontées d’un chert sulfuré d’épaisseur métrique. Dans le secteur de Kangirsuk, la formation de fer au faciès silico-carbonaté a une épaisseur qui varie généralement de 5 à 50 mètres. Elle se présente aussi sous forme de lits décimétriques à métriques interstratifiés avec des arénites quartzeuses et des formations de fer au faciès oxydée ou silicaté.

Les formations de fer au faciès silico-carbonaté sont de couleur brune, orange, rouille, blanche et beige en surface altérée et de couleur grise, brune et beige en surface fraîche. Elles ont une granulométrie généralement fine, localement moyenne. Elles sont communément rubanées et se composent majoritairement de lits millimétriques à décimétriques d’arénite quartzeuse de couleur blanche ou beige et de carbonates de fer de couleur brune ou rouille. Elles contiennent plus localement des lits de couleur noir composés d’amphibole ferrifère.  Elles se présentent aussi communément avec 1 à 20 % de nodules centimétriques de carbonates de fer de couleur brun rouille dans une matrice de quartz recristallisé ou de chert blanc avec un aspect saccharoïdal. Ces nodules de carbonate sont généralement étirés et allongés parallèlement à la schistosité régionale et montre un faible pendage. Les nodules se retrouvent dissous à plusieurs endroits, ce qui donne un aspect poreux à la roche. Ces formations de fer sont coupées à plusieurs endroits par des veines millimétriques à centimétriques de quartz.

Les formations de fer au faciès silico-carbonaté sont communément schisteuses et localement très fracturées, où la roche se présente sous forme de fragments centimétriques à décimétrique. Généralement, le matériel quartzeux blanchâtre contenu dans la roche, que ce soit en interstratification, en matrice ou en veine se retrouve en relief positif alors que le matériel carbonaté est en relief négatif. Plus localement, des niveaux sont composés d’une matrice de carbonate de fer avec des nodules centimétriques d’amphibole ferrifère. Dans ces niveaux, la matrice se trouve en relief négatif et est à grain fin, alors que les nodules d’amphibole sont à grain moyen et en relief positif.

Au microscope, le quartz est généralement granoblastique et à granulométrie fine ou moyenne. Dans les roches rubanées, les rubans de quartz sont bien définis alors que ceux composés de carbonate le sont moins. Ces dernières présentent aussi des nodules millimétriques à centimétriques composés de carbonate à grain fin. Les roches nodulaires montrent une matrice de quartz qui contient communément 1 % de carbonate à grain très fin disséminé. Les phases minérales mineures et accessoires les plus communes sont la magnétite, la grunérite et le stilpnomélane. Ces minéraux sont généralement de granulométrie fine à très fine.

Quelques niveaux de chert sus-jacents aux formations de fer au faciès silico-carbonaté ont été observés durant les travaux cartographique de 2017. D’épaisseur métrique, ces niveaux ont une structure massive et un aspect saccharoïdal. Ils ont une patine d’altération de couleur rouille dû à la présence de 1 à 3 % de sulfure à grain fin disséminé dans la roche.

Les descriptions suivantes sont tirées du rapport de Dimroth (1978). Elles portent sur la section de la Fosse du Labrador comprise entre les latitudes 54º30′ et 56º30, à l’intérieur des feuillets SNRC 23I, 23J, 23N, 23O, 23P, 24B et 24C.

 « Les roches ferrifères à silicates-carbonates sont plus sujettes à variation que les roches ferrifères à hématite. Elles sont grises ou verdâtre en cassure fraîche et brunes ou brun rouge en surface altérée. L’intensité de la couleur est fonction du contenu en minéraux de fer. Les cherts vert clair à altération brun pâle renferment de la minnesotaïte. Les roches contenant beaucoup de minnesotaïte sont gris verdâtre foncé et s’altèrent en brun rouge clair. Les cherts à carbonates sont gris et s’altèrent en brun neutre. L’intensité de l’altération brune dépend du contenu en carbonates. » Les formation de fer à silicates-carbonates sont des roches à lamination millimétrique à centimétrique pouvant contenir des intraclastes de diamètre millimétrique à centimétrique. « Les concrétions sont courantes dans les cherts intraclastiques et oolitiques du faciès à silicates-carbonates. Elles sont plus ou moins sphériques et leur diamètre varie de 1 mm à plusieurs centimètres. L’altération des concrétions à carbonate produit des cavités. »

Formation de Sokoman 3 (pPso3) : Formation de fer au faciès carbonaté

Le faciès carbonaté de la formation de fer forme le sommet de la Formation de Sokoman. Son épaisseur totale est estimée à plus de 60 m au nord-ouest de la rivière Aigneau (feuillets 24E08, 24F05 et 24F06) (Clark, 1977). Le membre carbonaté montre une alternance de lits d’environ 1 à 20 cm d’épaisseur composés de: 1) roche carbonatée ferrifère à patine orangée, brun rougeâtre ou brun rouille, typiquement riche en veines de quartz coupant les lits sous un angle prononcé; 2) roche carbonatée ferrifère cherteuse à patine brun rougeâtre ou brun violacé, à grain fin, localement fissile, contenant par endroits des cristaux rhomboédriques de sidérite (1 à 2 mm) de couleur d’altération brune dans une matrice chloriteuse, et des cristaux d’amphibole ferrifère en forme d’aiguille et de rosette; 3) chert gris ou gris verdâtre à patine rouge brun à gris, communément bréchifié et comprenant des carbonates disséminés à altération brune; 4) chert ferrugineux gris laminé; 5) grès brun rougeâtre; et 6) jaspe (Ciesielski, 1975; Clark, 1977, 1978, 1979, 1984). Des conglomérats à cailloux bien arrondis de formation de fer sont interstratifiés dans l’unité exposée à la colline Gossen (feuillet 24F12) (Clark, 1979). Les grès sont plutôt lenticulaires, tandis que les cherts sont uniquement stratiformes. Les carbonates ferrifères sont d’aspect stratiforme, lenticulaire et nodulaire ou forment des aggrégats d’un diamètre pouvant atteindre 1 cm (Ciesielski, 1975; Clark, 1977). Des stratifications entrecroisées sont parfois observées dans les roches carbonatées ferrifères cherteuses et les grès (Ciesielski, 1975; Clark, 1978). Au sud du lac Forbes, Clark (1977) indique que les roches cherteuses sont silicifiées et fortement recristallisées. Le contact entre le faciès carbonaté et le faciès oxydé sous-jacent (pPso1) est graduel. Des lits de jaspe, de grès brun rougeâtre ou des lentilles de carbonates de 30 à 60 cm de longueur dans les roches du faciès oxydé marquent la transition (Ciesielski, 1975; Clark, 1977, 1984).

Formation de Sokoman 4 (pPso4) : Chert noir

Le chert noir est observé dans les régions du lac Goethite et du lac Otelnuk (feuillet 24C01) où il forme généralement des lits de plusieurs mètres d’épaisseur dans le faciès silico-carbonaté (pPso2). Il est gris vert foncé ou noir en surface fraîche et brun ou gris en surface d’altération. L’unité présente un faciès composé d’intraclastes, d’oolites et de pisolites cimentés par une matrice principalement composée de quartz cherteux avec des quantités mineures de minnésotaite, de greenalite, de sidérite et de magnétite. Le diamètre des intraclastes varie de 0,5 mm à >1 cm. Des concrétions de sidérite de 1 à 60 mm de diamètre ou des lentilles de sidérite jusqu’à 30 cm d’épaisseur et 1,83 m de longueur sont localement observées. Le faciès intraclastique contient souvent des fragments de jaspe d’un diamètre allant jusqu’à 10 cm et d’une épaisseur maximale de 2 cm. Le chert est recristallisé et les structures intraclastiques sont généralement visibles, quoique mal conservées (Dimroth, 1969; 1972, 1978).

Formation de Sokoman 5 (pPso5) : Formation de fer au faciès silicaté et schiste micacé

La formation de fer au faciès silicaté a été observée très localement dans le Synclinal de Roberts, mais elle est très commune dans le secteur de la rivière Brochant. Hardy (1976) a défini cette sous-unité comme étant le membre inférieur de la Formation de Sokoman au sein du Synclinal de Roberts. Néanmoins, Bilodeau et Caron-Côté (2018) ont observé à certains endroits que cette sous-unité occupe aussi d’autres niveaux stratigraphiques, surtout dans le secteur de la rivière Brochant. À ces endroits, elle se trouve interstratifiée avec les formations de fer au faciès carbonaté ou oxydé et montre des contacts concordants et nets ou graduels. Aux endroits où elle représente le membre inférieur de la formation, la formation de fer au faciès silicaté surmonte la Formation de Wishart avec un contact net et concordant, et se trouve en-dessous de la formation de fer au facies oxydé avec un contact concordant, net et localement transitionnel. Localement, un schiste micacé est intercalé entre le Wishart et la formation de fer. Ce schiste montre un contact inférieur net avec la Formation de Wishart, alors que son contact supérieur avec la formation de fer au faciès silicaté est graduel (Hardy, 1976).

La formation de fer au faciès silicaté a une épaisseur qui varie de 1 à 10 m et très localement jusqu’à 80 m. La roche est de couleur qui varie de gris, brun, beige à vert, dépendamment de la minéralogie. Elle a une granulométrie qui varie de fine à grossière et elle est localement hétérogranulaire. Elle est communément stratifiée, rubanée ou massive. L’épaisseur des rubans varie de millimétrique à décimétrique. L’orientation des amphiboles souligne localement une structure nématoblastique. Dans le secteur de la rivière Brochant, la roche montre généralement une structure granoblastique et contient à plusieurs endroits des porphyroblastes centimétriques d’amphibole. Ces porphyroblastes se présentent généralement de façon aciculaire et localement radiale. À quelques endroits, on note des nodules d’oxyde de fer ou des rubans d’oxydes ou de carbonates de fer.

La formation de fer au faciès silicaté est généralement composée de quartz et d’amphibole ferrifère telle que la grunérite. Au microscope, les phases minérales mineures et accessoires sont communément la hornblende, le grenat, la magnétite, le carbonate et plus localement l’actinote et la trémolite.
Le grenat est habituellement porphyroblastique et poecilitique, contenant des inclusions de quartz et d’amphibole. Les niveaux rubanées montrent généralement des rubans aux proportions variables de quartz, d’amphibole, de magnétite et de carbonate. Dans le secteur de la rivière Brochant, la magnétite se retrouve localement automorphe et semble être tardive par rapport à la cristallisation de l’amphibole. Cette magnétite disséminée semble couper les amphibole formant la matrice.

Quelques niveaux de schiste micacé ont été observés localement dans le Synclinal de Roberts. Le schiste se retrouve intercalé entre la Formation de Wishart et la formation de fer au faciès oxydé. Il a une épaisseur métrique et est de couleur noir verdâtre en surface altérée et de couleur gris noirâtre en surface fraîche. Il a une granulométrie fine et est généralement composé de quartz granoblastique, de biotite et de grenat. Il contient plus localement de la magnétite et de la grunérite comme phases minérales mineures et accessoires. La grunérite se présente sous forme de porphyroblaste à grain grossier et contient des inclusions de quartz. Le grenat est porphyroblastique et à grain moyen ou grossier. Il est communément hellicitique et contient des inclusions de quartz et de magnétite. L’orientation de la biotite souligne communément une structure lépidoblastique.

Formation de Sokoman 6 (pPso6) : Formation de fer, schiste micacé et schiste à mica et grenat

La Formation de Sokoman 6 est une sous-unité mineure qui affleure uniquement dans les feuillets SNRC 24N05 et 24N12. Elle est constitué de deux lentilles, une orienté nord-sud sur une longueur de 15 km à l’ouest de la baie False, et une autre orienté est-ouest sur une longueur de 1 km à l’ouest de la baie Hopes Advance. Elle se compose de formation de fer indifférenciée, de schiste micacé et de schiste à mica et grenat. Très peu d’information semble disponible sur cette sous-unité.

Épaisseur et distribution

La Formation de Sokoman s’étend sur toute la longueur de la Fosse du Labrador. Au sein du Synclinal de Roberts et dans le secteur de la rivière Brochant, son épaisseur varie généralement de 20 à 100 m. À ces endroits, le Sokoman repose en concordance sur la Formation de Wishart ou en discordance sur le socle archéen, et est surmonté de la Formation de Menihek. 

Datation

Dans le secteur du lac Dyke (feuillets 32J08 et 32J09), un âge U-Pb de 1877,8 ±1,3 Ma a été obtenu pour un claste de syénite contenu dans un conglomérat interstratifié avec la Formation de Sokoman. Cette datation propose un âge maximal de sédimentation pour le Sokoman dans ce secteur (Findlay et al., 1996). À l’est du lac Cambrien (feuillet 24C07 et 24C10), un âge U-Pb de 1880 ±2 Ma a été obtenu pour un dyke de carbonatite du Complexe de Castignon (Chevé et Machado, 1988). Ce dyke est contemporain de la Formation de Sokoman et donne ainsi l’âge de cette formation (Chevé et Machado, 1988; Clark et Wares, 2004). Dressler (1975) a daté un lamprophyre associé aux carbonatites du Complexe de Castignon et injecté dans la Formation de Ruth (sous-jacente à la Formation de Sokoman) et a obtenu un âge K/Ar de 1873 ± 53 Ma  Dans le secteur du lac Knob (SNRC 23J15), Fryer (1972) a obtenu un âge Rb-Sr de 1870 ±50 Ma pour la Formation de Sokoman. Il a analysé 19 échantillons provenant des formations de Menihek et d’Attikamagen, qui sont respectivement les unités sus-jacente et sous-jacente au Sokoman.

 

Relations stratigraphiques

Dans les environs de Kangirsuk, soit dans les flancs du Synclinal de Roberts et dans le secteur de la rivière Brochant, la Formation de Sokoman se retrouve communément sus-jacente à la Formation de Wishart. Le Wishart étant absent localement, le Sokoman est ainsi cartographié à ces endroits comme étant en contact avec les roches archéennes. Ce contact entre le Sokoman et les roches archéennes n’a pas été observé sur le terrain. En absence de la Formation de Wishart, le Sokoman et les roches archéennes sont séparés par un segment de mort-terrain. Dans ces secteurs, le Sokoman est surmonté de la Formation de Menihek. Les contacts avec les formations de Wishart et de Menihek sont de nature concordante et sont nets.

Paléontologie

Ne s’applique pas.

Références

 

 

Auteur(s)TitreAnnée de publicationHyperlien (EXAMINE ou Autre)
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2 mai 2018