
| Auteur(s) : | Gobeil et al., 1997a-b; Chevé et al., 2001 |
| Âge : |
Paléoprotérozoïque ou Mésoprotérozoïque
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| Stratotype : |
Aucun
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| Région type : |
Région de la rivière Baune (feuillet SNRC 22P02)
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| Province géologique : | |
| Subdivision géologique : | |
| Lithologie : | Gabbro généralement ophitique |
| Catégorie : |
Lithodémique
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| Rang : |
Lithodème
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| Statut : | Formel |
| Usage : | Actif |
Aucune
Historique
Les roches correspondant au Gabbro de Baune sont d’abord incluses dans une unité indifférenciée de gabbro, de métagabbro et d’amphibolite (Franconi et Sharma, 1973; Sharma et Franconi, 1975). Avramtchev (1984) inclut ces roches dans une unité similaire de gabbro et d’amphibolite, mais il définit également une bande d’amphibolite, de gneiss riche en hornblende et/ou biotite et de schiste sur la rive est du lac Magpie (feuillet SNRC 22P02). Le Gabbro de Baune est officiellement introduit dans les travaux de cartographie et de compilation du Ministère des feuillets 22P02, 22P03 et 22P07 (Gobeil et al., 1997a-b; Chevé et al., 2001; Bilodeau et Gobeil, 2001). Il est alors divisé en cinq unités informelles comprenant principalement du gabbro à grain moyen à grossier, généralement ophitique, massif, folié ou gneissique avec des niveaux mineurs d’amphibolite (mpPbau1a) et, sur la rive est du lac Magpie, du gabbro de type mpPbau1a amphibolitisé et intensément cisaillé dans un réseau anastomosé (mpPbau1b). Ce gabbro contient de minces niveaux ou pointements de norite à grain grossier (mpPbau2), d’anorthosite (mpPbau3) et de gneiss quartzo-feldspathique (mpPbau4). Cette nomenclature est conservée dans la synthèse géologique de la Moyenne-Côte-Nord de Gobeil et al. (2002, 2003). Le gabbro de l’unité mpPbau1a représentant la lithologie dominante, et le gabbro amphibolitisé (mpPbau1b) lui étant associé, ces deux unités informelles sont respectivement renumérotées mpPbau1 et mpPbau1a dans le cadre de la rédaction de cette fiche stratigraphique. Le nom fait référence à la rivière Baune (feuillet 22P02).
Description
Le Gabbro de Baune est un gabbro massif, folié ou gneissique, à texture généralement ophitique (mpPbau1) (Chevé et al., 2001; Gobeil et al., 2003). Il comprend également de minces niveaux de norite (mpPbau2) et d’anorthosite (mpPbau3) à grain grossier, et contient des enclaves de gneiss quartzo-feldspathique (mpPbau4). Bien que généralement peu présente, une linéation minérale se manifeste par un léger allongement de la hornblende et des minéraux ferromagnésiens qui lui sont associés (Chevé et al., 2001).
Le Gabbro de Baune est localement enrichi en oxydes titanifères; il contient 5,37 % TiO2 et des valeurs anomales en V et en Zn à l’affleurement 97-NT-8356 (feuillet 22P03). Il est également coupé par une veine décimétrique de quartz-calcite-chalcopyrite minéralisée en cuivre ±argent ±or ±molybdène ±plomb ±zinc (zone minéralisée 394070), et dont l’origine est magmatique (Gobeil et al., 2003).
Gabbro de Baune 1 (mpPbau1) : Gabbro, généralement ophitique, massif, folié ou gneissique; niveaux mineurs d’amphibolite
Le gabbro à grain moyen à grossier (mpPbau1) définit le Gabbro de Baune (Chevé et al., 2001; Gobeil et al., 2003). Il est massif, folié ou gneissique et généralement à texture ophitique. Le faciès massif présente une grande uniformité texturale et minéralogique sur l’ensemble du territoire cartographié (feuillets 22P02 et 22P03; Chevé et al., 2001). En lame mince, ce faciès révèle une minéralogie simple et des textures ignées, ophitiques à intergranulaires. La hornblende verte (50 à 60 %), le plagioclase (30 à 40 %), la biotite brun verdâtre (5 à 15 %) et les oxydes (probablement de la titanomagnétite, 3 à 10 %) constituent les éléments caractéristiques du faciès métamorphique des amphibolites (Chevé et al., 2001).
La présence localisée et systématique de fines granules opaques sur la hornblende et sur quelques grains d’augite isolés et frais suggère, en l’absence de reliques, la présence d’augite dans la minéralogie ignée primaire (Chevé et al., 2001). D’autre part, le mimétisme textural que présente la hornblende dans ses relations ophitiques et subophitiques avec le plagioclase suggère que la transformation du pyroxène en hornblende s’est réalisée à un stade tardif de la solidification du gabbro, plutôt qu’à la suite d’un métamorphisme prograde au faciès des amphibolites. L’aspect nébuleux et l’abondance de très fines inclusions fluides de la partie centrale des bâtonnets de plagioclase, par opposition à la limpidité des bordures, pointent aussi en ce sens. Ce processus tardimagmatique semble également à l’origine de la déstabilisation des oxydes (magnétite et/ou titanomagnétite) selon deux mécanismes très distincts (probablement en lien à une minéralogie primaire différente). Le premier mécanisme conduit à la résorption du grain initial qui, à un stade très avancé, ne laisse qu’un treillis squelettique de fines lamelles opaques, probablement d’ilménite, disposées en triangle sur un fond de hornblende et/ou de biotite. Le second se manifeste par le développement d’une couronne bien cristallisée de titanite qui remplace plus ou moins profondément le minéral opaque original et se pseudomorphose à ce dernier. La minéralogie accessoire du gabbro se limite à quelques cristaux limpides et prismatiques d’apatite et à de fins grains de zircon/monazite révélés essentiellement par le halo pléochroïque qu’ils forment sur la hornblende et la biotite. La hornblende n’est pratiquement pas altérée, la biotite est localement chloritisée et une faible saussuritisation affecte le plagioclase.
Des bandes de cisaillement de puissance décimétrique à métrique caractérisent par endroits des affleurements de gabbro (Chevé et al., 2001). La roche composant ces bandes a enregistré une recristallisation, aussi bien du plagioclase que des minéraux ferromagnésiens et des minéraux opaques, mais a préservé la paragenèse du gabbro non déformé et massif. Le gabbro a ainsi acquis une texture lépidogranoblastique orientée, au sein de laquelle persistent des reliques de plagioclase magmatique, et ce, même dans les faciès les plus intensément déformés. De la scapolite et de la biotite verte sont disposées dans les plans de fissilité les plus importants, alors que des disséminations de pyrite et des traces de chalcopyrite s’associent communément à la zone déformée.
Gabbro de Baune 1a (mpPbau1a) : Gabbro amphibolitisé et intensément cisaillé
L’unité mpPbau1a est introduite spécifiquement sur la rive est du lac Magpie (feuillet 22P02) pour définir le gabbro amphibolitisé (actinote) qui s’y présente, enserré dans un réseau anastomosé de zones de cisaillement intenses (Chevé et al., 2001). Cette bande, elle-même impliquée dans le transport tectonique, présente une déstabilisation prononcée de la hornblende. Celle-ci se transforme en agrégats fibreux d’actinote, par endroits accompagnée d’anthophyllite, auxquels se mêlent des lamelles de biotite et/ou de chlorite magnésienne. Ces agrégats masquent en grande partie la texture magmatique primaire des faciès de gabbro massif (mpPbau1). Dans les bandes nettement mylonitiques, la biotite qui est prépondérante parmi les minéraux ferromagnésiens et qui isole des reliquats porphyroclastiques de hornblende, est l’objet d’une chloritisation plus ou moins intense. Dans une lame mince de gabbro mylonitisé de ce secteur, la présence de 2 à 3 % de tourmaline vert foncé témoigne de la complexité chimique des fluides qui ont circulé au cours de ces déformations et qui ont participé au métamorphisme rétrograde du Gabbro de Baune au faciès des schistes verts.
Gabbro de Baune 2 (mpPbau2) : Norite
L’unité mpPbau2 consiste en niveaux décamétriques à hectométriques de norite de granulométrie grossière à très grossière qui, localement, laisse entrevoir une possible texture coronitique magmatique au travers d’une pseudomorphose zonée en actinote/trémolite, biotite, hornblende ± clinopyroxène (reliques) (Chevé et al., 2001).
Gabbro de Baune 3 (mpPbau3) : Anorthosite
Des niveaux métriques d’anorthosite caractérisent quelques afflleurements qui ont été regroupés dans l’unité mpPbau3 (Chevé et al., 2001).
Gabbro de Baune 4 (mpPbau4) : Gneiss quartzo-feldspathique
L’unité mpPbau4 est constituée d’îlots ou de pointements de gneiss felsiques à grain très fin (Chevé et al., 2001). La minéralogie et la texture de ces derniers pointent en faveur d’un protolite sédimentaire de nature subarkosique et finement grenu. La présence de petits fragments arrondis de roche plagioclasique à texture ignée (enchevêtrement de bâtonnets hypidiomorphes de plagioclase sans évidence de minéraux ferromagnésiens interstitiels) suggère en outre une contribution ignée felsique (intrusive ou extrusive) au dépôt sédimentaire. L’origine et la signification de ce paragneiss demeurent cependant inconnues, principalement en raison de leur faible extension et du nombre limité d’affleurements. Trois hypothèses sont présentement retenues : 1) des feuillets in situ du socle isolant différentes injections de gabbro; 2) des copeaux tectoniques arrachés du socle; ou 3) des mégaenclaves du socle transportées par le gabbro lors de sa mise en place.
Épaisseur et distribution
Le Gabbro de Baune affleure essentiellement à l’ouest du lac Magpie (feuillet 22P02; Chevé et al., 2001). Il définit une masse en forme de croissant de ∼28 km de longueur E-W et de ∼10 km de largeur N-S, il se pince vers le NE (feuillet 22P07). Vers l’ouest, son prolongement dans le feuillet 22P03 est limité et se caractérise par une interdigitation avec les assises granitiques du Complexe de Canatiche (Chevé et al., 2001).
Datation
Aucune.
Relations stratigraphiques
La partie NE du Gabbro de Baune se présente sous la forme d’un biseau qui s’insère entre la Suite anorthositique de Fournier, à l’est, et un granite du Complexe de Canatiche, à l’ouest (Gobeil et al., 2003). À l’est, il est en contact avec le Complexe de Poisset et tous les deux sont coupés par la Brèche de Marsal (Chevé et al., 2001). Il est en contact avec le Complexe de Magpie, au SE, puis avec la Suite anorthositique de Havre-Saint-Pierre, au sud. À l’ouest, le Gabbro de Baune est en interdigitation avec des unités granitiques du Complexe de Canatiche (Chevé et al., 2001). Les relations d’âge avec ce dernier demeurent incertaines (Chevé et al., 2001; Gobeil et al., 2003). Cependant, à cause de l’association spatiale étroite qui existe entre les roches granitiques du Complexe de Canatiche (datées entre 1181 et 1175 Ma) et le Gabbro de Baune ainsi que de leur mise en place dans un même environnement géotectonique, il est possible que ces deux ensembles aient des liens pétrogénétiques (Gobeil et al., 2003). En effet, les roches granitiques du Complexe de Canatiche ont une signature géochimique de granite intraplaque, alors que le Gabbro de Baune a une signature de basalte intraplaque. Tous les deux apparaissent cependant comme les éléments d’un « substratum » sur lequel ont chevauché le leucogabbro grenatifère et l’anorthosite gneissique de la Suite anorthositique de Havre-Saint-Pierre (Chevé et al., 2001).
Paléontologie
Ne s’applique pas.
Références
Publications accessibles dans SIGÉOM Examine
AVRAMTCHEV, L., 1984. CARTE DES GÎTES MINÉRAUX DU QUÉBEC : RÉGION DE LA CÔTE-NORD. MRN; DV 83-14, 27 pages, 19 plans.
BILODEAU, C., GOBEIL, A., 2001. Compilation géologique 1/50 000, 22P07 – LAC CATIGNAN. In: MRNF, 2010. CARTE(S) GÉOLOGIQUE(S) DU SIGÉOM – feuillet 22P. CG SIGEOM22P, 16 plans.
CHEVÉ, S., GOBEIL, A., CLARK, T., TOGOLA, N., 2001. Géologie de la région de la rivière Baune et des lacs à l’Aigle et Canatiche, 22P/02, 22P/03 et 22P/04. MRN; RG 2001-03, 60 pages, 3 plans.
FRANCONI, A., SHARMA, K.N.M., 1973. GEOLOGY OF THE RIVIÈRE MAGPIE, RIVIÈRE ST-JEAN AND RIVIÈRE ROMAINE AREA, DUPLESSIS COUNTY: GRENVILLE PROJECT 1970. MRN; DP 128, 74 pages, 1 plan.
GOBEIL, A., BRISEBOIS, D., CLARK, T., VERPAELST, P., MADORE, L., WODICKA, N., CHEVÉ, S., 2003. Géologie de la Moyenne-Côte-Nord. In: GÉOLOGIE ET RESSOURCES MINÉRALES DE LA PARTIE EST DE LA PROVINCE DE GRENVILLE. MRN; DV 2002-03, 421 pages, 5 plans.
GOBEIL, A., BRISEBOIS, D., CLARK, T., WODICKA, N., VERPAELST, P., CHEVÉ, S., 2002. Carte géologique de la Moyenne-Côte-Nord. In: Cartes préliminaires en couleur des travaux de cartographie et des études 2002-2003. MRN; DV 2002-11, 28 plans.
GOBEIL, A., CHEVÉ, S., CLARK, T., TOGOLA, N., 1997a. Compilation géologique 1/50 000, 22P02 – RIVIÈRE BAUNE. In: MRNF, 2010. CARTE(S) GÉOLOGIQUE(S) DU SIGÉOM – feuillet 22P. CG SIGEOM22P, 16 plans.
GOBEIL, A., CHEVÉ, S., CLARK, T., TOGOLA, N., BILODEAU, C., et al., 1997b. Compilation géologique 1/50 000, 22P03 – LAC À L’AIGLE. In: MRNF, 2010. CARTE(S) GÉOLOGIQUE(S) DU SIGÉOM – feuillet 22P. CG SIGEOM22P, 16 plans.
SHARMA, K.N.M., FRANCONI, A., 1975. RÉGION DES RIVIÈRES MAGPIE, SAINT-JEAN ET ROMAINE (GRENVILLE 1970). MRN; RG 163, 85 pages, 4 plans.
Citation suggérée
Ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Gabbro de Baune. Lexique stratigraphique du Québec. https://gq.mines.gouv.qc.ca/lexique-stratigraphique/province-de-grenville/gabbro-de-baune [cité le jour mois année].
Collaborateurs
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Première publication |
Céline Dupuis, géo., Ph. D. celine.dupuis@mrnf.gouv.qc.ca (rédaction) Philippe Pagé, géo., Ph. D. (coordination); Charles St-Hilaire, géo., M. Sc. (lecture critique); Simon Auclair, géo., M. Sc. (révision linguistique); André Tremblay (montage HTML). |
