Formation de Ruth
Étiquette stratigraphique : [ppro] ru
Symbole cartographique : pPru
 

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Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
pPru7 Ardoise, ardoise silteuse et siltstone gris foncé à noirs
pPru6 Grès ferrifère rouge, grès et siltstone gris ou gris verdâtre, un peu de mudstone et de jaspe localement
pPru5 Vacant
pPru4 Mudstone ferrifère
pPru3 Siltstone ferrifère
pPru2 Mudstone et siltstone ferrifères, chert
pPru1 Chert noir, gris, brun ou rouge
 
Auteur : Harrison, 1952
Âge : Paléoprotérozoïque
Stratotype : Aucun
Région type : Région du lac Ruth (feuillet SNRC 23J15), au SW de Schefferville
Province géologique : Province de Churchill
Subdivision géologique : Orogène du Nouveau-Québec (Fosse du Labrador) / Zones lithotectoniques de Bérard, de Cambrien, de Mélèzes, de Payne, de Schefferville et de Tamarack
Lithologie : Chert, mudstone, siltstone, grès, ardoise
Catégorie : Lithostratigraphique
Rang : Formation
Statut : Formel
Usage : Actif

 

 

Historique

Le terme Ruth a été utilisé de diverses manières par les géologues dans la partie centrale de la Fosse du Labrador. L’appellation « Ardoise de Ruth » était utilisée par les géologues de la compagnie Labrador Mining and Exploration en 1949 (voir Frarey et Duffell, 1964). Cette unité comprenait un ensemble d’ardoise ferrifère, de formation de fer ardoisière, d’ardoise noire et brune, d’ardoise carbonatée et de schiste argileux. Harrison (1952) a introduit le nom de Formation de Ruth dans la partie méridionale de la Fosse, du nom d’un lac éponyme au Labrador (feuillet 23J15), afin de désigner une unité d’ardoise noire ferrifère sus-jacente à l’arénite quartzitique de la Formation de Wishart. L’utilisation subséquente du nom de Formation de Ruth n’a pas été cohérente partout en raison de la difficulté à distinguer ces roches de celles de la Formation de Sokoman sus-jacente. En général, les roches situées à la base de la séquence étant fissiles, rouges ou brunes et en partie terrigènes ont été attribuées à la Formation de Ruth.

Au sud de la latitude de 56° N, Frarey (1961) et Baragar (1967) n’ont pas cartographié séparément la Formation de Ruth, mais l’ont incluse dans la Formation de Sokoman. Ils ont toutefois décrit cette formation comme une unité distincte constituée majoritairement d’ardoise ferrifère brune à noire et fissile. L’utilité du nom de Formation de Ruth a été remise en question par Zajac (1974), qui a proposé d’abandonner le nom de Formation de Ruth et de considérer les roches ferrifères du Ruth comme un faciès de la Formation de Sokoman. Dimroth (1972, 1978) a également signalé que la Formation de Ruth devrait être regardée comme l’équivalent clastique de la partie inférieure du Sokoman. Il a néanmoins distingué le Ruth sur ses cartes et y a référé comme la Formation de Ruth. La proposition de Zajac (1974) a été suivie par Wardle et Bailey (1981), mais pas par Dimroth (1978), pour qui ces formations demeurent deux unités distinctes. 

La Formation de Ruth a été cartographiée dans la partie nord de la Fosse par Dimroth (1969), Dressler (1973, 1975 a, 1979), Ciesielski (1977) et Clark (1977, 1979, 1984). Du côté du Labrador, le nom de Formation de Ruth a été utilisé entre autres par Wardle (1979a, b) pour désigner l’unité sous-jacente à la Formation de Sokoman. Il n’a toutefois pas cartographié séparément la Formation de Ruth, mais l’a incluse dans la Formation de Sokoman.

Description

La Formation de Ruth est une unité de roches sédimentaires autochtones/parautochtones ou allochtones appartenant à la partie inférieure de la séquence de plate-forme du Groupe de Ferriman. Elle est principalement composée de lits de mudstone, de siltstone et de grès, tous de nature ferrifère, ainsi que de chert (Clark et Wares, 2004). La Formation de Ruth peut contenir suffisamment de fer pour être une formation de fer selon la définition de Gross (1959). D’après Gross (1968), la plupart des couches de cette formation contiennent >20 % de fer (voir Gross, 1968, p. 20). La Formation de Ruth se distingue de la Formation de Sokoman, sus-jacente, notamment par la nature partiellement terrigène de ses constituants (Gross, 1968; Zajac, 1974). Il est à noter que l’enrichissement marqué en fer est perceptible dans les roches sédimentaires de la Formation de Ruth (Gross, 1968; Clark et Wares, 2004). Parmi les autres caractéristiques qui permettent de la distinguer des autres formations, on peut mentionner sa fissilité, sa nature ferrifère et son contenu en chert (Baragar, 1967; Gross, 1968; Ciesielski, 1977; Dimroth, 1972, 1978; Dressler, 1979).

La Formation de Ruth comprend généralement du chert à la base et une séquence de mudstone et de siltstone au sommet (Dimroth, 1972, 1978). Le contact de la partie sommitale du Ruth est interstratifié avec le faciès à silicates et à carbonates de la Formation de Sokoman (Baragar, 1967; Gross, 1968; Dimroth et al., 1970; Dimroth, 1972, 1978). Au lac de l’Hématite (feuillet 24C10), le sommet est représenté par un ensemble de mudstone et de siltstone rubané accompagné de chert (Dimroth, 1972, 1978; Dressler, 1979). La Formation de Ruth contient couramment des interstratifications de chert graphiteux et de formation de fer à silicates et à carbonates, entre autres au sud du lac Helluva (feuillet 23O05). Des lits de tuf pyritifère contenant des fragments de trachybasalte se rencontrent à l’est et à l’ouest de Schefferville et près du lac Attikamagen (Gross, 1968; Dimroth, 1972, 1978; Zajac, 1974). La présence de graphite et de pyrite est observée localement dans la Formation de Ruth (Dimroth, 1972, 1978; Zajac, 1974). Il est intéressant de noter qu’un mince niveau riche en pyrite (20 à 30 %) peut être suivi sur plus de 3 km (Zajac, 1974, p. 39). Dans la région du lac Forbes (Clark, 1977), la Formation de Ruth est surtout constituée de grès ferrifère, de grès et de siltstone. Plus au nord, dans la région du lac Napier (Clark, 1979), la formation est constituée d’une séquence d’ardoise, d’ardoise silteuse et de siltstone. Au nord du lac aux Feuilles, elle est plutôt représentée par des roches schisteuses ferrifères (Gold, 1962; Bérard, 1965). 

Le mudstone est finement laminé et possède une fissilité parallèle à la stratification, tandis que le siltstone est massif ou finement lité. Des stratifications entrecroisées sont courantes dans le siltstone (Dimroth, 1969, 1972, 1978; Dimroth et al., 1970). Du granoclassement est observé localement dans les régions du lac Cambrien (Clark, 1984) et de Schefferville (Harrison et al., 1972). La Formation de Ruth est très déformée et plissée. Des kinks et des plis symétriques sont couramment observés (Harrison, 1952; Ciesielski, 1977). Le métamorphisme des roches de la Formation de Ruth varie généralement du faciès des sous-schistes verts au faciès des schistes verts. Au nord de la latitude 59° N, le métamorphisme atteint le faciès inférieur des amphibolites (Dimroth et Dressler, 1978).

D’après Dimroth et al. (1970), la région source des roches sédimentaires détritiques constituant la Formation de Ruth est située à l’ouest de la Fosse. Ces roches se sont déposées en eau calme et peu profonde et marquent une transition entre le dépôt des sédiments détritiques de la Formation de Wishart et le dépôt des sédiments d’origine chimique de la Formation de Sokoman (Gross, 1968; Dressler, 1979). Dans la région de Schefferville, les lits tufacés témoignent d’une activité volcanique contemporaine à l’est de la marge occidentale de la Fosse (Gross, 1968; Dimroth et al., 1970; Zajac, 1974). Le contenu élevé en graphite et en silicates de fer dans les roches cherteuses et argileuses indique que la sédimentation s’est déroulée dans un environnement fortement réducteur riche en carbone d’origine organique (Gross, 1968).

Formation de Ruth non subdivisée (pPru) : mudstone, siltstone et grès ferrifères, chert; un peu de formation de fer localement

L’unité non subdivisée comprend l’ensemble des roches observées dans la Formation de Ruth. Elle consiste généralement en mudstone, siltstone et grès ferrifères, en chert et en schiste micacé. Des interstratifications de jaspe sont observées localement (Ciesielski, 1977). En raison de l’échelle cartographique, l’unité peut également inclure des proportions mineures de formation de fer ou de roches appartenant à la Formation de Wishart (Dimroth, 1972, 1978; Dressler, 1979).

Au nord de la latitude 58° 45′ N, la Formation de Ruth est représentée par des roches schisteuses ferrifères (Gold, 1962; Bérard, 1965). Au sud du lac Mannic (feuillet 24L16), le Ruth consiste en minces lits (<3 m d’épaisseur) de schiste argileux ferrifère gris foncé ou noir en surface fraiche et à patine d’altération brune ou grise. La roche est à grain très fin, argileuse et très tendre. Elle est très magnétique, ce qui la distingue des autres schistes argileux du secteur. Elle possède une stratification mince et régulière marquée par des lits dont la couleur varie selon leur contenu en magnétite. En lame mince, le schiste argileux ferrifère se compose de magnétite, de quartz, de stilpnomélane, de chlorite ferrifère, de graphite et de pyrite (Bérard, 1965).

À l’ouest de la baie d’Ungava (feuillets 24N05 et 24N12), la Formation de Ruth consiste en une unité de schiste pélitique et ferrifère pouvant atteindre 30 m d’épaisseur. Ce dernier se compose de biotite, de muscovite, de séricite, de chlorite et de quartz à grain fin ou moyen. Les minéraux accessoires sont le grenat et la trémolite. Le schiste contient des bandes très riches en grenat, certains porphyroblastes atteignant plus de 2 cm de diamètre. Des interstratifications locales d’hématite et de carbonate ferrifère, gris-brun foncé, sont observées près du sommet de l’unité (Gold, 1962).

Au sud de la latitude 55° N, le Ruth est constitué de mudstone, de siltstone et de grès ferrifères, de chert, de schiste micacé et de proportions moindres de dolomie. L’unité peut inclure un peu de formation de fer ou de roches appartenant à la Formation de Wishart (Harrison et al., 1972; Dimroth, 1972, 1978). Le mudstone est noir et laminé. Selon Zajac (1974), il est formé de chlorite, de quartz et d’orthose, et contient localement du graphite et de la pyrite. Les interstratifications de chert graphitique et de formation de fer à silicates et carbonates sont courantes. Des lits de tuf gris, de 10 cm à 1 m d’épaisseur, sont observés à l’est et à l’ouest de Schefferville ainsi que près du lac Attikamagen (Gross, 1968; Dimroth, 1972, 1978; Zajac, 1974). Le tuf est composé de fragments de trachybasalte porphyrique à feldspath alcalin, de chlorite et de minéraux opaques dans une matrice formée de chlorite, de pyrite et de feldspath alcalin. Le diamètre des fragments varie de 1 à 20 mm. Certains lits de tuf sont granoclassés (Zajac, 1974).

Formation de Ruth 1 (pPru1) : Chert noir, gris, brun ou rouge

L’unité pPru1 forme la base ou se trouve au-dessus de la base de la Formation de Ruth. Elle est constituée de niveaux de chert noir, gris, brun ou rouge dont l’épaisseur varie de 0,30 à 3 m, atteignant plus rarement 5 et 10 m (Dressler, 1973, 1975a, 1979). Le chert est massif, homogène, intraclastique, oolithique et, par endroits, lité ou bréchique (Dimroth, 1972, 1978; Ciesielski, 1977; Dressler, 1979; Clark, 1979). Les lits de chert noir sont légèrement ondulés (Dimroth, 1972, 1978). En lame mince, la roche est composée d’intraclastes de 0,5 à 0,7 mm de diamètre et de grains de quartz plus grossiers cimentés par du quartz microcristallin, du quartz ou de la calcédoine. Les intraclastes sont subanguleux à arrondis, fortement compactés et constitués de quartz à grain très fin (<0,02 mm). Localement, le chert noir passe à du chert rouge finement lité et oolithique. La couleur rouge du chert résulte d’une fine poussière d’hématite, tandis que la couleur noire est due à du graphite finement disséminé (Dimroth, 1972, 1978; Dressler, 1979).

Formation de Ruth 2 (pPru2) : Mudstone et siltstone ferrifères, chert

L’unité pPru2 est essentiellement composée de mudstone et siltstone ferrifères. Le mudstone, qui constitue la partie inférieure de l’unité, est gris foncé, brunâtre ou verdâtre, et généralement laminé. Il consiste en lamines argileuses de ~5 mm d’épaisseur, lesquelles alternent avec des lamines silteuses de 2 à 3 mm d’épaisseur. Le mudstone montre une fissilité caractéristique parallèle au litage (Dimroth, 1969, 1972, 1978; Dressler, 1979). Les lits silteux montrent couramment des structures d’étranglement, de renflement et de début de boudinage (Dimroth, 1972, 1978). Dans les secteurs des lacs Goethite (feuillet 24C07) et Roussenet (feuillet 24C02) (Dimroth, 1969, 1972, 1978), le mudstone est en contact graduel vers le haut avec un siltstone gris foncé à gris verdâtre et à patine d’altération brune. Le siltstone est massif ou en lamine de 5 mm. La roche est dure, à cassure conchoïdale, et ne montre aucun clivage parallèle à la stratification. Des stratifications entrecroisées sont couramment observées (Dimroth, 1969, 1972, 1978). Dans la région du lac de l’Hématite (Dimroth, 1972, 1978; Dressler, 1979), le mudstone est surmonté par un ensemble de siltstone et de mudstone ferrifères accompagné de chert bariolé et rubané. Cet ensemble possède une épaisseur variant de quelques millimètres à 6 m (Dressler, 1979). Il se présente sous la forme d’une alternance de lamines rouges, vertes, brunes ou grises d’une épaisseur moyenne de 5 mm (1 à 10 mm).

En lame mince, le mudstone est composé de 25 à 30 % de grains de quartz (<0,002 mm) anguleux logés dans une matrice formée de chlorite, de mica et d’oxydes de fer (lépidocrocite et goethite). Le graphite, la séricite et le stilpnomélane sont également observés (Dimroth, 1972, 1978; Dressler, 1979). Les lamines silteuses se composent de 75 à 80 % de grains de quartz recristallisé dans une matrice formée de chlorite (Dimroth, 1978; Dressler, 1979). La muscovite, la biotite et le graphite ont aussi été observés par Dimroth (1972, 1978). Le siltstone est constitué d’au moins 50 % de fragments anguleux de quartz (diamètre maximal de 0,05 mm) dans une matrice vert foncé formée de minéraux argileux, de mica et de chlorite. Une grande partie du quartz se présente sous forme de grains (diamètre de ~0,02 mm) difficiles à distinguer de la matrice. De petits yeux (0,05 mm) de chlorite ainsi que des proportions mineures de muscovite, de biotite (0,1 mm) et de graphite (0,1 mm) sont également observés (Dimroth, 1972, 1978).

Dans l’ensemble de siltstone et de mudstone rubanés (bariolés), les lamines vertes et rouges sont constituées de fragments anguleux de quartz et de feldspath ainsi que d’intraclastes de chlorite et d’oxydes de fer dans une matrice argileuse (Dimroth, 1972, 1978; Dressler, 1979). Les lamines rouges contiennent également des intraclastes de jaspe et d’hématite (Dimroth, 1972, 1978). Les lamines de chert, lorsque présentes, contiennent également de petits fragments détritiques de quartz, de feldspath ou de silicates de fer (Dressler, 1979). Des cailloux d’argilite sont également observés (Dimroth, 1978).

 

Formation de Ruth 3 (pPru3) : Siltstone ferrifère

L’unité pPru3 a été cartographiée par Dimroth (1969, 1978) au sud de la latitude 55° 30′ N ainsi que dans la région des lacs Luché et Girafe (feuillet 24C07). Dans ce dernier secteur, elle est sus-jacente à l’unité pPru4. L’unité est constituée de siltstone ferrifère gris foncé à gris verdâtre en surface fraiche, à patine d’altération brune. La roche est finement laminée (5 mm) ou massive. Elle est dure, à cassure conchoïdale, et ne montre aucun clivage parallèle à la stratification. Des stratifications entrecroisées sont couramment observées et permettent de déterminer les sommets des lits. La roche est fortement fracturée et les plans de fracture sont teintés de brun ou de noir par des dépôts de manganèse. Le siltstone ferrifère possède une composition minéralogique semblable à celle du siltstone ferrifère de l’unité pPru2. D’après Dimroth (1969, 1972, 1978), il se distingue de ce dernier par une plus forte proportion de fer.

Formation de Ruth 4 (pPru4) : Mudstone ferrifère

L’unité pPru4 est localisée dans la région des lacs Luché et Girafe (Dimroth, 1969, 1978), où elle est sous-jacente à l’unité pPru3. Elle est constituée principalement de mudstone ferrifère gris foncé à patine d’altération brune. La roche est bien laminée et se présente en lits de ~5 mm d’épaisseur, lesquels alternent avec des lits silteux d’un gris plus clair, de 2 à 3 mm d’épaisseur. Le mudstone montre une fissilité caractéristique parallèle au litage et se décompose en fragments irréguliers de 5 cm de diamètre et de 5 mm d’épaisseur. Dimroth (1972, 1978) souligne que les lits silteux montrent couramment des structures d’étranglement, de renflement et de début de boudinage. Le mudstone ferrifère possède une composition minéralogique semblable à celle du mudstone ferrifère de l’unité pPru2. D’après Dimroth (1969, 1972, 1978), il se distingue de ce dernier par une plus forte proportion de fer.

Formation de Ruth 6 (pPru6) : Grès ferrifère rouge, grès et siltstone gris ou gris verdâtre, un peu de mudstone et de jaspe localement

L’unité pPru6 affleure de manière éparse dans le secteur du lac Forbes (feuillet 24F05). Elle est en contact concordant avec les faciès des oxydes (pPso1) et des carbonates (pPso3) de la Formation de Sokoman sus-jacente, et peut être absente par endroits. Son épaisseur totale n’est pas connue, mais une puissance allant jusqu’à 12 m a été mesurée par Clark (1977). L’unité est constituée d’une interstratification de grès ferrifère rouge, de grès verdâtre et de siltstone gris foncé ou gris verdâtre. L’épaisseur des lits varie de 0,01 à 1 m. Par endroits, l’unité comprend des niveaux subordonnés de mudstone et de jaspe comportant localement de nombreuses veines de quartz. Le grès ferrifère rouge est généralement près du contact avec la Formation de Sokoman, tandis que le grès et le siltstone se trouvent plus bas dans la séquence. Les bandes de jaspe sont situées à proximité ou à la base de l’unité (Clark, 1977).

Formation de Ruth 7 (pPru7) : Ardoise, ardoise silteuse et siltstone gris foncé à noirs

L’unité pPru7 est principalement constituée d’une séquence d’ardoise, d’ardoise silteuse et de siltstone gris foncé à noirs, localement pyriteux ou graphiteux, d’une puissance de 15 à 35 m (Clark, 1979). Près de la rive nord de la rivière aux Mélèzes, à l’est de la rivière Aigneau, et à l’est du lac Kanipitasachitich, la base de l’unité est en contact concordant avec une unité de chert gris foncé à noir, finement lité, de 1,5 à 14 m d’épaisseur, assigné à l’unité pPru1 (Clark, 1979). À ces localités, la Formation de Wishart semble être absente.

Épaisseur et distribution

La Formation de Ruth appartient aux zones lithotectoniques de Bérard, de Cambrien, de Mélèzes, de Payne, de Schefferville et de Tamarack, telles que définies par Clark et Wares (2004). Elle est située près de la marge ouest de la Fosse du Labrador, où elle est étroitement associée à la Formation de Sokoman (Baragar, 1967). La Formation de Ruth est reconnue de la région de la baie d’Ungava (feuillet 24N12) jusqu’au sud de la région de Schefferville, au Québec, et se poursuit du côté du Labrador. Selon Bérard (1965) et Harrison et al. (1972), la Formation de Ruth présente une grande continuité latérale.

L’épaisseur de la Formation de Ruth varie généralement entre ~3 et 60 m. La formation est très mince (~3 m) près de la bordure ouest de la Fosse dans le secteur de Schefferville, mais elle s’épaissit vers le NE (Harrison et al., 1972). Son épaisseur a été estimée à 30 m dans le secteur de Schefferville, à 6 m au lac Le Fer et à 15 m dans la région s’étendant entre les lacs Goethite et Helluva (Dimroth, 1972, 1978). Près du lac Cambien, Clark (1984) a mesuré une épaisseur maximale de 23 m et une épaisseur apparente de 45 m. L’épaisseur du Ruth varie de 25 à 60 m dans la région du lac de l’Hématite (Dimroth, 1969, 1972, 1978; Dressler, 1973, 1979) et de 5 à 12 m dans la région du lac Forbes (Clark, 1977; Dressler, 1979). Au sud du lac Forbes, Ciesielski (1977) évalue l’épaisseur totale du Ruth entre 25 et 40 m. À la rivière aux Mélèzes, le Ruth possède une épaisseur de 17 à 49 m (Clark, 1979). Par endroits, un plissement intense contribue à amplifier l’épaisseur apparente de la formation (Harrison, 1952; Ciesielski, 1977; Clark, 1984). Au nord du lac aux Feuilles, un schiste argileux magnétitifère de 2 à 3 m d’épaisseur représente la Formation de Ruth (Bérard, 1965; Goulet, 1995).

Du côté du Labrador, l’épaisseur de la Formation de Ruth est estimée à 20 m (Wardle, 1979b) près de la marge ouest de la Fosse, et s’épaissit pour atteindre 125 m près de la marge est (Wardle, 1979 a).

Datation

Aucune datation n’a encore été réalisée sur les roches de la Formation de Ruth. Toutefois, un dyke de lamprophyre associé aux carbonatites du Complexe volcanique de Castignon et intrusif dans la Formation de Ruth a donné un âge K-Ar de 1873 ±53 Ma (Dressler, 1975b, 1979). Cet âge est conforme à l’âge Rb-Sr estimé de 1870 ±50 Ma (Fryer, 1972) pour la Formation de Sokoman sus-jacente. Chevé et Machado (1988), pour leur part, ont obtenu un âge concordant U-Pb de 1880 ±2 Ma pour un mégacristal de zircon provenant d’un dyke nourricier de carbonatite à fluorine. Ils ont interprété ce résultat comme l’âge de cristallisation du dyke. Findlay et al. (1995) ont obtenu un âge U-Pb de 1878 ±1 Ma pour un caillou de syénite dans un conglomérat interstratifié dans les volcanites du Complexe volcanique de Nimish, près de Schefferville. Il s’avère que les volcanites de Nimish sont contemporaines de la Formation de Sokoman; la Formation de Ruth serait donc un peu plus ancienne.

Relations stratigraphiques

La Formation de Ruth repose en concordance sur la Formation de Wishart (Harrison et al., 1972; Dimroth, 1972, 1978; Ciesielski, 1977; Clark, 1977, 1984; Dressler, 1979). Un lit repère de chert marque la base de la Formation de Ruth, en contact avec la Formation de Wishart sous-jacent (Harrison, 1952; Dimroth, 1972, 1978). Par endroits, Dimroth (1972, 1978) signale la présence de contacts graduels entre la Formation de Wishart et le chert basal de la Formation de Ruth. Au sud de la latitude 56° N, la Formation de Ruth surmonte pratiquement en continu la Formation de Wishart dans la partie ouest de la Fosse. Plus à l’est, elle semble absente et la Formation de Sokoman, habituellement sus-jacente à la Formation de Ruth, repose directement sur le Wishart (Baragar, 1967).

La Formation de Ruth est recouverte par la Formation de Sokoman (Harrison, 1952; Dimroth, 1969, 1972, 1978; Clark, 1977, 1984; Dressler, 1979). La partie sommitale du Ruth est, par endroits, en contact concordant avec passage graduel ou est interdigitée avec la partie inférieure de la Formation de Sokoman (Baragar, 1967; Dimroth, 1969, 1972, 1978; Dimroth et al., 1970; Ciesielski, 1977). Dans la région à l’ouest du lac Patu (feuillet 24C10), le Ruth est en contact net avec le Sokoman. Dressler (1973, 1979) a établi le contact de la Formation de Ruth avec les roches ferrifères de la Formation de Sokoman là où il n’observe plus de bandes silteuses dans les roches du Ruth. D’après Dimroth (1972, 1978) et Zajac (1974), la Formation de Ruth est un équivalent clastique de la partie inférieure de la Formation de Sokoman, ce qui a amené certains auteurs, dont Zajac (1974), à inclure la Formation de Ruth dans la Formation de Sokoman. Selon Zajac (1974) et Dimroth (1972, 1978), le sommet de la Formation de Ruth serait constitué d’un niveau de jaspe de 6 à 15 m d’épaisseur dans un secteur situé à l’ouest de Schefferville.

Dans le secteur du lac de l’Hématite, un lamprophyre associé aux carbonatites du Complexe volcanique de Castignon est injecté dans la Formation de Ruth (Dressler, 1975b, 1979; Chevé, 1993). Au sud de la latitude 55° N, des roches volcaniques subaériennes de composition alcaline, connues sous le terme de Nimish (Dimroth, 1970; Dimroth et al. 1970; Zajac, 1974; Evans, 1978; Wardle et Bailey, 1981), sont intercalées dans la Formation de Ruth.

La Formation de Ruth est corrélée en partie avec le membre inférieur de la Formation de Baby dans la partie orientale de la Fosse (Clark, 1988).

Paléontologie

Ne s’applique pas.

Références

Publications accessibles dans SIGÉOM Examine

DIMROTH, E. 1972. STRATIGRAPHY OF PART OF THE CENTRAL LABRADOR TROUGH. MRN. DP 154, 304 pages et 6 plans.

CIESIELSKI, A. 1975. CONTACT ARCHEEN-PROTEROZOIQUE ENTRE LES LACS FORBES ET SENAT (FOSSE DU LABRADOR) – RAPPORT PRELIMINAIRE. MRN. DPV 449, 28 pages et 1 plan.

CLARK, T. 1977. GEOLOGY OF THE FORBES LAKE AREA (NOUVEAU-QUEBEC). MRN. DPV 452, 19 pages et 1 plan.

CLARK, T. 1979. REGION DU LAC NAPIER (NOUVEAU-QUEBEC) – RAPPORT PRELIMINAIRE. MRN. DPV 663, 28 pages et 1 plan.

CLARK, T. 1984. GEOLOGIE DE LA REGION DU LAC CAMBRIEN – TERRITOIRE DU NOUVEAU-QUEBEC. MRN. ET 83-02, 77 pages et 1 plan.

CHEVE, S. 1993. CADRE GEOLOGIQUE DU COMPLEXE CARBONATIQUE DU LAC CASTIGNON – FOSSE DU LABRADOR. MRN. MB 93-64, 100 pages et 1 plan.

GOULET, N. 1995. ETUDE STRUCTURALE, STRATIGRAPHIQUE ET GEOCHRONOLOGIQUE DE LA PARTIE NORD DE LA FOSSE DU LABRADOR. MRN. MB 95-36, 41 pages et 1 plan.

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Citation suggérée

Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN). Formation de Ruth. Lexique stratigraphique du Québec. http://gq.mines.gouv.qc.ca/lexique-stratigraphique/province-de-churchill/formation-de-ruth [cité le jour mois année].

Collaborateurs

Première publication

Charles St-Hilaire, géo. stag., M. Sc. charles.st-hilaire@mern.gouv.qc.ca (rédaction)

Mehdi A. Guemache, géo., Ph. D. (coordination); Thomas Clark, géo., Ph. D. (lecture critique); Simon Auclair, géo., M. Sc. (révision linguistique); Nathalie Bouchard (montage HTML). 

 
28 octobre 2020