Complexe de Mantouchiche
Étiquette stratigraphique : [arch]mnc
Symbole cartographique : Amnc
 

Première publication :  
Dernière modification :
Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
Amnc3 Granite folié avec 20 à 60 % d’enclaves de gneiss tonalitique ou de tonalite
Amnc2 Granite folié à enclaves de gneiss tonalitique et localement de paragneiss
Amnc1 Gneiss tonalitique, localement granitique, migmatitisé par endroits; tonalite gneissique
 
Auteur(s) : Bandyayera et al., 2026
Âge :
Archéen 
Stratotype :
 
Aucun stratotype, mais les affleurements les plus représentatifs se trouvent au nord du lac Mantouchiche (feuillet SNRC 32P15)
 
Région type :
Eeyou Istchee Baie-James, au nord de la région du lac Mantouchiche (feuillet SNRC 32P15) 
Province géologique :
 
Subdivision géologique :
Sous-province de La Grande
Lithologie : Roches intrusives et métamorphiques : gneiss, tonalite, granite
Catégorie :
Lithodémique
Rang :
 
Complexe
 
Statut : Formel
Usage : Actif

Historique

Le nom « Complexe de Mantouchiche » a été introduit par Bandyayera et al. (2026) pour décrire un ensemble de roches intrusives et gneissiques qui occupe toute la partie ouest des monts Tichégami et le nord du lac Mantouchiche (partie ouest du feuillet SNRC 32P15 et coin NW du feuillet 32P16). Ces roches ont d'abord été décrites par Chown (1971a, 1971b) à la suite de ses travaux de cartographie dans la région de Tichégami. Il les décrit comme des migmatites gneissiques et granites issus de la phase finale de la transformation des gneiss quartzo-feldspathiques en granite. De nouvelles données obtenues à la suite des travaux de cartographie à l’échelle 1/50 000 de Bandyayera et al. (2026) dans la région du lac Holton (feuillets 32P15 et 32P16) ont permis de préciser la cartographie du secteur et ont conduit à la révision et à la création de cette unité de roches granitiques et gneissiques partiellement migmatitisées. Lcoins SE et NE des feuillets 32P15 et 32P10, respectivement, au sud du lac Mantouchiche, est couverte par une aire protégée (Rivières-Cheno-et-Papas) où l’exploration est interdite. Ce secteur n’a donc pas été revisité lors des travaux de cartographie de l’été 2025. Dans ce secteur, une partie du Complexe d'Épervanche a été assignée au Complexe de Mantouchiche en se basant sur les descriptions lithologiques des affleurements de compilation (Chown 1971a, 1971b). 

Description

Le Complexe de Mantouchiche constitue un ensemble de roches gneissiques et de diverses intrusions granitiques. Il est divisé en trois unités informelles :

  • gneiss tonalitique, localement granitique, migmatitisé par endroits; tonalite gneissique (Amnc1);
  • granite folié à enclaves de gneiss tonalitique et localement de paragneiss (Amnc2);
  • granite folié avec 20 à 60 % d’enclaves de gneiss tonalitique ou de tonalite (Amnc3).

La chronologie relative de ces unités n’est pas établie avec précision. En se basant sur les relations de recoupement, on peut toutefois supposer que les granites sont plus tardifs.

Complexe de Mantouchiche 1 (Amnc1) : Gneiss tonalitique, localement granitique, migmatitisé par endroits; tonalite gneissique

L’unité Amnc1 affleure sur les monts Tichégami, à l’est de la rivière Mémeshquasati et au nord du lac Mantouchiche (feuillet 32P15). Elle constitue ∼20 % du Complexe de Mantouchiche. Cette unité formée de gneiss tonalitique a été décrite par Chown (1971) comme une migmatite gneissique ou un gneiss quartzo-feldspathique caractérisé par des alternances de couches foncées et pâles centimétriques à décimétriques (<1 m). Les changements de couleur sont causés par les variations du contenu en minéraux ferromagnésiens (biotite et hornblende). La roche est généralement gris pâle en surface altérée et gris moyen à gris verdâtre avec des traînées foncées en surface fraiche.

Le gneiss tonalitique, moyennement à fortement magnétique, est localement migmatitisé. Il est injecté de granite à biotite ± magnétite folié, hétérogranulaire et localement porphyroïde. Ces injections suivent par endroits la gneissosité avec des contacts qui peuvent être diffus ou nets.

Le gneiss tonalitique non migmatitisé montre une structure gneissique bien préservée qui se présente localement comme un rubanement. Cette structure est accentuée par des rubans granitiques généralement roses qui sont parallèles à la gneissosité, et dont la largeur dépasse rarement quelques centimètres. En général, la biotite et la hornblende sont concentrées dans la roche encaissante le long des contacts avec ces rubans. De minces niveaux d’amphibolite sont intercalés dans le gneiss et ces deux composantes sont coupées par des dykes et des filons-couches de granite et de pegmatite roses.

Les observations en lame mince de Chown (1971) indiquent que cette roche est typiquement constituée de 60 % de plagioclase altéré en épidote et carbonate, 20 % de quartz, 2 à 5 % de feldspath potassique (microcline) ainsi que de biotite jaune pâle à brun foncé partiellement altérée en chlorite et en épidote, de muscovite, de magnétite et d’apatite. Les minéraux accessoires sont le zircon et le sphène. Des grains amiboïdes et étirés de quartz remplacent une mosaïque de petits grains de plagioclase et de biotite.

Le gneiss tonalitique migmatitisé contient jusqu’à 30 % de mobilisat granitique rose in situ ou en injections. Ce dernier est disposé soit parallèlement aux plans de la foliation, soit de manière discordante par rapport à celle-ci. Le mobilisat est localement boudiné. Le premier stade de la migmatitisation est caractérisé par des injections de mobilisat subparallèles aux plans de foliation. Les contacts avec le gneiss sont graduels et s'expriment par une diminution graduelle du contenu en feldspath potassique rose du mobilisat vers l’encaissant gneissique. Dans les stades plus évolués de la migmatitisation, les contacts entre le gneiss et le mobilisat granitique deviennent de plus en plus difficiles à reconnaître. Le gneiss migmatitisé est localement caractérisé par un ensemble désorganisé de granite et de gneiss tonalitique plissé montrant par endroits des lentilles de mélanosome riche en biotite (40 à 60 %) et très magnétique.

En lame mince, le plagioclase partiellement altéré en muscovite représente encore le minéral dominant et constitue 50 % du gneiss migmatitisé. Des paillettes de biotite jaune à brun-vert sont uniformément distribuées dans la roche. La biotite est partiellement altérée en chlorite et en épidote. De gros grains amiboïdes de quartz semblent se superposer aux intercroissances de plagioclase-biotite et remplacent ces deux minéraux. Contrairement au plagioclase et à la biotite, le quartz craquelé et étiré forme 30 % de la roche. Le microcline est très frais. La suite des minéraux accessoires consiste en de nombreux petits cristaux de magnétite et d’apatite, ainsi que de rares grains de zircon et de sphène.

L’unité Amnc1 comprend par endroits du granite gneissique à grain moyen et folié, rose en cassure fraiche et rose pâle en surface altérée. Ce faciès est surtout observé en bordure, sur les flancs et à la base des collines.

L’hématitisation et la chloritisation sont omniprésentes, tant dans les roches gneissiques que dans les injections granitiques de différentes générations. L’unité Amc1 contient jusqu’à 25 % d’enclaves de diorite gneissique amphibolitisée, épidotisée et généralement magnétique. À proximité des zones de déformation et de cisaillement, le gneiss tonalitique et les injections sont fortement déformés, mylonitisés et cisaillés.

Complexe de Mantouchiche 2 (Amnc2) : Granite folié à enclaves de gneiss tonalitique et localement de paragneiss

L’unité Amnc2 représente 75 % du Complexe de Mantouchiche. Cette unité affleure généralement sur le sommet des collines et des crêtes, à l’ouest des monts Tichégami, alors que la base et les flancs de ces reliefs sont occupés par les gneiss tonalitiques et granitiques de l’unité Amnc1. À l’est, elle est recouverte en discordance par la séquence sédimentaire paléoprotérozoïque du Supergroupe d’Otish. L’unité Amnc2 est formée de granite à biotite ± magnétite ± hornblende ± épidote équigranulaire à hétérogranulaire et à grain moyen à grossier. Elle présente une texture homogène, localement pegmatitique, et est faiblement à fortement foliée. Le granite faiblement à fortement magnétique est hématitisé, chloritisé et épidotisé. Par endroits, il montre une texture porphyroïde qui se manifeste par la présence de <10 % de phénocristaux centimétriques de feldspath potassique aplatis et allongés parallèlement aux plans de foliation. La roche est rose grisâtre ou rose moyen clair en cassure fraiche et rose pâle en surface altérée. Elle contient généralement 1 à 6 % de biotite, 1 à 3 % de magnétite et 1 % de hornblende.

En lame mince, le plagioclase constitue typiquement 35 % du mode de la roche. Des paillettes de biotite brune, en bonne partie altérées en chlorite, sont en intercroissance avec le plagioclase. Le microcline (50 % de la roche) est le minéral dominant. Il est frais, perthitique et forme de gros grains (jusqu’à 1 cm de diamètre) qui remplacent les grains plus petits (0,5 à 1 mm) de plagioclase. Les minéraux accessoires sont la magnétite, l’apatite, le zircon et le sphène.

Dans la partie est du Complexe de Mantouchiche, à proximité du contact faillé avec les volcanites du Groupe d’Hippocampe, le granite de l’unité Amc2 montre une forte hématitisation associée par endroits à une teinte rougeâtre.

La roche est localement fortement déformée. Dans cette situation, la déformation est soulignée par le réalignement et l’aplatissement des cristaux de feldspath potassique et de plagioclase ainsi que par l’étirement du quartz. À proximité de la zone de déformation qui sépare les complexes de Mantouchiche et de Maingault, le granite est systématiquement déformé et montre une structure gneissique ou rubanée.

L’unité Amnc2 contient par endroits des enclaves métriques à décamétriques de tonalite foliée à gneissique (jusqu’à 25 %) injectées de granite rose, ainsi que des enclaves de paragneiss migmatitisé. On note également des enclaves métriques d’amphibolite à biotite-magnétite-épidote (<15 %) généralement caractérisées par une foliation subhorizontale.

Complexe de Mantouchiche 3 (Amnc3) : Granite folié avec 20 à 60 % d’enclaves de gneiss tonalitique ou de tonalite

L’unité Amnc3, localisée au NW du feuillet 32P16, forme 5 % du Complexe de Mantouchiche. Cette unité est constituée de granite rose à biotite et magnétite, à grain moyen à grossier, hétérogène et hétérogranulaire. La roche massive à faiblement foliée est généralement magnétique. Elle se distingue nettement de l’unité Amnc2 environnante par sa susceptibilité magnétique plus élevée et par l’omniprésence d’enclaves de gneiss tonalitique plus ou moins assimilées. Ces enclaves très magnétiques représentent entre 20 à 60 % de la roche. Elles contiennent 5 à 20 % de biotite, 1 à 10 % de hornblende et jusqu’à 5 % de magnétite disséminée ou en amas. Dans le gneiss tonalitique, les laminations riches en minéraux ferromagnésiens sont plus magnétiques.

Le granite montre communément des traînées ou des amas riches en biotite pouvant constituer jusqu’à 15 % de l’affleurement, ce qui laisse supposer une importante assimilation du gneiss tonalitique par le granite. Cette hypothèse est également appuyée par la présence de lambeaux de gneiss tonalitique en contact diffus dans le granite.

Le granite est communément hématitisé, chloritisé et séricitisé. La chloritisation intense se manifeste par une teinte verdâtre en surface altérée. La roche contient également 2 à 10 % de biotite et 1 à 5 % de magnétite.

Épaisseur et distribution

Le Complexe de Mantouchiche occupe le secteur est de la région du lac Mantouchiche (feuillet 32P15) et le secteur NW du feuillet 3P16, au nord de la rivière Pépeshquasati, à l'est et au sud du bassin d'Otish. Dans le secteur cartographié à l'été 2025, il s'étend selon une orientation NE-SW sur 33 km de longueur et 6 à 15 km de largeur. 

L’unité Amnc1 représente 20 % de la superficie du Complexe de Mantouchiche. Les affleurements les plus représentatifs sont localisés au NW du lac Mantouchiche, où ils définissent une bande de 15 km de longueur sur 5 km de largeur.

L’unité Amnc2 forme 75 % du Complexe de Mantouchiche et s'étend sur 26 km de longueur et 6 à 15 km de largeur. 

L'unité Amnc3 constitue 5 % du Complexe de Mantouchiche; la bande cartographiable à l'échelle 1/50 000 est localisé au NW du feuillet 32P16 et mesure 5,5 km de longueur sur 1,5 km de largeur. 

Datation

 Aucune.

Relations stratigraphiques

Le Complexe de Mantouchiche est limité à l’ouest par une faille NW-SE qui la sépare du Complexe de la Hutte. Même si ces deux unités sont essentiellement composées de gneiss tonalitique, l’orientation des structures planaires et le schéma magnétique de ces deux ensembles présentent un net contraste. Ainsi, les structures planaires qui sont orientées E-W dans le Complexe de la Hutte prennent une orientation NE-SW dans le Complexe de Mantouchiche. Au nord, le Complexe de Mantouchiche est en contact structural avec les roches plutoniques et gneissiques du Complexe Maingault. Plusieurs analogies au niveau lithologique, métamorphique et géochronologique, indiquent que les complexes de Théodat, de la Hutte, de Maingault et la base du Complexe de Mantouchice constitueraient des unités comparables. 

À l’est, la séquence sédimentaire paléoprotérozoïque du Supergroupe d’Otish repose en discordance angulaire sur un socle archéen altéré (paléorégolite) du Complexe de Mantouchiche (Caty, 1976; Genest, 1986), résultant de l'altération chimique profonde du gneiss et du granite sous un climat tempéré et sous une atmosphère oxydante. Le paléorégolite est caractérisé par la préservation de la gneissosité et le manque de remaniement du socle. Des veines de quartz coupent le socle altéré sans toutefois pénétrer dans les sédiments. Le Complexe de Mantouchiche est également surmonté localement de lambeaux détachés métriques à décamétriques formés de conglomérat à blocs de subarkose et à cailloux et à galets de quartz du Supergroupe d’Otish (Cathy, 1976; Genest, 1989), sous lesquels se trouve une zone d'altération du socle archéen (régolite) (p. ex. le lambeau du lac Mantouchiche).

Des sondages dans les régions des rivières Camie et Témiscamie (feuillet 22M13) révèlent également un socle constitué de roches volcano-sédimentaires appartenant au Groupe d'Hippocampe (Genest, 1986). 

Paléontologie

 Ne s'applique pas. 

Références

Publications accessibles dans SIGÉOM Examine

BANDYAYERA, D., CHARTIER-MONTREUIL, W., CÔTÉ-ROBERGE, M., 2026. Géologie de la région du lac Holton, sous-provinces d'Opatica et de La Grande, Eeyou Istchee Baie-James, Québec, Canada. MRNF; BG 2025-01, 1 plan.

CATY, J.L., 1976. Stratigraphie et sédimentologie de la Formaion de Papaskwasati de la région du lac Mistassini, Québec. MRN; DPV 423, 288 pages.

CHOWN, E.H., 1971a. Région de Tichégami. MRN; RG 144, 69 pages, 4 plans.

CHOWN, E.H., 1971b. RÉGION DE LA RIVIÈRE SAVANE, TERRITOIRE DE MISTASSINI, COMTÉS DE ROBERVAL ET DE CHICOUTIMI. MRN; RG 146, 42 pages, 1 plan.

GENEST, S., 1987. Géologie de la région du lac Indicateur (Territoire du Nouveau-Québec). MRN; ET 86-04, 29 pages, 1 plan.

GENEST, S., 1989. Histoire géologique du bassin d'Otish, Protérozoïque inférieur (Québec). TH 1415, 394 pages, 11 plans.

Citation suggérée

Ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Complexe de Mantouchiche. Lexique stratigraphique du Québec. https://gq.mines.gouv.qc.ca/lexique-stratigraphique/province-du-superieur/complexe-de-mantouchiche [cité le jour mois année].

 

Collaborateurs

 

Première publication

Daniel Bandyayera, géo., Ph. D. daniel.bandyayera@mrnf.gouv.qc.ca(rédaction)

Philippe Pagé, géo., Ph. D. (coordination); Claude Dion, ing., M. Sc. (lecture critique); Simon Auclair, géo., M. Sc. (révision linguistique); André Tremblay (montage HTML).

9 avril 2026