Complexe de Saint-Sauveur
Étiquette stratigraphique : [arch][ppro]gss
Symbole cartographique : ApPgss

Première publication : 20 septembre 2018
Dernière modification : 22 octobre 2018

 

 

Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
ApPgss2 Gneiss granitique
ApPgss2a Gneiss monzonitique quartzifère
ApPgss1 Gneiss tonalitique
ApPgss1b Tonalite homogène, foliée à gneissique
ApPgss1a Gneiss dioritique et dioritique quartzifère
 
Auteur :Hammouche et al., 2011; Lafrance et al., 2018
Âge :Archéen à Paléoprotérozoïque
Coupe type : 
Région type :Région du lac Bonaventure (feuillets SNRC 24P02 et 23I15)
Province géologique :Province de Churchill
Subdivision géologique :Domaine lithotectonique de George
Lithologie :Gneiss
Type :Lithodémique
Rang :Complexe
Statut :Formel
Usage :Actif

 

 

Historique

Le terme « Gneiss de Saint-Sauveur » a été introduit par Hammouche et al. (2011) dans la région du lac Bonaventure (feuillets 23I15 et 23P02) afin de regrouper l’ensemble des gneiss compris entre les zones de cisaillement du Lac Tudor et de la Rivière George. Plus au nord, Simard et al. (2013) et Lafrance et al. (2014; 2015; 2016) avaient auparavant assigné les gneiss situés entre ces deux zones de cisaillement au Complexe d’Ungava (ApPung), unité qui comprenait alors l’ensemble des gneiss du sud-est de la Province de Churchill (SEPC). Toutefois, dans le cadre de la synthèse du SEPC (Lafrance et al., 2018), différents blocs lithotectoniques ont été identifiés et il apparait que les gneiss observés à l’intérieur de ces différents blocs sont distincts les uns des autres. Les gneiss du Domaine lithotectonique de George ont alors été réassignés au Complexe de Saint-Sauveur. Le terme complexe est maintenant utilisé afin de se conformer au Code stratigraphique nord-américain. Le nom de l’unité est tiré du lac Saint-Sauveur, localisé à la frontière entre le Québec et le Labrador, dans le coin SE du feuillet SNRC 23I15.

 

 

Description

Le Complexe de Saint-Sauveur se compose majoritairement de gneiss variant de tonalitique (ApPgss1) à granitique (ApPgss2), plus localement de composition intermédiaire. Des niveaux métriques de paragneiss migmatitisé font localement partie de l’unité. Le gneiss renferme couramment des enclaves de diorite et d’amphibolite à grain fin, de forme irrégulière et lenticulaire, subarrondies ou en boudins. Il est coupé par des injections tardives de granite et de tonalite sous forme d’amas et de rubans de 5 à 30 cm de largeur. Le rubanement dans les gneiss n’est pas toujours bien défini et régulier. Il est par contre communément accentué par la présence d’injections granitiques roses subconcordantes à la gneissosité. Les gneiss sont affectés par un phénomène de migmatisation qui se manifeste par des apophyses centimétriques de matériel quartzofeldspathique qui coupent le rubanement gneissique. Ils sont aussi mylonitisés par endroit.

 

Complexe de Saint-Sauveur 1 (ApPgss1) : Gneiss tonalitique

Le gneiss de l’unité ApPgss1 a une composition majoritairement tonalitique, avec localement des rubans et niveaux centimétriques à décimétriques de diorite quartzifère. Il est de couleur gris moyen à pâle, de granulométrie fine à moyenne et renferme 5 à 25 % de rubans blanchâtres plus ou moins diffus de largeur millimétrique à centimétrique. Plusieurs de ces rubans ont subi le même taux de recristallisation que la fraction principale du gneiss, d’autres représentent du leucosome ou des injections parallélisés et sont légèrement plus grossiers. Le gneiss tonalitique est bien folié et partiellement à bien recristallisé, particulièrement en bordure des grains. Il renferme 5 à 20 % de minéraux ferromagnésiens (biotite brune ± hornblende) qui définissent la foliation, se concentrent en lamines et dans certains rubans et se présentent localement en amas. Le quartz (20 à 30 %) est plutôt xénomorphe et montre une forte extinction roulante. Le feldspath potassique, généralement rare, peut représenter jusqu’à 7 % de la roche. Des minéraux d’altération, tels que la séricite sur le plagioclase et la chlorite sur la biotite, ainsi que la hornblende sont couramment observés en lame mince. Les principaux minéraux accessoires sont, par ordre d’importance, l’épidote, la muscovite, les minéraux opaques, l’apatite, le zircon (en inclusion dans la biotite), le sphène, l’allanite et le carbonate.

Complexe de Saint-Sauveur 1a (ApPgss1a) : Gneiss dioritique et dioritique quartzifère

Le gneiss de couleur plus foncé avec une composition variant de diorite à diorite quartzifère a été assigné à la sous-unité ApPgss1a. Cette sous-unité est interstratifiée, en niveaux décimétriques à kilométriques, avec le gneiss tonalitique de l’unité ApPgss1. Elle montre couramment des évidences de fusion partielle se présentant sous forme de leucosome blanchâtre formant des amas ou des rubans diffus millimétriques à centimétriques. Les minéraux ferromagnésiens sont les mêmes que dans l’unité ApPgss1, mais en quantité plus importante (20 à 30 %), particulièrement en ce qui concerne la hornblende. Le clinopyroxène est présent localement, remplacé à divers degré par la hornblende. Il contient 2 à 10 % de quartz et 0 à 3 % de feldspath potassique. Les structures et les minéraux accessoires observés au microscope sont similaires à ceux de l’unité ApPgss1.

Complexe de Saint-Sauveur 1b (ApPgss1b) : Tonalite homogène, foliée à gneissique

L’unité ApPgss1b, auparavant assigné à l’unité ApPqur2 du Complexe de Qurlutuq (Simard et al., 2013) représente des secteurs de tonalite homogène au sein des grandes unités de gneiss et de migmatites du Domaine de George. Simard et al. (2013) proposent que ces tonalites représentent des niveaux de protolite qui auraient été préservés à la suite des épisodes de déformation et de fusion partielle ayant affecté la Zone noyau au Paléoprotérozoïque. Sa ressemblance avec le gneiss tonalitique du Complexe de Saint-Sauveur et sa localisation font en sorte qu’elles ont été réassignées à cette unité lors de la synthèse du SEPC. D’ailleurs, il est fort probable que des secteurs de tonalite homogène soient inclus dans l’unité ApPgss1.

La tonalite est une roche homogène, gris clair à gris blanchâtre, généralement bien foliée, qui renferme de 3 à 18 % de minéraux ferromagnésiens (biotite verte ou brune ± hornblende). Elle est de granulométrie moyenne à fine et assez bien recristallisée. La présence de rubans centimétriques de leucosome dans la tonalite indique qu’elle a tout de même subi un début de fusion partielle. Elle contient 20 à 35 % de quartz, 1 à 8 % de feldspath potassique et presque toujours de l’épidote et de l’allanite. Les autres minéraux accessoires observés en lame mince sont le sphène, la muscovite, l’apatite, les minéraux opaques et le carbonate.

 

 

Complexe de Saint-Sauveur 2 (ApPgss2) : Gneiss granitique

Sur le terrain, le gneiss granitique de l’unité ApPgss2 est difficile à distinguer du gneiss tonalitique de l’unité ApPgss1. Il renferme toutefois régulièrement une proportion plus importante de rubans rosés concordants à la gneissosité, en plus des rubans blanchâtres. Les lames minces et les colorations ont aussi mis en évidence un pourcentage élevé de feldspath potassique (15 à 35 %) dans la partie grise du gneiss et dans les rubans blanchâtres. Les rubans roses granitiques sont millimétriques à centimétriques et un peu plus grenus que la fraction grise du gneiss. Les minéraux mafiques (3 à 20 %) consistent en feuillets de biotite alignés parallèlement à la foliation et contenant des inclusions de zircon, associés localement à un peu de hornblende. Les minéraux accessoires sont peu abondants et comprennent l’épidote, l’allanite, l’apatite, les minéraux opaques, la muscovite, le sphène et la chlorite.

Complexe de Saint-Sauveur 2a (ApPgss2a) : Gneiss monzodioritique et monzonitique quartzifères

La sous-unité ApPgss2a regroupe les gneiss de composition intermédiaire et potassique du Domaine lithotectonique de George. Sur le terrain, ces gneiss ont été décrits comme des gneiss dioritiques plus ou moins migmatitisés similaires à ceux de l’unité ApPgss1a. Toutefois, ils referment fréquemment des rubans granitiques rosés. Les colorations et les lames minces ont aussi mis en évidence la présence de 12 à 35 % de feldspath potassique et de 5 à 10 % de quartz. Ces roches contiennent 15 à 30 % de hornblende verte et de biotite brune formant généralement des rubans riches en minéraux accessoires, dont les principaux sont l’épidote, le sphène, les minéraux opaques, l’apatite, l’allanite, le zircon et l’hématite. Au microscope, la roche montre une recristallisation très fine entre des grains plus grossiers.

Épaisseur et distribution

Le Complexe de Saint-Sauveur est restreint au Domaine lithotectonique de George (Charette et al., 2018) et est observé dans l’ensemble de celui-ci. L’unité ApPgss1 couvre une superficie importante de 2315 km2. Elle se concentre à la limite est du Domaine de George dans la partie sud du SEPC alors qu’elle est répartie sur toute sa largeur en allant vers le nord. Les sous-unités ApPgss1a (488 km2) et ApPgss1b (140 km2) ont été observées dans la partie nord du Domaine de George uniquement. L’unité ApPgss2 (912 km2) est présente à la grandeur du domaine alors que la sous-unité ApPgss2a (57 km2) se concentre dans la partie centre-est, à proximité de la jonction entre les zones de cisaillement de la Rivière George et de Moonbase.

Datation

L’âge archéen autour de 2663 Ma est interprété comme l’âge de mise en place de la tonalite alors que l’âge protérozoïque d’environ 1818 Ma correspondrait à celui du métamorphisme et possiblement à l’événement de fusion partielle qui a affecté les gneiss archéens pour produire les migmatites et les granites d’anatexie du Complexe de Guesnier (nApPges). Étant donné que la seule datation réalisée dans le Saint-Sauveur provient d’un échantillon de tonalite homogène et non d’un gneiss, il est fort probable que la mise en place de cette unité s’échelonne sur une plus longue période de temps, comme c’est le cas pour les unités gneissiques de composition similaire observées dans le reste du SEPC (complexes d’Ungava et de Kangiqsualujjuaq). D’ailleurs, la présence de zircons hérités d’âge mésoarchéen dans un échantillon de migmatites du Complexe de Guesnier (dérivée de la fusion des gneiss du Complexe de Saint-Sauveur) tend à confirmer cette hypothèse. 

Système isotopiqueMinéralÂge de cristallisation (Ma)(+)(-)Âge métamorphique (Ma)(+)(-)Référence(s)
U-PbZircon26637718181313Davis et al., 2014

Relation(s) stratigraphique(s)

Les gneiss du Complexe de Saint-Sauveur sont spatialement associés aux roches migmatitique du Complexe de Guesnier avec lesquelles elles sont en contact graduel et mal défini. Taylor (1979) mentionnait également que la limite entre ces deux unités avait souvent été tracée de façon arbitraire lors de ses travaux de reconnaissance.

Le Complexe de Saint-Sauveur se trouve en enclaves dans les unités de la Supersuite de De Pas et est coupé par ces dernières. Il comprend aussi des lambeaux tectoniques des unités volcano-sédimentaires du Complexe de Tunulic (nAtun) avec lequel il est couramment en contact de faille.

Paléontologie

Ne s’applique pas. 

Références

Auteur(s)TitreAnnée de publicationHyperlien (EXAMINE ou Autre)
CHARETTE, B. – LAFRANCE, I. – VANIER, M.-A.Domaine de George, sud-est de la Province de Churchill, Nunavik, Québec, Canada : synthèse de la géologie. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec.2018Bulletin géologiQUE
DAVIS, D.W. – SIMARD, M. – HAMMOUCHE, H. – BANDYAYERA, D. – GOUTIER, J. – PILOTE, P. – LECLERC, F. – DION, C.Datations U-Pb effectuées dans les provinces du Supérieur et de Churchill en 2011-2012. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec; RP 2014-05, 62 pages.2014RP 2014-05
HAMMOUCHE, H. – LEGOUIX, C. – GOUTIER, J. – DION, C. – PETRELLA, LGéologie de la région du lac Bonaventure. Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Québec; RG 2011-03, 37 pages, 1 plan.2011RG 2011-03
LAFRANCE, I. – CHARETTE, B. – VANIER, M.-A.Sud-est de la Province de Churchill, Nunavik, Québec, Canada : synthèse de la géologie. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec.2018Bulletin géologiQUE
LAFRANCE, I. – SIMARD, M. – BANDYAYERA, D.Géologie de la région du lac Saffray (SNRC 24G-24F). Ministère des Ressources naturelles, Québec; RG 2014-02, 49 pages.2014RG 2014-02
LAFRANCE, I. – BANDYAYERA, D. – BILODEAU, C.Géologie de la région du lac Henrietta (SNRC 24H). Ministère des Ressources naturelles, Québec; RG 2015-01, 62 pages.2015RG 2015-01
LAFRANCE, I. – BANDYAYERA, D. – CHARETTE, B. – BILODEAU, C. – DAVID. J.Géologie de la région du lac Brisson (SNRC 24A). Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec; RG 2015-05, 61 pages.2016RG 2015-05
SIMARD, M. – LAFRANCE, I. – HAMMOUCHE, H. – LEGOUIX, C.Géologie de la région de Kuujjuaq et de la Baie d’Ungava (SNRC 24J et 24K). Ministère des Ressources naturelles, Québec; RG 2013-04, 60 pages.2013RG 2013-04
TAYLOR, F.C.Reconnaissance geology of a part of the Precambrian Shield, northeastern Quebec, northern Labrador and Northwest Territories. Geological Survey of Canada; Memoir 393, 99 pages, 19 plans.1979Source

 

 

20 septembre 2018