Complexe d’Eau Jaune
Étiquette stratigraphique : [narc]eja
Symbole cartographique : nAeja
 

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Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
nAeja3 Trondhjémite
nAeja2 Tonalite, gneiss tonalitique, gneiss dioritique, amphibolite
nAeja1 Diorite quartzifère, diorite et tonalite
 
Auteur(s) :Holmes, 1959
Âge :Néoarchéen
Stratotype :Aucun
Région type :Région des lacs Sébastien, Esox et Le Gantier (partie ouest du feuillet SNRC 32G10)
Province géologique :Province du Supérieur
Subdivision géologique :Sous-province de l’Abitibi
Lithologie :Tonalite, diorite, gneiss, amphibolite
Catégorie :Lithodémique
Rang :Complexe
Statut :Formel
Usage :Actif

 

 

 

Historique

Le Complexe d’Eau Jaune est nommé par Holmes (1959). Il est d’abord compris dans la Suite intrusive de Lapparent, nommée pour la première fois dans Racicot et al. (1984). Les subdivisions informelles actuelles ont été proposées par Tait (1992). Chown et al. (2002) considèrent le Complexe d’Eau Jaune comme une intrusion synvolcanique séparée du reste de la Suite intrusive de Lapparent par une intrusion syntectonique (c.-à-d. la Tonalite de l’Est – secteur NW – telle que définie par Midra et al., 1992).

 

 

 

Description

Complexe d’Eau Jaune 1 : diorite quartzifère, diorite et tonalite

Selon Tait (1992, pages 22 à 26) : « Les diorites et les diorites quartzifères sont généralement vert noirâtre, tachetées de grains gris blanchâtre, en cassure fraîche. Elles renferment du plagioclase tabulaire (cristaux de 1 à 3 mm), de l’amphibole vert noirâtre (cristaux de 0,1 à 2,5 mm), de la biotite vert foncé de 0,1 à 0,5 mm de diamètre et de l’épidote vert pâle de moins de 0,1 mm de diamètre. Le plagioclase est d’une couleur vert pâle, due à la saussuritisation. Là où la diorite quartzifère possède une teneur en quartz élevée, il est commun d’observer des phénocristaux de plagioclase (jusqu’à 5 mm de diamètre) qui donnent un aspect légèrement porphyrique à la roche. La proportion de chlorite vert foncé et sous forme d’agrégats de moins de 0,1 mm de diamètre, varie de 0 à 40 %. Les roches les plus déformées contiennent jusqu’à 15 % de ces agrégats de chlorite vert foncé.

En surface altérée, on note que la biotite a produit de petits trous allongés renfermant une poudre rouillée. L’altération de la chlorite a produit une poudre verdâtre. En plusieurs endroits, l’hématitisation a teinté les plagioclases en rose, ce qui peut donner à la diorite l’aspect d’un granodiorite.

Les diorites et les diorites quartzifères sont équigranulaires et de texture subophitique (cristaux de plagioclase tabulaires contenant des grains d’amphibole subhédraux [subautomorphes], pseudomorphes de pyroxène). Elles peuvent avoir une foliation primaire caractérisée par l’alignement des plagioclases et, par endroits, des amphiboles. Les lames minces révèlent que ces roches sont principalement composées de plagioclase (An35-45) automorphe, dans les conditions magmatiques, et suggèrent ainsi un niveau de mise en place élevé. Typiquement ces plagioclases sont complètement altérés par des minéraux d’épidote formant des agrégats cryptocristallins (saussuritisation). Là où le plagioclase est très altéré, le cœur est, de façon générale, entièrement remplacé et une seule mince bordure d’albite limpide persiste. C’est un critère important dans la classification précinématique de ces roches. La séricite est présente, mais de façon accessoire, comparativement aux autres minéraux.

L’amphibole, qui est une hornblende commune, est le deuxième minéral le plus important dans les diorites. Elle est euhédrale à subhédrale [automorphe à subautomorphe] et présente parfois des macles simples. L’amphibole est souvent entourée d’une couronne d’altération dans laquelle le pléochroïsme vert est absent, ce qui indiquer que cette couronne est formée d’actinote. Avec l’accroissement de l’altération, l’amphibole est progressivement transformée, de la bordure vers le centre, en épidote et en chlorite. Cette dernière est associée à des grains xénomorphes de leucoxène. Dans certains cristaux d’amphibole, des cœurs de [clino]pyroxène sont observés. 

La biotite est le troisième minéral le plus abondant. Elle se présente en feuillets de forme anhédrale [xénomorphe]. La biotite est souvent associée à la hornblende et semble généralement être une phase minérale primaire. Nous avons aussi observé de la biotite secondaire entourant la hornblende et présentant des bordures soulignées par du leucoxène. Les deux variétés, primaires et secondaire, s’altèrent en chlorite et leucoxène.

Le quartz est toujours présent. Sa proportion, inférieure à 5 % dans les diorites, varie de 11 à 16 % dans les diorites quartzifères. Il occupe les interstices entre les plagioclases. Le quartz a couramment une extinction lamellaire et est parfois polycristallin; ces deux caractères, de même que sa forme finement polygonale deviennent plus importants avec l’accroissement de la déformation de la roche. Dans certaines amphiboles pœcilitiques altérées, le quartz se présente en fines inclusions.

Les minéraux métamorphiques sont, par ordre d’importance, l’épidote, la saussurite, la clinozoisite, la chlorite, la séricite, les carbonates, le leucoxène, et le sphène. Ces minéraux secondaires recoupent la foliation ignée primaire. Toutefois, nous avons noté dans une lame mince que les carbonates dominent largement l’épidote et, dans quatre autres lames minces, que l’épidote est absente tandis que la chlorite et l’actinote sont abondantes.

Les minéraux accessoires, tels que le zircon, l’apatite, l’ilménite et l’allanite, sont couramment notés dans les lames minces examinées. »

Complexe Eau Jaune 2 : tonalite, gneiss tonalitique, gneiss dioritique, amphibolite

Selon Tait (1992, pages 26 à 27) : « La tonalite est la roche la plus abondante du Complexe d’Eau Jaune. On y note trois phases. La phase la plus ancienne (phase II) est une tonalite avec une altération en séricite. La phase d’âge intermédiaire (phase III) est une tonalite dont la composition tend vers celle d’une granodiorite (environ 8 % de feldspath potassique). La dernière phase (phase IV) [voir l’unité nAeja3], une variante de la phase précédente, est une tonalite dont le pourcentage de quartz est extrêmement élevé (plus de 30 %). Les tonalites contenant plus de 20 % de quartz sont relativement répandues. Elles sont séparées des diorites de la première phase par une zone de déformation marginale très importante à l’ouest du lac à l’Eau Jaune. Les leucotonalites (phase IV) semblent être délimitées par des zones de failles qui sont souvent mylonitiques. Cette zone est riche en enclaves constituées de roches mafiques encaissantes déformées. Autour du lac du Bras Coupé, les tonalites contiennent des enclaves spectaculaires, peu déformées, de basaltes amphibolitisés de la Formation d’Obatogamau.

Les tonalites sont moins riches en minéraux ferromagnésiens que les diorites et les diorites quartzifères; l’indice de coloration est faible. En cassure fraîche, elles sont grisâtres, tachetées de grains gris blanchâtre et verts à gris-noir. Ces roches sont moyennement à grossièrement grenues et contiennent couramment des phénocristaux de plagioclase. Elles sont composées de plagioclase tabulaire de 0,5 à 8 mm, de grains de quartz xénomorphes gris blanchâtre de 0,5 à 2 mm de taille et de grains d’amphibole vert noirâtre, de 0,1 à 2,5 mm de taille. La biotite se présente en feuillets vert foncé de 0,1 à 0,5 mm de diamètre. L’épidote est difficile à observer; là où on en voit, elle est sous forme de grains xénomorphes vert pâle de ~0,5 mm de diamètre.

L’altération la plus répandue dans les tonalites est l’hématitisation, qui teinte les plagioclases en rose et donne à la roche l’apparence d’une granodiorite. Par endroits, des cisaillements sont soulignés par la chlorite vert foncé. Les tonalites peuvent contenir jusqu’à 4 % de chlorite.

Les lames minces révèlent que les tonalites ont une texture subophitique. Ces roches montrent une foliation primaire, soulignée par l’alignement des plagioclases, des amphiboles et de la biotite. Les tonalites sont principalement composées de plagioclase (An33-40) automorphe, présentant les macles de Carlsbad et de l’albite, ainsi qu’une zonation oscillatoire. Deux lames minces montrent que le quartz est plus abondant que le plagioclase. Le quartz est couramment polycristallin et, en plusieurs endroits, montre une extinction lamellaire. Comparativement à celui des diorites et des diorites quartzifères, le plagioclase est plus souvent altéré en séricite qu’en saussurite. La séricite forme 3 à 26 % de la roche et la saussurite est généralement absente. 

Les tonalites contiennent de la hornblende et de la biotite. Les altérations de ces dernières sont semblables à celles observées dans la hornblende et la biotite des diorites et des diorites quartzifères. La hornblende est altérée en ortho-amphibole [actinote et trémolite secondaires sur le pourtour de la hornblende selon Kieffer, 2019] ou en amas irréguliers d’épidote, de chlorite et de leucoxène. La biotite constitue une phase minérale primaire (et est souvent altérée en chlorite), mais elle peut être secondaire et associée au leucoxène.

Les minéraux métamorphiques sont, par ordre d’importance, la séricite, les carbonates, la chlorite, l’épidote, la clinozoïsite, le leucoxène et le sphène. Les minéraux accessoires tels que l’allanite, le zircon et l’apatite sont plus abondants dans les tonalites que dans les diorites et les diorites quartzifères. »

À l’ouest du lac Sébastien, les affleurements situés en bordure des chemins forestiers montrent des gneiss et des migmatites de composition tonalitique avec de nombreuses enclaves de roches volcaniques mafiques et de gabbro provenant des formations des Vents, de Chrissie et d’Obatogamau. Les migmatites présentent un paléosome gris à vert foncé composé d’amphibolite et de gabbro grossièrement grenus, un néosome vert-orangé d’une composition tonalitique et moyennement à finement grenu ainsi qu’un leucosome gris pâle à blanc de composition trondhjémitique, moyennement grenu. Ce faciès est similaire à l’unité de gneiss caractérisant la Suite intrusive de Lapparent (Midra et al., 1992) et la Sous-province d’Opatica, au Nord de l’Abitibi (Benn et al., 1992; Benn et Moyen, 2008).

Complexe d’Eau Jaune 3 : trondhjémite

L’unité nAeja3 correspond aux leucotonalites (phase IV) décrites par Tait (1992, p. 26) : « Les leucotonalites (phase IV) semblent être délimitées par des zones de faille qui sont généralement mylonitiques. Cette zone est souvent riche en enclaves constituées de roches mafiques encaissantes déformées. Autour du lac du Bras Coupé, les tonalites contiennent des enclaves spectaculaires, peu déformées de basaltes amphibolitisés […] de la Formation des Vents. »

 

 

Épaisseur et distribution

Le Complexe d’Eau Jaune a une forme irrégulière plus ou moins ovoïde dont l’axe long, orienté NE-SW, a une longueur de 26,8 km. L’axe court, orienté NW-SE, a une longueur d’au plus 14,5 km.  

 

Datation

Un échantillon de diorite quartzifère provenant de l’unité nAeja1 a livré un âge de 2718,6 ±5,5 Ma (David, 2018). Un échantillon de tonalite provenant de la phase nAeja2 a livré un âge de 2724,9 ±1,0 Ma (Hamilton, non publié, in Kieffer, 2019). Un échantillon de diorite provenant de l’unité nAeja3 a livré un âge de 2726,0 ±1,2 Ma (Hamilton, non publié, in Kieffer, 2019).

UnitéÉchantillonSystème isotopiqueMinéralÂge de cristallisation (Ma)(+)(-)Référence(s)
nAeja12015-FT-3104AU-PbZircon2718,65,55,5David, 2018
nAeja2UCD0137JG10U-PbZircon2724,91,01,0Hamilton, non publié, in Kieffer, 2019
nAeja3UCD0042AG02U-PbZircon2726,01,21,2Hamilton, non publié, in Kieffer, 2019

 

 

 

Relation(s) stratigraphique(s)

Le Complexe d’Eau Jaune coupe les roches volcaniques des formations des Vents et d’Obatogamau ainsi que les roches intrusives de la Suite intrusive de Lapparent (Tonalite de l’Est, unité de roches gneissiques). Les analyses géochronologiques réalisées sur la diorite de l’unité nAeja1 (2718,6 ±5,5 Ma; David, 2018), la tonalite de l’unité nAeja2 (2724,9 ±1,0 Ma; Hamilton, non publié, in Kieffer, 2019) et la diorite de l’unité nAeja3 (2726,0 ±1,2 Ma) (Hamilton, non publié, in Kieffer, 2019) démontrent que le Complexe d’Eau Jaune est contemporain au second cycle volcanique du Groupe de Roy et que les roches au cœur sont plus vieilles qu’en périphérie. L’unité nAeja2 de la partie ouest du Complexe d’Eau Jaune (Tonalite de l’Est – secteur SE selon Midra et al., 1992) est donc synvolcanique. Or, la seule différence entre cette tonalite et celle de la Tonalite de l’Est (nAtoe) – secteur NW (selon Midra et al., 1992) est l’intensité plus élevée de l’altération de la biotite en chlorite. Par conséquent, la Tonalite de l’Est est probablement aussi d’âge synvolcanique, contrairement à ce qui a été proposé par Chown et al. (2002). Si tel est le cas, la justification évoquée par ces auteurs pour exclure le Complexe d’Eau Jaune de la Suite intrusive de Lapparent (nAlap) n’est plus valide. La réinterprétation des limites et de la géométrie du Complexe d’Eau Jaune proposée par Kieffer (2019) montre que l’unité nAeja2 s’étend vers l’ouest en englobant la majorité de la superficie occupée par l’unité nAtoe et la partie sud de l’unité nAlap1 (sud des lacs Armi et MacLeod, feuillets 32G10 et 32G11).

 

Paléontologie

Ne s’applique pas.

 

Références

Publications accessibles dans SIGÉOM Examine

 

DAVID, J., 2018. Datation U-Pb dans la Province du Supérieur effectuées au GEOTOP en 2015-2016. MERN, GEOTOP; MB 2018-16, 24 pages.

HOLMES, S. W., 1959. REGION DE FANCAMP – HAUY, DISTRICT ELECTORAL D’ABITIBI-EST. MRN; RG 084, 53 pages, 1 plan.

MIDRA, R., CHOWN, E. H., TAIT, L., 1992. GEOLOGIE DE LA REGION DU LAC DICKSON (BANDE CAOPATINA-DESMARAISVILLE). MRN; MB 91-30, 65 pages.

TAIT, L., 1992. GEOLOGIE DE LA REGION DU LAC A L’EAU JAUNE (TERRITOIRE-DU-NOUVEAU-QUEBEC). MRN; MB 91-29, 86 pages.

Autres publications

BENN, K., SAWYER, E.W., BOUCHEZ, J.L., 1992. Orogen parallel and transverse shearing in the Opatica belt, Quebec: implications for the structure of the Abitibi Subprovince. Canadian Journal of Earth Sciences; volume 29, pages 2429-2444. https://doi.org/10.1139/e92-191

BENN, K., MOYEN, J.F., 2008. The Late Archean Abitibi-Opatica terrane, Superior Province: A modified oceanic plateau. Geological Society of America; Special Paper 440, pages 173-197. https://doi.org/10.1130/2008.2440(09)

CHOWN, E.H., HARRAP, R., MOUKHSIL, A., 2002. The role of granitic intrusions in th evolution of the Abitibi belt, Canada. Precambrian Research; volume 115, pages 291-310. https://doi.org/10.1016/S0301-9268(02)00013-X

KIEFFER, M., 2019. Géochimie, géométrie et mode de mise en place du Complexe d’Eau Jaune. Université du Québec à Chicoutimi; mémoire de maîtrise, 350 pages. https://constellation.uqac.ca/5420

RACICOT, D., CHOWN, E.H., HANEL, T., 1984. Plutons of the Chibougamau-Desmaraisville belt; a preliminary survey. In: Chibougamau: stratigraphy and mineralization (Guha, J. and Chown, E.H., editors). Canadian Institute of Mining and Metallurgy; volume 34, pages 178-197.

Citation suggérée

 

Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN). Complexe d’Eau Jaune. Lexique stratigraphique du Québec. https://gq.mines.gouv.qc.ca/lexique-stratigraphique/province-du-superieur/complexe-eau-jaune [cité le jour mois année].

Collaborateurs

Première publication

François Leclerc, géo., Ph. D. francois.leclerc@mern.gouv.qc.ca (rédaction)

Mehdi A. Guemache, géo., Ph. D. (coordination); Yannick Daoudene, géo., Ph. D. (lecture critique); Simon Auclair, géo., M. Sc. (révision linguistique); André Tremblay (montage HTML). 

 
22 février 2022