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Complexe de Kovik
Étiquette stratigraphique : [arch][ppro]kvk
Symbole cartographique : ApPkvk

Première publication:  
Dernière modification:

 

 

Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
ApPkvk10 Syénogranite à biotite et pegmatite
ApPkvk9 Monzogranite et monzonite porphyrique à biotite
ApPkvk8 Granodiorite et tonalite à biotite localement avec enclaves de roches mafiques
ApPkvk7 Tonalite et granodiorite à hornblende-biotite
ApPkvk6 Tonalite et diorite quartzifère à hornblende-biotite
ApPkvk6a Diorite quartzifère et tonalite migmatitisées
ApPkvk5 Tonalite et granodiorite à biotite avec enclaves de roche mafique rares, gneiss tonalitique et gneiss granodioritique
ApPkvk4 Tonalite et granodiorite à biotite avec enclaves de roche mafique abondantes
ApPkvk4b Migmatite hétérogène à schlieren de biotite
ApPkvk4a Tonalite migmatitisée hétérogène rubanée et tonalite à schlieren de biotite
ApPkvk3 Aleurite, pélite, psammite, quartzite et paragneiss
ApPkvk3b Diatexite
ApPkvk3a Paragneiss migmatitisé et métatexite
ApPkvk2 Diorite quartzifère et gabbro
ApPkvk2a Gabbro et diorite à niveaux de gabbro rubané
ApPkvk1 Amphibolite et hornblendite à grenat
 
Auteur :Charette et Beaudette, 2018
Âge :Archéen ; Paléoprotérozoïque
Coupe type :Aucune
Région type :Aucune
Province géologique :Province de Churchill
Subdivision géologique :Orogène de l’Ungava / Antiforme de Kovik
Lithologie :Assemblage de roches plutoniques foliées à gneissiques
Type :Lithodémique
Rang :Complexe
Statut :Formel
Usage :Actif

 

Unité(s) apparentée(s)
  • Aucune

 

 

Historique

Les roches du Complexe de Kovik ont d’abord été cartographiées par Taylor (1982) qui a assigné l’âge Aphébien à toutes les roches plutoniques reposant au nord du Domaine Sud (aussi appelé Ceinture de Cape Smith ou Fosse de l’Ungava). Doig (1983, 1987) a démontré grâce à des datations Rb/Sr qui ont livré des âges allant de 2934 à 2569 Ma, que les roches de la baie Déception, qu’il nomme « gneiss de Déception », sont d’âge archéen. Dans la plupart des travaux du ministère, le terme « Groupe de Déception » a été utilisé pour décrire les roches formant le socle nord interne (Lamothe et al., 1984; Tremblay, 1991; Barrette, 1990a, 1990b). Ce terme a été abandonné par Lamothe (2007) qui a introduit le nom de « Antiforme de Kovik« , tel que suggéré par M. Hocq (non publié), en tant qu’unité lithodémique. Néanmoins, ce nom n’est pas conforme avec les règles du Code stratigraphique nord-américain (1983, 2005). C’est pourquoi Charette et Beaudette (2018) ont préféré transformer l’Antiforme de Kovik en domaine lithotectonique et introduire le « Complexe de Kovik » pour décrire les unités géologiques de ce secteur.
 
La subdivision stratigraphique du Complexe de Kovik est basée sur les travaux de Lamothe (2007). Ceux de Charette et Beaudette (2018) ont permis de prolonger le Complexe de Kovik de 5 à 20 km vers le nord, dans la partie ouest de l’Antiforme de Kovik. Ces auteurs ont également introduit les unités de gabbro et de diorite rubanés parfois à grenat (ApPkvk2a), de métatexite et de diatexite issues de la fusion partielle de roches métasédimentaires (ApPkvk3a et 3b, respectivement) et de diorite quartzifère migmatitisée (ApPkvk6a).
 
L’Antiforme de Kovik est interprétée comme une fenêtre des roches archéennes, équivalentes à celles du craton du Supérieur, au sein l’Orogène de l’Ungava. Bien que St-Onge et Lucas (1990a) soulignent la transition intégrale et continue des roches archéennes entre la Province du Supérieur et l’Antiforme de Kovik, il a été jugé préférable de conserver les divisions lithologiques proposées par St-Onge et al. (2006) et Lamothe (2007) et de ne pas prolonger vers le socle nord (Antiforme de Kovik) les subdivisions proposées par Simard (2008) pour le socle sud (Province du Supérieur). Aussi, Baragar (2015) propose une division lithologique alternative pour la portion nord de l’Antiforme de Kovik ouest. Celle-ci n’a toutefois pas été retenue dans la présente description du Complexe de Kovik.
 

Description

Le Complexe de Kovik est constituée d’un assemblage de roche archéenne du socle parautochtone sous-jacent aux unités allochtones de l’Orogène de l’Ungava. Cet assemblage se compose princi­palement de tonalite ou granodiorite à biotite ± hornblende ± épidote ± titanite ± allanite (ApPkvk4, ApPkvk5 et ApPkvk6) montrant des proportions variables d’enclaves de roche mafique et métasédimentaire (Taylor, 1982; St-Onge et Lucas, 1990, 1992). De rares lambeaux de roche métasédimentaire siliciclastique (ApPkvk3) et de roche ignée mafique extrusive ou intrusive (ApPkvk1) sont préservés au sein ou en bordures des intrusions tonalitiques. Des intrusions tardives métriques à kilométriques, variant de composition tonalitique à syénogranitique (ApPkvk7 à ApPkvk10), s’injectent dans les tonalites et granodiorites (St-Onge et Lucas, 1992).
 

Complexe de Kovik 1 (ApPkvk1) : Amphibolite et hornblendite à grenat

Peu d’information est disponible pour l’unité ApPkvk1 qui n’a été décrite que par Moorhead (1996) et Charette et Beaudette (2018). Cette roche, de couleur noire en surface altérée et verte en cassure fraîche, est à grain fin à très fin. L’aspect de l’amphibolite varie de massif à rubané. Lorsque présente, une variation compositionnelle est marquée par des rubans milimétriques à centimétriques mélanocrates contenant du clinopyroxène et de la hornblende ainsi que par des niveaux décimétriques à métriques d’aspect massif et de composition ultramafique. Par endroits, jusqu’à 7 % de rubans millimétriques discontinus de leucosomes sont parallèles à la foliation. Dans la hornblendite, la hornblende forme jusqu’à 90 % de la roche et est accompagnée en proportions décroissantes de quartz, de grenat, de chlorite, de sphène et d’ilménite qui est parfois plus grossière. La hornblende est très fraîche et ne montre localement qu’une altération partielle en chlorite et biotite lorsqu’elle est en contact avec le grenat.
 

Complexe de Kovik 2 (ApPkvk2) : Diorite quartzifère et gabbro

Les roches mafiques et ultramafiques de l’unité ApPkvk2 forment des lambeaux et des masses de dimension kilométrique entre les vastes massifs de tonalite et les plutons granitiques, ainsi que des enclaves digérées par ces amas. À l’échelle de l’affleurement, ces roches sont associées aux tonalites des deux façons suivantes : 1) en interstratification de diorite et de tonalite, apparemment comagmatiques; et 2) en enclaves anguleuses à faible allongement de diorite, d’amphibolite, de pyroxénite et de péridotite dans de la tonalite (structure agmatitique).
 
De rares plutons de diorite tardifs coupent les plutons de tonalite et forment des corps de centaines de mètres à plusieurs kilomètres de diamètre, à structure isogranulaire et à grain moyen. Un petit complexe composite de roche intrusive mafique mis en place dans la tonalite a été cartographié plus en détail sur le côté nord-est de la baie Déception. Ce complexe est surtout composé de diorite quartzifère à hornblende-biotite qui se transforme en tonalite à hornblende-biotite vers l’intérieur du pluton. La diorite quartzifère renferme des inclusions de pyroxénite, de diorite et de tonalite (Lucas et St-Onge, 1997). On distingue une phase de diorite mafique associée à la diorite quartzifère dans laquelle dominent de gros phénocristaux de plagioclase ovoïdes atteignant 3 cm de longueur au maximum. Les phénocristaux de plagioclase ont un noyau de hornblende, et des inclusions de grenat sont présentes localement. La pyroxénite à clinopyroxène, hornblende et biotite forme une deuxième phase intrusive distincte associée à la diorite quartzifère et périphérique à celle-ci. Toutes les unités du complexe intrusif sont traversées par des veines de monzogranite. Des bordures foliées et un noyau à structure massive traversé par des zones de cisaillement bien définies caractérisent le complexe (Lucas et St-Onge, 1997).

Complexe de Kovik 2a (ApPkvk2a) : Gabbro et diorite à niveaux de gabbro rubané

La sous-unité ApPkvk2a a été introduite afin de distinguer les roches mafiques qui sont communément présentes sous forme rubanée, mais aussi sous forme de niveaux foliés à massifs. Les séquences rubanées sont caractérisées par une variation compositionnelle variant de diorite à gabbro. À plusieurs endroits, le gabbro comprend des niveaux riches en porphyroblastes de grenat (0,5 à 1 cm) entourés d’une couronne de plagioclase. Un mélanogabbro ou une pyroxénite est en contact transitionnel avec le gabbro ou forme des niveaux centimétriques à métriques boudinés. Le rubanement est accentué par des leucosomes (5 à 15 %) en rubans ou en amas millimétriques à centimétriques discontinus. Ceux-ci comprennent parfois du grenat et du clinopyroxène. Une structure gneissique est localement observée. Par endroits, des niveaux métriques de roche métasédimentaire s’intercalent dans la séquence mafique rubanée. Ce faciès rubané est granoblastique est à grain fin, tandis que le faciès folié à massif est plutôt à grain moyen. Le faciès folié à massif est observé en niveaux dans les roches rubanées de la sous-unité ApPkvk2a. Lorsque massifs, les diorites et les gabbros sont homogènes et montrent localement une structure de cumulat ou mouchetée. Des leucosomes en amas composent moins de 10 % du gabbro folié. Les principaux minéraux constituant les roches de la sous-unité ApPkvk2a sont la hornblende et le clinopyroxène et les minéraux accessoires principaux sont la sphène, la calcite, l’apatite, l’actinote et l’épidote. En lame mince, la hornblende remplace le pyroxène qui est généralement observé en relique au coeur des cristaux de hornblende.

Complexe de Kovik 3 (ApPkvk3) : Aleurite, pélite, psammite, quartzite et paragneiss

Des roches métasédimentaires clastiques à grain fin ont été conservées sous forme de grands lambeaux dans les plutons de tonalite et de monzogranite. Elles s’étendent principalement à l’est de la baie Déception. La composition dominante est la semi-pélite. Elle présente une patine rouillée et est, par endroits, interstratifiées avec des bandes de composition pélitique et amphibolitique de moins d’un mètre d’épaisseur. Une stratification marquée est caractéristique de la semi-pélite et de la pélite. Ces lithologies comprennent localement des niveaux de conglomérat, de marbre et d’amphibolite. Dans la région de la baie Wakeham, les massifs de tonalite et de monzogranite contiennent des petites lentilles (0,5 m d’épaisseur) de marbre calcaire (Lucas et St-Onge, 1997).
 
Dans la fenêtre tectonique du socle archéen de l’ouest, les roches métasédimentaires sont moins volumineuses au sein de la tonalite de l’unité ApPkvk4 et ne forment que localement des bandes cartographiables de longueur significative au 1/100 000. Dans ce secteur, la séquence métasédimentaire est en majorité de composition de pélite et de semi-pélite, et inclut de rares strates de quartzite, ce qui indique une sédimentation en eau relativement profonde. Des veines de granitoïde issues de massifs plutoniques adjacents ou dérivées d’une fusion partielle locale coupent la séquence (Lucas et St-Onge, 1997). Charette et Beaudette (2018) ont reconnu une fusion partielle importante au sein des lambeaux métasédimentaires et ont divisé l’unité ApPkvk3 en deux sous-unités selon le degré de migmatitisation, soit des métatexites (ApPkvk3a) et des diatexites (ApPkvk3b).

Complexe de Kovik 3a (ApPkvk3a) : Paragneiss migmatitisé et métatexite

Le paragneiss migmatitisé de la sous-unité ApPkvk3a présente une patine gris beige à rouille et un rubanement migmatitique caractéristique marqué par des schlierens de biotite ainsi que des mobilisats en proportion variable (10 à 25 % en général). Le rubanement migmatitique produit une structure stromatique à l’échelle de l’affleurement. Les mobilisats sont millimétriques à centimétriques, blanchâtres, parallèles à la foliation, à grain moyen et localement plissés. Leur composition varie de granodioritique à granitique. Ils présentent des lisérés de biotite et comprennent de 2 à 10% de grenat de couleur rosé ou lilas. Les lambeaux de l’unité ApPkvk3a présentent une déformation qui varie en intensité. Généralement, les paragneiss sont crénulés et, par endroits, ils montrent une structure mylonitique. La mylonitisation produit des leucosomes boudinés discontinus et des porphyroclastes de plagioclase ou de feldspath potassique. L’unité montre des variations compositionnelles marquées, en affleurement, par un changement du contenu en quartz et en minéraux mafiques (15 à 35 %). Aussi, les études pétrographiques indiquent une variation entre 0 et 30 % de la proportion de feldspath potassique. Le paragneiss migmatitisé contient des niveaux de paragneiss mieux préservés, des niveaux décimétriques de diatexite et, par endroits, des niveaux mafiques centimétriques à métriques de composition gabbroïque communément boudinés. En termes de minéralogie, le paragneiss migmatitisé de l’unité ApPkvk3a continent de la biotite rouge, du grenat, de la sillimanite, de la muscovite et du graphite. Les grenats présentent localement une couronne de plagioclase.

Complexe de Kovik 3b (ApPkvk3b) : Diatexite

La diatexite de la sous-unité ApPkvk3b est hétérogène et contient localement des niveaux de paragneiss migmatitisé et de paragneiss mieux préservés. L’hétérogénéité de cette roche blanchâtre de granulométrie moyenne à grossière est produite par la répartition des minéraux mafiques en de nombreux schlierens et en amas millimétriques ainsi que par la présence de rubans, de zones ou d’injections de matériel leucocrate blanc s’apparentant à un granite d’anatexie. La diatextite est, par endroits, affectée par un plissement ou une crénulation. Le grenat (5 mm à 1 cm) et la biotite sont concentrés dans les amas discontinus et dans les nombreux schlierens.

Complexe de Kovik 4 (ApPkvk4) : Tonalite et granodiorite à biotite avec enclaves de roche mafique abondantes

L’unité ApPkvk4 est l’unité de roche plutonique dominante du Complexe de Kovik. Sa structure foliée à gneissique ainsi que sa couleur grise en surface altérée sont caractéristiques. Au sein de cette tonalite, un rubanement est marqué par une variation compositionnelle allant de tonalite à diorite quartzifère et est accentué par 5 à 20 % de leucosomes millimétriques à centimétriques, blanchâtres ou rosés. Ces derniers sont de composition granitique à tonalitique, à grain moyen à grossier et sont parfois plissés. Une faible proportion (1 à 5 %) de niveaux et d’enclaves de diorite décimétriques sont en contact net ou transitionnel dans la tonalite. Des niveaux de tonalite plus fortement migmatitisée, présentant jusqu’à 40 % de rubans de leucosome, sont présents par endroits. Les études pétrographiques révèlent que la répartition des feldspaths potassiques est généralement hétérogène et que ces derniers se concentrent dans des rubans diffus dans la roche. Les minéraux mafiques sont disséminés ou en fines lamines millimétriques qui composent de 7 à 25 % de la minéralogie. La biotite est le minéral mafique principal, suivi de la hornblende. Les minéraux accessoires observés en lames minces incluent l’apatite, le zircon, la monazite et, localement, le sphène, l’épidote et la magnétite.

Complexe de Kovik 4a (ApPkvk4a) : Tonalite migmatitisée hétérogène rubanée et tonalite à schlieren de biotite

La sous-unité ApPkvk4a représente des zones kilométriques au sein desquelles la tonalite de l’unité ApPkvk4 est plus fortement migmatitisée. Lorsque le contact est observé, le faciès migmatitique est en contact transitionnel avec la tonalite de l’unité ApPkvk4. L’unité ApPkvk4a se caractérise par un rubanement diffus formé par des leucosomes millimétriques à centimétriques à granulométrie grossière concordants à la foliation de la tonalite. D’autres leucosomes sont séquants à la foliation. Ces derniers sont généralement en contact net avec la tonalite migmatitisée et pourraient représenter des zones de migration. La sous-unité ApPkvk4a est à grain moyen à grossier, comprend de 10 à 15 % de schlierens ou de lamines discontinues de biotite et contient de 5 à 10 % d’enclaves centimétriques de diorite. Par endroits, des lambeaux de tonalite plus fine et d’aspect moins migmatitisée pourraient représenter des radeaux de paléosome. La biotite est le minéral mafique principal.

Complexe de Kovik 4b (ApPkvk4b) : Migmatite hétérogène à schlieren de biotite

Les migmatites de la sous-unité ApPkvk4b sont issues de la fusion partielle des tonalites de l’unité ApPkvk4 et se reconnaissent à leur aspect hétérogène. Par endroits, elles ont l’aspect d’un intrusif hétérogranulaire moucheté avec des amas de biotite et, à d’autres endroits, elles montrent un rubanement chaotique. Communément, une forte proportion de granite d’anatexie blanchâtre leucocrate est observée en affleurements. Cette sous-unité contient des rubans centimétriques ou des enclaves métriques partiellement assimilées de composition dioritique pouvant s’apparenter à des restites. La sous-unité ApPkvk4b comprend une forte proportion de leucosomes millimétriques à centimétriques (20 à 40 %) qui forment des plis ptygmatiques. Dans les secteurs rubanés, les mobilisats sont généralement concordants à la foliation, même si, par endroits, ils la coupent ce qui donne un aspect anastomosé. En bordure de ces mobilisats, les minéraux mafiques sont plus grossiers. Les minéraux mafiques représentent entre 5 et 15 % de la minéralogie des migmatites et leur répartition est hétérogène, même s’ils se concentrent davantage en schlierens. Cette sous-unité présente localement une altération en chlorite et épidote. En lame mince, l’épidote est grossière et compose 5 à 10 % de la minéralogie. La chlorite, quant à elle, forme des petits cristaux associés à l’épidote.

Complexe de Kovik 5 (ApPkvk5) : Tonalite et granodiorite à biotite avec enclaves de roche mafique rares, gneiss tonalitique et gneiss granodioritique

L’unité ApPkvk5 a été décrite par St-Onge et Lucas (1992) et St-Onge et al. (1992) afin de distinguer les secteurs où les tonalites et granodiorites du Complexe de Kovik contiennent peu d’enclaves de roches mafiques à la différence de l’unité ApPkvk4 qui en contient beaucoup. Cette unité informelle se distingue aussi de l’unité ApPkvk4, par sa minéralogie qui inclut la hornblende comme minéral mafique principal, contrairement à l’unité ApPkvk4 où la biotite est le minéral mafique principal.

Complexe de Kovik 6 (ApPkvk6) : Tonalite et diorite quartzifère à hornblende-biotite

L’unité ApPkvk6 est plus pauvre en feldspath potassique que les unités ApPkvk4 et ApPkvk5. Le rubanement de la tonalite est marqué par des rubans ou strates de diorite quartzifère. Tout comme l’unité ApPkvk5, le minéral mafique principal est la hornblende, suivi de la biotite.

Complexe de Kovik 6a (ApPkvk6a) : Diorite quartzifère et tonalite migmatitisées

La sous-unité ApPkvk6a comprend des lithologies variant de diorite quartzifère à tonalite. Elles sont homogènes, bien foliées et présentent de petits phénocristaux de plagioclase recristallisés. Cette sous-unité est communément observée en contact transitionnel avec la tonalite de l’unité ApPkvk4. Au sein la sous-unité ApPkvk6a, des rubans de leucosome discontinus millimétriques à centimétriques représentent de 5 à 10 % de la lithologie. Par endroits, les niveaux de diorite quartzifère ont un aspect gneissique ou rubané où la proportion de rubans leucocrates atteint 20 à 45 % de la lithologie. Des niveaux centimétriques à décimétriques de gabbro sont aussi observés localement. Ces niveaux mafiques sont parfois boudinés et représentent en général moins de 20 % de l’affleurement. Dans la sous-unité ApPkvk6a, la proportion en quartz varie entre 0 et 20 % et les plagioclases forment de petits amas polycristallins (phénocristaux recristallisés) de 0,5 à 1 cm. Les minéraux mafiques représentent de 17 à 35 % de la lithologie et sont répartis de façon homogène ou en petits amas. Le minéral mafique principal est la hornblende, suivi de la biotite. Toutes les deux sont localement remplacées par la chlorite. Les minéraux accessoires principaux incluent la chlorite, l’apatite, le zircon, le sphène et l’épidote.

Complexe de Kovik 7 (ApPkvk7) : Tonalite et granodiorite à hornblende-biotite

Au sud-ouest de la baie Foul, deux plutons de composition tonalitique à granodioritique à hornblende et biotite se sont mis en place dans la tonalite plus ancienne. Ces tonalites plus récentes sont à grain fin, foliées et à structure isogranulaire. Les deux plutons contiennent de nombreuses enclaves d’amphibolite et de diorite quartzifère.

Complexe de Kovik 8 (ApPkvk8) : Granodiorite et tonalite à biotite localement avec enclaves de roche mafique

Les plutons granitiques coupent les tonalites et sont généralement caractérisés par des associations minérales du faciès des granulites et par une foliation tectonique d’intensité variable. Certains plutons montrent une structure massive dans leur ensemble, d’autres dans leur coeur seulement. Ces plutons granitiques contiennent typiquement des xénolites de tonalite, de diorite quartzifère, d’amphibolite et de pyroxénite d’échelle centimétrique à kilométrique (St-Onge et al., 1992). Les plutons granitiques, qu’ils soient foliés ou massifs, sont de forme tabulaire et d’orientation est-ouest. Ils semblent s’être mis en place parallèlement à la direction est-ouest de la foliation tectonique dans les tonalites. La biotite est le minéral mafique principal dans cette unité. De la muscovite, de la hornblende et de l’épidote sont également observées en lames minces et composent moins de 1 % de la roche.

Complexe de Kovik 9 (ApPkvk9) : Monzogranite et monzonite porphyrique à biotite

Parmi les roches granitiques coupant les tonalites anciennes, le monzogranite est le plus abondant. La composition des plutons peut cependant varier de granodiorite en bordure à syénogranite près du centre. Corollairement, la granulométrie varie de fine à grossière. En affleurement, les plutons sont homogènes, blancs à rosés, d’aspect folié ou massif et contiennent habituellement des enclaves d’échelle centimétrique à kilométrique de tonalite, de diorite quartzifère, d’amphibolite et de pyroxénite. Les études pétrographiques indiquent toutefois une hétérogénéité selon des phases diffuses produite par la variation du contenu en feldspath potassique, qui peut aller de 10 à 75 %. L’unité ApPkvk9 inclut aussi une monzonite parfois d’aspect gneissique et qui contient des phénocristaux de feldspath potassique centimétriques. La roche est composée de 10 à 30 % d’orthoclase, de 25 à 40 % de plagioclase, de 10 à 25 % de quartz et de 5 à 20 % de minéraux mafiques, principalement de la biotite. Par endroits, la hornblende est aussi présente, mais en moindres proportions. La magnétite, la muscovite et l’épidote sont localement observées. À certains endroits, l’apatite forme des cristaux millimétriques pouvant représenter jusqu’à 3 % de la roche.

Complexe de Kovik 10 (ApPkvk10) : Syénogranite à biotite et pegmatite

Le syénogranite de l’unité ApPkvk10 contient principalement de la biotite comme minéral mafique. Cependant, de la hornblende est localement observée. L’unité ApPkvk10 peut présenter une structure pegmatitique. Peu d’information est disponiple pour cette unité.

Épaisseur et distribution

Le Complexe de Kovik se situe dans le secteur central de l’Orogène de l’Ungava et s’étend à l’est jusqu’à l’Orogène du Nouveau-Québec. Ce complexe est présentement la seule unité lithodémique du Domaine de l’Antiforme de Kovik. Ce domaine lithotectonique est bordé au sud par le Domaine Sud. Une zone d’ensellement au centre de l’antiforme est occupée par les roches de l’Arc de Narsajuaq, interprété comme un terrane magmatique calco-alcalin allochtone chevauché sur le socle parautochtone ainsi que sur les roches du Domaine Nord (Lucas et St-Onge, 1992), séparant le socle septentrional en deux blocs (l’antiforme est et ouest).

Dans la portion ouest de l’Antiforme de Kovik, la Suture de Sugluk marque la limite entre le nord de ce domaine et l’Arc de Narsajuaq.

L’unité ApPkvk4 forme la majeure partie de du Complexe de Kovik. Les tonalites, les granodiorites et les monzogranites tardifs des unités ApPkvk7, ApPkvk8 et AKpPkvk9 se mettent en place en petits plutons dans les tonalites et granodiorites du ApPkvk4. Les monzogranites de l’unité ApPkvk9 sont communément observés en veines et injections au sein des tonalites (ApPkvk4) et des diorites quartzifères (ApPkvk6a) et peuvent représenter jusqu’à 40 % des affleurements. Le seul pluton cartographié de syénogranite et de pegmatite de l’unité ApPkvk10 est situé dans la portion est de l’Antiforme de Kovik.

Datation

Deux datations U-Pb sur zircons dans des tonalites à biotite ± hornblende (ApPkvk5) ont indiqué des âges de protolithe de 2882 +44 / -28 Ma (Parrish, 1989) et 2737 ±2 Ma (Scott et St-Onge, 1995). Un lambeau de tonalite cisaillé et incorporé au décollement basal entre l’Antiforme de Kovik et les roches sédimentaires du Povungnituk a retourné un âge U-Pb sur zircons de 2780 ±4 Ma (Parrish, 1989). Un petit complexe composite de roches intrusives mafiques (ApPkvk2) mis en place dans de la tonalite a été cartographié sur le côté nord-est de la baie Déception et a été daté par la méthode U-Pb sur zircons à 2740 ±10 Ma (Parrish, communication personnelle, 1992). Quatre âges Rb-Sr sur roches totales ont été obtenus sur un paragneiss et des orthogneiss du Complexe de Kovik. Ceux-ci indiquent des âges de cristallisation entre 2569 ±83 Ma et 2934 ±77 Ma (Doig, 1983).
 
Les données géochronologiques préliminaires obtenues à partir d’un échantillon de tonalite prélevé dans le Complexe de Kovik lors de la campagne de cartographie géologique de 2017 (Charette et Beaudette, 2018) indiquent deux populations de zircons, soit une population archéenne et une paléoprotérozoïque (Davis, communication personnelle). Selon l’interprétation préliminaire, l’importante population de zircons paléoprotérozoïques pourrait avoir cristallisé à partir du mobilisat vers 1850-1845 Ma, alors que l’âge archéen reste incertain étant donné que les zircons anciens semblent partiellement rajeunis par l’événement métamorphique paléoprotérozoïque.
 
Système isotopiqueMinéralÂge (Ma)(+)(-)Référence(s)
U-PbZircon28824428Parrish, 1989
U-PbZircon273722Scott et St-Onge, 1995
U-PbZircon278044Parrish, 1989 (éch. D245-86)

 

Relations stratigraphiques

Le Complexe de Kovik est présentement la seule unité stratigraphique composant l’Antiforme de Kovik. Ce domaine lithotectonique représente une fenêtre sur le socle archéen parautochtone au travers des roches allochtones de l’Orogène de l’Ungava. Cette fenêtre est interprétée comme le résultat du soulèvement des roches lors des déformations crustales post-accrétions D3 et D4. Tremblay (1991) et Lamothe (1994) indiquent que le contact entre le socle archéen formant l’antiforme et les roches allochtones de l’orogène est généralement marqué par une faille de décollement, sauf à de très rares endroits où des lentilles métriques de conglomérat basal sont préservées. Charette et Beaudette (2018) proposent que le contact entre le Complexe de Kovik et les unités de l’Arc de Narsajuaq concorde avec une structure tectonique importante, soit la Suture de Sugluk.
 
Les unités ApPkvk2 à ApPkvk6 sont constituées de plutons anciens formant le socle archéen au sein desquels se sont injectées des veines granitiques. Les migmatites des sous-unités ApPkvk4a et ApPkvk4b sont en contact transitionnel avec les tonalites de l’unité ApPkvk4 et sont interprétées comme issues de la fusion de ces tonalites. Les migmatites sont en niveaux métriques dans la tonalite et forment des masses kilométriques allongées qui sont orientées dans le grain structural est-ouest. Différentes lithologies sont trouvées en enclaves dans les migmatites, soit les gabbros et les diorites de l’unité ApPkvk2a, les paragneiss migmatitisés de l’unité ApPkvk3 et les diorites quartzifères de la sous-unité ApPkvk6a. Les diorites quartzifères de la sous-unité ApPkvk6a sont communément observées en contact transitionnel avec les tonalites de l’unité ApPkvk4. En raison de leur composition intermédiaire, ces diorites quartzifères présentes dans la portion ouest de l’antiforme ont été assignées à l’unité ApPkvk6 qui avait été définie par St-Onge et al. (1992), mais semblent être co-magmatiques aux tonalites de l’unité ApPkvk4. Les lambeaux métasédimentaires de l’unité ApPkvk3 sont couramment très déformés et situés à proximité de zone de déformation. Les amphibolites de l’unité ApPkvk1 sont observées à proximité des paragneiss ou en niveaux au sein de ces derniers.
 
Dans toutes les unités cartographiques plus anciennes, les veines granitiques montrent une déformation d’intensité variable; ces veines semblent liées à l’épisode de plutonisme granitique aux produits volumineux, contemporain à la déformation (Lucas et St-Onge, 1995). Cette hypothèse est corroborée par l’absence relative de veines granitiques dans les massifs granitiques et par les états de déformation globalement variables à la fois des veines et des plutons granitiques. Les roches granitiques qui coupent les tonalites anciennes du ApPkvk4 groupent des roches allant des granodiorites (ApPkvk8) aux syénogranites (ApPkvk10), bien que les monzogranites (ApPkvk9) soient incontestablement le type le plus abondant. En se basant sur la géométrie des plutons et leur état de déformation, il semble que les unités les plus anciennes soient les granodiorites et les monzogranites et que le pluton le plus récent soit le syénogranite (ApPkvk10).

Paléontologie

Ne s’applique pas.

Références

Auteur(s)TitreAnnée de publicationHyperlien (EXAMINE ou Autre)
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8 mai 2018