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Étymologie
Le terme anglophone « hummock » fait référence à de petites buttes ou monticules de faible élévation groupés en essaim. L’appellation « moraine bosselée » (hummocky moraine) est généralement évoquée pour décrire une morphologie de surface irrégulière en bosses et en creux. Bien que l'origine du mot soit inconnue (peut-être du jargon nord-américain), le suffixe –ock est un diminutif ayant le sens de petit.
Le terme « hummocky moraine » a été historiquement employé pour un large spectre de contextes morphologiques et de types de terrains morainiques, et ce, un peu partout dans les régions englacées (Hoppe, 1952; Hughes, 1964; Aario, 1977; Eyles, 1983; Benn, 1992). Selon certains auteurs, le terme comporte une implication génétique stricte (Sharp, 1985; Benn et Evans, 2010) ou l’absence de distinction génétique (Aario, 1977), ce qui rend la définition du terme plutôt floue et explique son utilisation dans des contextes dissemblables.
L’adjectif « hummocky » se traduit par « bosselé ». L’expression « terrain morainique bosselé », ou « moraine bosselée », est alors employée. Dans les publications traitant de la géologie du Quaternaire au Canada, et plus précisément au Québec, le terme « bosselé » peut généralement être considéré comme une traduction directe du terme « hummocky » (Bouchard, 1980; Dyke et Prest, 1987; Daigneault, 2008; Huntley et al., 2017).
Description

Le terme « moraine bosselée » est utilisé pour décrire des crêtes de formes irrégulières, ondulées ou circulaires. Elles sont généralement légèrement espacées les unes des autres, forment un faible relief et créent un environnement en bosses et en creux (Aylsworth et Shilts, 1989). Les bosses ne possèdent aucune orientation spatiale précise, sauf exception où un alignement parallèle ou transverse à l’ancien mouvement glaciaire peut être décelé (Hughes, 1964; Bouchard, 1980; Eyles et al., 1999).
Les moraines mesurent entre 2 et 25 m de hauteur et leur diamètre varie entre 20 et 200 m (Hughes, 1964; Bouchard, 1980; Eyles et al., 1999). Les parois des monticules sont généralement abruptes (Bouchard, 1980). Le matériel constituant ces formes est typiquement du till d’ablation peu compact, qui inclut une grande proportion d’éléments grossiers, dont des blocs délestés, du sédiment lessivé et des lentilles de sédiment stratifié (Hoppe, 1952; Hughes, 1964). Le till d’ablation est généralement déposé sur un till préexistant ou directement sur le roc (Aario, 1977; Eyles et al., 1999). Les cartes des dépôts de surface du Ministère représentent les secteurs caractérisés par des moraines bosselées sous l’unité de till bosselé (Tb).
Genèse
Les moraines bosselées sont des morphologies typiquement associées aux terrains de décrépitude ou de marge glaciaire (Aylsworth et Shilts, 1989; Eyles et al., 1999). Plusieurs modes de formation ont été avancés pour expliquer l’origine de ce type de morphologie, soit par déposition de matériel supraglaciaire, soit par une remobilisation de sédiment sous-glaciaire, ou encore par une combinaison de ces processus.
Déposition de sédiment supraglaciaire
Dans ce modèle, la formation d’un terrain morainique bosselé est associée au délestage de matériel supraglaciaire provenant d’une masse de glace stagnante. La couverture de débris supraglaciaires serait inégalement répartie à la surface du glacier. L’ablation s’effectuant de façon différentielle, des dépressions ou des cavités se créent à la surface du glacier (Möller, 1987; 2010; Johnson et al., 1995; Boone et Eyles, 2001). La fonte engendre des mouvements gravitaires à l’intérieur de la couche superficielle de sédiments (Schomacker et Benediktsson, 2018). La charge sédimentaire du glacier étant inégalement répartie, les débris sont délestés sur le substrat sous-jacent pour former une topographie en crêtes et creux composée de till (Tanner, 1915; Clayton et Cherry, 1967; Marcussen, 1973; Eyles, 1983; Boulton, 1986; Benn, 1992; Kjær et Kruger, 2001).
Déformation de sédiment sous-glaciaire

Stalker (1960) et Eyles et al. (1999) proposent que la formation des terrains morainiques bosselés soit plutôt initiée par la remobilisation de matériel glaciaire non différencié sous l’effet de la pression exercée par les masses de glace stagnantes à la marge. À la suite de la formation de dolines superficielles en position marginale, le till s’édifierait pour former des buttes. Ce processus accentuerait le façonnement d’une topographie en crêtes et creux.
Des dépressions se formant à la surface de la glace pourraient contribuer à la formation de ces moraines (Stalker, 1960). Ces grandes dépressions créeraient un déséquilibre de pression dans la glace en ablation, favorisant des processus de diapirisme et une remontée du matériel sous-glaciaire dans la partie centrale de celle-ci. Le rééquilibrage de la glace au pourtour des dépressions engendrerait la formation de creux. Ces mouvements diapiriques de la glace et du matériel sous-glaciaire entraîneraient l’édification d’une morphologie bosselée (Stalker, 1960; Boone et Eyles, 2001).
Autres modèles
D’autres modèles ont été proposés par différents auteurs, notamment l’érosion par l’eau de fonte à la suite d'une débâcle sous-glaciaire (Shaw, 1983; Rains et al., 1993), l’accumulation de sédiments dans un système karstique de glace stagnante (Kemmis et al., 1994), la déposition dans des failles par une glace active à la marge glaciaire (Hambrey et al., 1997) ou encore un mode de mise en place sous-glaciaire par une glace active. Dans ce dernier cas de figure, le terrain morainique bosselé serait alors un modelé transitoire entre les moraines de Rogen et les formes fuselées (Aario, 1977).
Répartition spatiale
Cette morphologie glaciaire ubiquiste est trouvée dans la plupart des secteurs englacés : l’Amérique du Nord, la Scandinavie et la Finlande (Marcussen, 1973; Johnson et al., 1995; Thorbergsson, 2011). Dans le centre et le sud de l’Alberta, un essaim de moraines bosselées est l'un des mieux préservés au monde (Munro et Shaw, 1997). Au Québec, on trouve les moraines bosselées sur de vastes territoires, notamment au centre de la péninsule d’Ungava, à proximité des rivières Mistassini et Péribonka, et dans le secteur des Laurentides, au nord de la moraine de Saint-Narcisse.
Synonymes
Moraine de désintégration; moraine de décrépitude; moraine d’ablation; moraine de stagnation; terrain de glace morte (Gravenor and Kupsch, 1959; Clayton and Moran, 1974; Moran et al., 1980); controlled moraines (Gravenor et Kupsch, 1959); dead-ice moraine; ablation moraine; hillocky terrain.
Les Suédois utilisent le terme « moraine de Veiki » selon la localité type en Suède (Hoppe, 1952). Les Finlandais utilisent le terme « moraines de Pulju » pour une morphologie comparable aux moraines de Veiki et aux moraines bosselées (Menzies et Shilts, 2002; Sutinen et al., 2014).
Références
Autres publications
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Collaborateurs
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Première publication |
Hugo Raymond, géo. stag., B. Sc. (rédaction); Olivier Lamarche, géo., M. Sc. olivier.lamarche@mrnf.gouv.qc.ca (rédaction et coordination); Hugo Dubé-Loubert, géo., Ph. D. (lecture critique); Simon Hébert, géo., M. Sc. (lecture critique); François Leclerc, géo., Ph. D. (conformité du gabarit et du contenu); Simon Auclair, géo., M. Sc. (révision linguistique); Johanne Jobidon (vectorisation des figures). |
19 mai 2026