Suite mafique de De La Blache
Étiquette stratigraphique : [mpro]bla
Symbole cartographique : mPbla
 

Première publication :  
Dernière modification :
Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
mPbla10 Brèche à matrice gabbronoritique et à fragments hétérogènes
mPbla9 Mangérite
mPbla8 Roches mafiques à ultramafiques riches en magnétite et en ilménite
mPbla7 Roches mafiques à ultramafiques riches en sulfures
mPbla6 Gabbronorite dominante
mPbla5 Magnétitite ilménitifère
mPbla4 Anorthosite à globules de leucotroctolite ou de leuconorite
mPbla3 Lentilles troctolitiques et noritiques
mPbla2 Leucotroctolite dominante
mPbla1 Anorthosite mégacristique dominante
 
Auteur(s) : Gobeil et al., 2002
Âge : Mésoprotérozoïque
Stratotype :
Aucun
Région type :
Région du lac De La Blache (coins SW et SE des feuillets SNRC 22K03 et 22K04, respectivement)
Province géologique :
Subdivision géologique :
Lithologie : Roches intrusives mafiques
Catégorie :
Lithodémique
Rang :
Suite
Statut : Formel
Usage : Actif

Historique

Dans leurs travaux de cartographie régionale des feuillets SNRC 22F et 22K, Franconi et al. (1971, 1975) identifient une intrusion anorthositique à bordure partiellement gabbroïque, sans toutefois la nommer (voir tableau ci-dessous). La Suite plutonique mafique de De La Blache est officiellement introduite dans les travaux de cartographie du Ministère du feuillet 22K03 et de la partie est du feuillet 22K04, en référence au lac éponyme situé à la jonction de ces deux feuillets, pour décrire une intrusion de composition principalement mafique (Gobeil et al., 2002). Elle est alors divisée en dix unités informelles selon la lithologie dominante; une unité non subdivisée perdure dans la moitié ouest du feuillet 22K04, mais n'est pas cartographiée par ces auteurs (voir tableau ci-dessous). Dans les travaux subséquents du Ministère, la suite est prolongée vers le sud (feuillets 22F13 et 22F14) et les lithologies de l'unité non subdivisée sont assignées aux unités informelles correspondantes (Moukhsil, 2008a-c; Moukhsil et al., 2009, 2017). Le nom est simplifié pour Suite mafique de De La Blache dans le cadre de la rédaction de cette fiche stratigraphique.

Unité actuelle

Moukhsil, 2008a-c; Moukhsil et al., 2009, 2017

(feuillets 22F13 à 22F14, 22K03 à 22K04)

Gobeil et al., 2000, 2002

(feuillet 22K03, partie est du feuillet 22K04)

Franconi et al., 1971, 1975

(feuillets 22F à 22K)

mPbla1 mPbla1 : anorthosite mégacristique, un peu de leucotroctolite, de leuconorite ou de norite, d'anorthosite à globules de leucotroctolite et de leucotroctolite à globules d'anorthosite mPbla1 : anorthosite mégacristique, un peu de leucotroctolite, de leuconorite ou de norite, d'anorthosite à globules de leucotroctolite et de leucotroctolite à globules d'anorthosite


mPbla : anorthosite, leucotroctolite, gabbronorite, mangérite

Anorthosite, anorthosite gabbroïque (8)
mPbla2 mPbla2 : leucotroctolite, un peu de troctolite, de leuconorite, de norite, d'anorthosite à globules de leucotroctolite et/ou de leucotroctolite à globules d'anorthosite mPbla2 : leucotroctolite, un peu de troctolite, de leuconorite, de norite, d'anorthosite à globules de leucotroctolite et/ou de leucotroctolite à globules d'anorthosite


mPbla : anorthosite, leucotroctolite, gabbronorite, mangérite

Anorthosite, anorthosite gabbroïque (8)
mPbla3 mPbla3 : leucotroctolite, troctolite, leuconorite et norite mPbla3 : leucotroctolite, troctolite, leuconorite et norite Anorthosite, anorthosite gabbroïque (8)
mPbla4 mPbla4 : anorthosite à globules de leucotroctolite ou de leuconorite mPbla4 : anorthosite à globules de leucotroctolite ou de leuconorite


mPbla : anorthosite, leucotroctolite, gabbronorite, mangérite

Anorthosite, anorthosite gabbroïque (8)


Gabbro, métagabbro, amphibolite (10)

mPbla5 mPbla5 : magnétitite ilménitifère mPbla5 : magnétitite ilménitifère Anorthosite, anorthosite gabbroïque (8)
mPbla6 mPbla6 : gabbronorite, un peu de troctolite, de gabbronorite à olivine, de gabbronorite à oxydes de fer et de titane et à apatite (OAGN), de leuconorite, de norite, de syénite, d'anorthosite et de mangérite mPbla6 : gabbronorite, un peu de troctolite, de gabbronorite à olivine, de gabbronorite à oxydes de fer et de titane et à apatite (OAGN), de leuconorite, de norite, de syénite, d'anorthosite et de mangérite Gabbro, métagabbro, amphibolite (10)
mPbla7 mPbla7 : gabbronorite, gabbronorite à olivine, norite à olivine, gabbro à olivine, lherzolite, harzburgite à plagioclase, webstérite; roches enrichies en sulfures mPbla7 : gabbronorite, gabbronorite à olivine, norite à olivine, gabbro à olivine, lherzolite, harzburgite à plagioclase, webstérite; roches enrichies en sulfures Gabbro, métagabbro, amphibolite (10)
mPbla8 mPbla8 : norite, gabbro, gabbro à olivine, clinopyroxénite à olivine-plagioclase et péridotite à plagioclase; roches enrichies en magnétite et ilménite mPbla8 : norite, gabbro, gabbro à olivine, clinopyroxénite à olivine-plagioclase et péridotite à plagioclase; roches enrichies en magnétite et ilménite Anorthosite, anorthosite gabbroïque (8)
mPbla9 mPbla9 : mangérite mPbla9 : mangérite Anorthosite, anorthosite gabbroïque (8)
mPbla10 mPbla10 : brèche à matrice gabbronoritique et à fragments hétérogènes mPbla10 : brèche à matrice gabbronoritique et à fragments hétérogènes Gabbro, métagabbro, amphibolite (10)

Description

La Suite mafique de De La Blache est formée de deux ensembles de roches distincts (Gobeil et al., 2002). Un premier ensemble est constitué de roches de granulométrie grossière représentées principalement par de l'anorthosite et de la leucotroctolite. Le développement plus marqué de la composante mafique conduit à la reconnaissance ponctuelle de norite, de leuconorite ou de véritable troctolite. Cet ensemble de roches forme le cœur de l'intrusion. L'intrusion est bordée par un ensemble de roches intermédiaires, mafiques et ultramafiques, de granulométrie fine à moyenne, représentées par de la gabbronorite, de la gabbronorite à olivine, de la norite, de la leuconorite, de la syénite, de la mangérite et de la péridotite ou de la pyroxénite. Cette zone peut atteindre 3 à 4 km de largeur dans les feuillets 22K03 et 22K04. Vers l'ouest, elle s'amincit graduellement et disparaît dans les secteurs NE et est du réservoir Pipmuacan (partie ouest du feuillet 22F13). La limite entre les roches à grain grossier et les roches à grain fin de la bordure est marquée par un passage graduel. Celui-ci se traduit soit par la présence d'amas de leucotroctolite ou de leuconorite dans la gabbronorite ou l'inverse, soit par le passage graduel de la leucotroctolite ou de la leuconorite à grain grossier à la gabbronorite ou à la leucotroctolite à grain fin. Des dykes de leuconorite et de leucotroctolite coupent également la gabbronorite à grain fin. La suite possède une signature magnétique qui se démarque des roches environnantes. La bordure gabbronoritique est caractérisée par une forte anomalie magnétique. Le cœur anorthositique comprend deux composantes : les creux magnétiques correspondent au faciès anorthositique, tandis que les hauts magnétiques correspondent aux roches leucotroctolitiques.

L'ensemble anorthosite-leucotroctolite montre de nombreux phénomènes d'origine magmatique (Gobeil et al., 2002). Les plus spectaculaires sont le litage magmatique primaire et la foliation magmatique. À l'échelle de l'affleurement, le litage magmatique est caractérisé par une alternance de lits décimétriques à métriques d'anorthosite et de leucotroctolite. Il est également mis en évidence par des changements compositionnels à l'intérieur des différentes lithologies. Ainsi, la leucotroctolite peut passer graduellement à l'anorthosite ou à la troctolite. À l'intérieur de l'anorthosite massive, le litage primaire peut être défini par l'alternance de lits riches en oxydes avec des lits pauvres ou dépourvus d'oxydes. La foliation magmatique est marquée par l'alignement préférentiel des mégacristaux de plagioclase. Cet alignement est parallèle au litage. L'unité de roches mafiques de bordure n'a pas conservé de caractéristiques magmatiques comme celles observées dans l'unité anorthositique ou, du moins, il est très difficile d'en évaluer l'importance. L'alternance de niveaux de leuconorite, de gabbronorite ou de gabbronorite à olivine ou même de syénite, reflète sûrement des phénomènes magmatiques primaires, mais la déformation intense et la transposition qui affectent cet assemblage rendent plus difficile une bonne appréciation des phénomènes magmatiques.

Un continuum pétrographique allant de l'anorthosite à la leucotroctolite caractérise l'ensemble de roches à granulométrie grossière de la suite (Gobeil et al., 2002). Deux unités principales ont été individualisées sur la carte. Une première unité (mPbla1) est largement dominée par l'anorthosite mégacristique. Elle contient des proportions mineures de leucotroctolite, de troctolite, de leuconorite ou de norite. Une deuxième unité (mPbla2) est largement dominée par la leucotroctolite. Elle contient des proportions mineures d'anorthosite, de troctolite, de leuconorite et de norite. Les différents faciès de l'unité mPbla3 affleurent sous la forme de lentilles de faibles dimensions constituées de proportions variables des unités mPbla1 et mPbla2, et ces faciès sont individualisés en carte (mPbla3). L'anorthosite incorpore communément des amas ou globules de matériel leucotroctolitique plus ou moins arrondis ou de formes irrégulières, mais allongés dans la foliation. Ce faciès constitue l'essentiel de l'unité mPbla4; on l'observe également en proportion mineure à l'intérieur des unités mPbla1 et mPbla2. Les lentilles massives de magnétitite ilménitifère associées aux roches anorthositiques et cartographiables à l'échelle 1/50 000 ont été regroupées dans l'unité mPbla5.

Comme mentionné plus haut, le passage de la zone anorthositique-leucotroctolitique à grain grossier à la zone gabbronoritique à grain fin (mPbla6 à mPbla8) est marqué par de nombreux recoupements, des injections mutuelles et, en général, un passage graduel entre l'anorthosite ou la leucotroctolite et la gabbronorite à grain fin (Gobeil et al., 2002). Une unité de mangérite (mPbla9) et une brèche intrusive à matrice gabbronoritique (mPbla10) sont également associées aux roches gabbronoritiques de la zone de bordure. La description de Gobeil et al. (2002) des différents faciès à l'intérieur de la Suite mafique de De La Blache suit la classification de Streckeisen (1976).

D'un point de vue économique, la Suite mafique de De La Blache apparaît comme une cible pour la recherche de zones minéralisées en Cu-Ni et en Fe-Ti associées aux roches ultramafiques et mafiques (mPbla7) ou à l'anorthosite (mPbla5) (plus de détails sont donnés dans la description de ces unités; Gobeil et al., 2002; Moukhsil et al., 2009, 2017). De plus, les pegmatites granitiques tardives sont de bonnes cibles pour la recherche de zones minéralisées en uranium, en thorium ou en éléments des terres rares (Gobeil et al., 2002). En plus des zones minéralisées connues, les anomalies géochimiques de fonds de lacs font ressortir d'autres cibles potentielles où les travaux de cartographie ont d'ailleurs mis en évidence d'importantes masses de roches mafiques et ultramafiques.

 

Suite mafique de De La Blache 1 (mPbla1) : Anorthosite mégacristique dominante

L'unité mPbla1 est principalement constituée d'anorthosite mégacristique (Gobeil et al., 2002; Moukhsil et al., 2009). Cette lithologie forme deux masses distinctes : la plus importante affleure au cœur de l'intrusion et s'étend du lac De La Blache, à la jonction des feuillets 22K03 et 22K04, vers le sud-ouest jusqu'à la limite occidentale de la suite (feuillet 22K04). La seconde est intercalée entre la leucotroctolite (mPbla2) et les roches mafiques de bordure (mPbla6) (Gobeil et al., 2002). L'unité mPbla1 renferme également des proportions mineures de leucotroctolite, de leuconorite et de norite, ainsi que d'anorthosite à « globules » de leucotroctolite et de leucotroctolite à « globules » d'anorthosite (Gobeil et al., 2002; Moukhsil et al., 2009). À l'inverse, l'anorthosite est aussi présente en faible proportion au sein des unités mPbla2 et mPbla6.

L'anorthosite est généralement peu déformée (Gobeil et al., 2002). Elle est composée de ≥90 % de mégacristaux de plagioclase gris, de taille décimétrique, dont l'alignement définit une forte foliation magmatique. Les minéraux ferromagnésiens sont principalement représentés par l'orthopyroxène et le clinopyroxène, accompagnés localement de magnétite. Ils occupent généralement les espaces interstitiels entre les cristaux de plagioclase. Localement, l'orthopyroxène participe toutefois à la phase de cumulat et se présente sous forme de mégacristaux brun rouille sur les surfaces altérées.

Les faciès plus déformés s'expriment par une texture typiquement protoclastique (Gobeil et al., 2002). Un film blanchâtre de cristaux très fins de plagioclase enveloppe les cristaux de plagioclase originaux gris à gris foncé. Cette granulation se manifeste également le long de fines fractures qui parcourent les cristaux de plagioclase. À un stade plus avancé de déformation, la roche exhibe une texture porphyroclastique. Elle est caractérisée par des cristaux centimétriques anguleux et irréguliers de plagioclase gris foncé et cimentés par une matrice plagioclasique de granulométrie nettement plus fine. Ce faciès est plutôt rare et restreint aux zones de déformation.

En lame mince, les cristaux de plagioclase sont affectés par une amorce de granulation et leurs macles sont tordues (Gobeil et al., 2002). Les porphyroclastes de plagioclase contiennent une pléiade de grains de minéraux silicatés (pyroxènes et/ou amphiboles) et/ou de magnétite, alors que les grains de plagioclase granoblastique sont dépourvus de leurs inclusions. Ces derniers grains sont séparés les uns des autres par une cloison de petits grains de plagioclase clair sans inclusion et d'origine métamorphique (texture en mortier). Les pyroxènes sont rétrogradés en hornblende verte, en biotite ou en bastite, alors que le plagioclase est légèrement damouritisé par endroits.

Dans le secteur NW du lac Rérock, l'unité mPbla1 est affectée par un rétrométamorphisme très avancé, caractérisé par l'amphibolitisation complète des minéraux ferromagnésiens (Gobeil et al., 2002). Cette transformation s'accompagne du développement de couronnes réactionnelles constituées d'une amphibole beige au centre, entourée d'une bordure d'amphibole vert foncé à noire. Ce rétrométamorphisme est attribué à la proximité de masses pegmatitiques riches en fluides aqueux, dont l'apport a favorisé l'hydratation et la transformation des minéraux ferromagnésiens primaires.

 

Suite mafique de De La Blache 2 (mPbla2) : Leucotroctolite dominante

L'unité mPbla2 est constituée principalement de leucotroctolite, avec une proportion mineure de troctolite, de leuconorite, de norite, d'anorthosite à « globules » de leucotroctolite (voir mPbla4) et de leucotroctolite à « globules » d'anorthosite (Gobeil et al., 2002; Moukhsil et al., 2009). La leucotroctolite forme un niveau bien défini à l'intérieur de la suite (Gobeil et al., 2002). À l'ouest du lac De La Blache, le niveau se trouve sur les flancs de la structure antiforme dont le cœur est formé d'anorthosite (mPbla1 et mPbla4). À l'est du lac, les deux niveaux se rejoignent à la faveur de la fermeture de la structure qui plonge vers l'est.

La leucotroctolite est gris foncé et tachetée de points verts en surface fraiche. En surface altérée, elle est gris verdâtre et tachetée de points brunâtres et verdâtres. Elle est généralement à grain moyen à grossier (Gobeil et al., 2002). Les minéraux d'origine magmatique sont représentés par le plagioclase et l'olivine, accompagnés de proportions mineures d'orthopyroxène, de clinopyroxène, d'oxydes de fer et de spinelle vert. Des couronnes réactionnelles se sont développées entre l'olivine et le plagioclase. L'olivine (Fo45 à Fo63) forme des grains aux contours lobés et est localement partiellement remplacée par de l'iddingsite. Elle est généralement ceinturée de couronnes radiales d'orthopyroxène, suivie d'une couronne d'amphibole verte ou de clinopyroxène. Ces deux derniers minéraux contiennent de fines vermicules de spinelle vert qui définissent une texture symplectitique. Les minéraux opaques sont séparés du plagioclase par une couronne de hornblende brune généralement accompagnée de biotite. La granulation et la recristallisation des couronnes réactionnelles entraînent la formation de grains de spinelle plus grossiers issus de l'épuration de minéraux magmatiques primaires. Ceux-ci se présentent alors sous la forme d'agrégats granoblastiques constitués de pyroxène, de hornblende brune ou de biotite.

 

Suite mafique de De La Blache 3 (mPbla3) : Lentilles troctolitiques et noritiques

Les différents faciès de l'unité mPbla3 affleurent sous la forme de lentilles de faibles dimensions qui ont été individualisées en carte; celles-ci sont composées d'une certaine proportion des unités mPbla1 et mPbla2 (Gobeil et al., 2002). Les roches sont de granulométrie moyenne à grossière et composées d'orthopyroxène, de clinopyroxène, d'olivine et de plagioclase dans les proportions qui caractérisent ces roches selon la classification de Streckeisen (1976). Elles contiennent également de la magnétite en proportion variable.

 

Suite mafique de De La Blache 4 (mPbla4) : Anorthosite à globules de leucotroctolite ou de leuconorite

L'unité mPbla4 est formée d'anorthosite à « globules » de leucotroctolite ou de leuconorite (Gobeil et al., 2002; Moukhsil et al., 2009). Les amas ou globules de matériel leucotroctolitique à leuconoritique sont de forme arrondie à irrégulière, mais allongés dans la foliation (Gobeil et al., 2002). En affleurement, ils forment couramment des dépressions en raison de l'érosion différentielle. Ces amas ou globules peuvent être isolés ou plus ou moins interconnectés; dans ce dernier cas, ils constituent des niveaux distincts de leucotroctolite ou de leuconorite au sein de l'anorthosite.

L'anorthosite à globules de leucotroctolite, également présente en proportion mineure au sein des unités mPbla1 et mPbla2, présente toutes les caractéristiques d'un mélange de deux magmas immiscibles (Gobeil et al., 2002). Selon ces auteurs, un processus de séparation magmatique aurait entraîné l'expulsion de l'une des deux composantes, soit le magma anorthositique ou le magma leuconoritique, conduisant à la formation de leucotroctolite ou d'anorthosite. La roche est caractérisée par la présence de deux populations de cristaux de plagioclase. Des amas centimétriques de magnétite pœcilitique, disséminés dans la matrice anorthositique, renferment de nombreux cristaux millimétriques de plagioclase. Cette texture indique que le le plagioclase aurait d'abord cristallisé, suivi de la magnétite qui a englobé les petits bâtonnets de plagioclase au cours de sa croissance. Le liquide magmatique s'étant appauvri en fer, la cristallisation de la magnétite a cessé, tandis que les cristaux de plagioclase demeurés en équilibre avec un liquide résiduel riche en alumine et en calcium ont poursuivi leur croissance, formant ainsi une seconde population de cristaux de plagioclase aux arêtes décimétriques.

 

Suite mafique de De La Blache 5 (mPbla5) : Magnétitite ilménitifère

La magnétitite ilménitifère de l'unité mPbla5 représente les minéralisations de Fe-Ti qui sont associées à la Suite mafique de De La Blache (Gobeil et al., 2002). Elles se trouvent en lentilles massives d'épaisseur décamétrique et d'extension hectométrique, plus ou moins conformes aux roches anorthositiques et sont réparties sur une dizaine de kilomètres de part et d'autre du lac De La Blache.

Plus spécifiquement, dans les zones minéralisées en magnétite titanifère de « Lac La Blache: » Hervieux-Ouest, Hervieux-Est et Lac Schmoo, la minéralisation se présente sous la forme de masses tabulaires de magnétitite. Les zones minéralisées sont alignées sur un arc de 17 km de longueur situé dans le centre du massif anorthositique de De La Blache, soit approximativement dans l'axe de la grande antiforme définie par le massif. Toutefois, leur distribution semble discordante par rapport aux unités lithologiques (mPbla1 et mPbla4). Les dimensions des différentes masses en surface varient de 100 à 1130 m sur 45 à 215 m. Leur épaisseur est de 20 à 50 m. Par endroits, les masses d'oxydes contiennent des enclaves d'anorthosite et de leuconorite.

Le minerai de l'ensemble des zones minéralisées consiste en magnétite à grain moyen à grossier, avec des lamelles d'exsolution d'ilménite et des intercroissances très fines d'ulvöspinelle (Fe2TiO4) à l'intérieur de la magnétite (Salamis, 1981; Gobeil et al., 2002). D'autres minéraux présents dans les masses d'oxydes comprennent le spinelle vert, le pyroxène, l'olivine et le plagioclase. Des travaux métallurgiques préliminaires ont démontré que l'ulvöspinelle compte pour ∼80 % du TiO2 dans le minerai, tandis que l'ilménite constitue le reste. La taille de la majorité des lamelles d'ilménite est de ∼130 μm. L'ulvöspinelle est très fin, sa taille variant entre 1 et 3 μm.

Citons la zone minéralisée de Lac La Blache: Hervieux-Ouest décrite par Gobeil et al. (2002). À l'endroit visité par le Ministère, l'épaisseur apparente du niveau d'oxydes est de ∼30 m. Le niveau est orienté NE-SW, avec un pendage modéré vers le NW mesuré au contact inférieur du niveau. Le minerai est composé de 90 à 95 % d'oxydes et de 5 à 10 % d'orthopyroxène. Aucun changement important dans la composition minérale ou dans la texture du minerai n'a été constaté à travers le niveau d'oxydes. Le contact inférieur du niveau d'oxydes avec l'encaissant anorthositique (mPbla1) est franc et ondulant. Une fabrique dans la masse d'oxydes est définie par l'élongation des minéraux oxydés et de l'orthopyroxène. L'orientation de cette fabrique varie à l'intérieur du niveau d'oxydes, mais au contact, la fabrique est parallèle à celle dans l'encaissant anorthositique. Ces relations suggèrent que le niveau d'oxydes est plissé. Une altération rétrograde de l'anorthosite en amphibole et biotite est observée sur une épaisseur de quelques centimètres le long des contacts.

Selon les résultats analytiques du Ministère, les échantillons choisis provenant des zones minéralisées de Hervieux-Ouest et de Hervieux-Est ont les compositions moyennes suivantes : Hervieux-Ouest : 33,4 % FeO, 37,2 % Fe203, 21,3 % TiO2, 0,5 % V205, 3,7 % MgO, 7,4 % Al2O3 et 0,9 % SiO2; Hervieux-Est : 37,3 % FeO, 33,7 % Fe203, 21,4 % TiO2, 0,5 % V205, 3,9 % MgO, 7,2 % Al2O3 et 0,9 % SiO2. En 1964, suite à une campagne d'exploration de plusieurs années, les réserves de ces zones minéralisées, ainsi que celles de la zone de Lac Schmoo, avaient été évaluées à 79 Mt et sont constituées de 48 % Fe et de 20,5 % TiO2, ainsi que des teneurs moyennes de 0,19 % Cr et de 0,36 % V2O5 (Salamis, 1981). Les atouts des zones minéralisées du lac De La Blache comprennent un tonnage important de minerai, une teneur élevée en titane et une distribution homogène de l'ilménite. Toutefois, les zones minéralisées sont moins intéressantes étant donné leur contenu relativement faible en ilménite, la petite taille des intercroissances d'ulvöspinelle et la présence d'impuretés, comme les oxydes de magnésium et de calcium.

 

Suite mafique de De La Blache 6 (mPbla6) : Gabbronorite dominante

L'unité mPbla6 est constituée de gabbronorite et d'une proportion mineure de troctolite, de gabbronorite à olivine, de leuconorite, de norite, de syénite, d'anorthosite et de mangérite (Moukhsil et al., 2009). La gabbronorite peut être enrichie en oxydes de fer et de titane et en apatite (ce type de gabbronorite est appelé OAGN = Oxyde-Apatite Gabbronorite, acronyme proposé par Dymek et Owens, 1992).

La gabbronorite (mPbla6) constitue de loin la lithologie la plus abondante parmi les faciès qui caractérisent la zone de bordure de la Suite mafique de De La Blache (Gobeil et al., 2002). Elle est grisâtre à brunâtre en surface fraiche et beige à brun chocolat en surface altérée. La roche est massive à foliée, voire mylonitique, et possède une texture qui varie d'ophitique (origine ignée) à granoblastique (origine métamorphique). Une texture en mortier, peu à moyennement développée, se superpose à la texture granoblastique. La gabbronorite est composée de plagioclase, d'orthopyroxène, de clinopyroxène, de minéraux opaques et de biotite; cette dernière est associée de près aux minéraux opaques. La hornblende verte ou brune et la biotite apparaissent comme un assemblage rétrograde qui se développe aux dépens des pyroxènes. La gabbronorite à grain fin à moyen se trouve couramment en mélange avec des faciès gabbronoritiques nettement plus grossiers, ou avec des roches porphyroïdes de composition mangéritique. Dans les zones de déformation localisées à la bordure nord de la suite, les lentilles de gabbronorite grossière et les roches porphyroïdes de composition mangéritique sont fortement transposées et contribuent à la formation du gneiss droit caractéristique de ces zones.

Près du contact entre les roches à grain grossier de la partie centrale de la suite et les roches de bordure, la gabbronorite incorpore des niveaux de troctolite, de leucotroctolite ou de gabbronorite à olivine à grain fin dont la minéralogie et les textures sont identiques à celles de la leucotroctolite de l'unité mPbla2 (Gobeil et al., 2002). Plusieurs affleurements de gabbronorite contiennent des xénocristaux d'orthopyroxène centimétriques à décimétriques dans une matrice à grain fin. Ces cristaux proviennent des faciès grossiers sous-jacents et sont disposés en chapelet le long de la foliation. De nombreux corridors de déformation affectent la gabbronorite. À l'approche de ces zones, la roche devient de plus en plus mylonitisée et le grain diminue graduellement pour devenir une ultramylonite, dont la granulométrie ne dépasse pas 0,02 mm. Cette roche contient quelques clastes de pyroxène et de plagioclase dans un ciment microcristallin de minéraux quartzo-feldspathiques et ferromagnésiens.

Un niveau de syénite ferrifère se trouve près de la limite entre la zone anorthositique et les roches de bordure (Gobeil et al., 2002). Elle se présente en lits centimétriques à métriques à l'intérieur de la gabbronorite. Certains lits de syénite montrent un passage graduel vers la gabbronorite. La syénite à grain fin se compose d'orthose mésoperthitique, d'une proportion mineure d'albite, de clinopyroxène et de magnétite. Cette roche est très riche en zircon et contient une proportion mineure d'apatite. Ce niveau, quoique d'épaisseur très réduite (quelques mètres), a été observé au même niveau stratigraphique à plusieurs endroits sur une distance de plusieurs dizaines de kilomètres.

 

Suite mafique de De La Blache 7 (mPbla7) : Roches mafiques à ultramafiques riches en sulfures

Deux lentilles de roches mafiques à ultramafiques composent l'unité mPbla7 dans la partie est de la Suite mafique de De La Blache (Gobeil et al., 2002). La lentille nord, orientée NW-SE, est située au NW du lac Playboy, tandis que la lentille sud, orientée WNW-ESE, se trouve dans le secteur du lac Goggle. Ces deux lentilles correspondent respectivement aux blocs nord et sud de la propriété minière de Falconbridge ltée. La lentille nord est principalement composée de gabbronorite, de gabbronorite à olivine, de norite à olivine et de gabbro à olivine. Elle renferme également, en proportions moindres, de la leucotroctolite, de la troctolite et de la webstérite à olivine. Du spinelle chromifère y est observé localement. La lentille sud est constituée de lherzolite chromitifère, de harzburgite à plagioclase, de webstérite à olivine et plagioclase, de gabbronorite à olivine, localement chromitifère, ainsi que de gabbronorite. Elle comprend donc une proportion plus importante de roches ultramafiques que la lentille nord. La composition de l'olivine des roches mafiques varie de Fo53 à Fo75, tandis que celle des roches ultramafiques atteint Fo84. Ces roches sont enrichies en sulfures et renferment plusieurs zones minéralisées en cuivre et en nickel.

Comme son nom l'indique, la zone minéralisée d'Outardes Quatre-Bloc Nord est située dans la lentille nord (Gobeil et al., 2002). Elle consiste en sulfures disséminés dans un corps de roches mafiques à ultramafiques, probablement de type filon-couche. Ce corps, orienté NW-SE et à fort pendage vers le NE, mesure ∼3 km de longueur sur 0,6 km de largeur. Il est concordant avec la gabbronorite bréchique à enclaves hétérogènes (mPbla10) qui le borde du côté NE. Du côté SW, le corps est bordé par de la gabbronorite et de la norite de l'unité mPbla6. Il en est séparé par une faille ductile, matérialisée par une zone mylonitique fortement rétrométamorphisée de 3 m de largeur, contenant une linéation minérale plongeant à 55° vers le sud. L'orientation de cette linéation et le métamorphisme rétrograde associé suggèrent un mouvement tardif, inverse ou normal, le long d'une faille précoce initialement décrochante et développée sous des conditions métamorphiques de haut grade. Le corps minéralisé est subdivisé longitudinalement en deux zones par une faille de direction NW-SE, mise en évidence par un important linéament topographique. Le corps est également coupé à grand angle par des failles tardives orientées NE-SW à N-S. De part et d'autre de ces failles tardives, l'épaisseur apparente du corps varie de manière importante.

Il ne semble pas exister de différence compositionnelle marquée entre les deux zones longitudinales, à l'exception de la troctolite, qui a été observée plus abondamment dans certains secteurs de la zone SW. Les lithofaciès alternent en niveaux d'épaisseur métrique à décamétrique dont les contacts sont généralement assez francs. Localement, un litage magmatique à l'échelle centimétrique à décimétrique ainsi que des relations de recoupement sont observés. Une texture coronitique est bien développée dans les roches contenant de olivine et du plagioclase, ce qui suggère que les proportions initiales de ces minéraux étaient plus élevées que celles observées. L'olivine et le plagioclase sont séparés par des couronnes d'orthopyroxène ± sulfures et par une symplectite constituée d'une fine intercroissance de hercynite et d'amphibole brun pâle.

Le corps minéralisé est légèrement déformé (Gobeil et al., 2002). Cette déformation se manifeste généralement par une extinction roulante et par le fléchissement et l'amincissement des macles du plagioclase. Localement, une texture en mortier et des structures de type kick bands sont observées dans les paillettes de biotite. Par endroits, le plagioclase et l'orthopyroxène sont recristallisés en une mosaïque granoblastique à grain fin. Un métamorphisme rétrograde est mis en évidence par l'altération partielle du clinopyroxène en amphibole brun pâle. Bien que généralement fraiche, l'olivine est partiellement à complètement serpentinisée par endroits.

Les sulfures sont disséminés en proportion variant de traces à 20 %; leur distribution est largement répandue dans les deux zones longitudinales du corps (Gobeil et al., 2002). Ils sont plus abondants dans les roches riches en pyroxènes, telles que la gabbronorite à olivine, le gabbro à olivine et la gabbronorite, où ils représentent généralement 3 à 15 % de la roche, mais localement jusqu'à 50 % sur quelques centimètres. Quant à la troctolite, elle est peu ou non minéralisée. Les sulfures sont d'origine magmatique. Ils se présentent en amas interstitiels irréguliers de taille millimétrique. Ils forment également de fines intercroissances granoblastiques avec l'orthopyroxène dans les couronnes développées autour de l'olivine. Ces sulfures fins résultent de réactions et de recristallisations subsolidus. La phase sulfurée, qu'elle soit présente sous forme d'amas interstitiels ou d'intercroissances fines, est composée de pyrrhotite, de chalcopyrite et de pentlandite. La pyrite est rare, tout comme les oxydes. La présence de faibles proportions d'un minéral d'altération cobaltifère (14 à 17 % Co), apparenté à la violarite ou à la siegénite, a également été rapportée.

Falconbridge a rapporté des teneurs atteignant 0,66 % Ni et 0,36 % Cu dans un échantillon de gabbro à olivine (Lemery, 1992). La meilleure analyse obtenue par le Ministère a livré des teneurs de 0,31 % Ni, 0,14 % Cu, 0,02 % Co, <5 ppb EGP (éléments du groupe du platine) et 4 ppb Au (Gobeil et al., 2002). Recalculées à 100 % de sulfures, les analyses indiquent que ceux-ci sont modérément enrichis en Ni et en Cu. Pour les 11 échantillons contenant plus de 1 % S, les teneurs recalculées en nickel dans les sulfures varient de 1,0 à 6,3 % Ni (moyenne de 3,0 % Ni), tandis que celles en cuivre varient de 1,0 à 3,8 % Cu (moyenne de 2,0 % Cu). Le rapport Ni/Cu moyen est de 1,6. Les valeurs de δ34S obtenues pour dix échantillons sulfurés du corps minéralisé varient de 5,1 à 19,6 ‰, pour une moyenne de 8,9 ‰. Ces valeurs, nettement supérieures à celles généralement attribuées au soufre mantellique, suggèrent une contamination du magma mafique par du soufre provenant de roches métasédimentaires. Cette interprétation est appuyée par les valeurs de δ34S mesurées dans deux échantillons de paragneiss prélevés dans le secteur des zones minéralisées cupronickélifères, soit 31,6 ‰ et 6,2 ‰.

La zone minéralisée d'Outardes Quatre-Bloc Sud comprend des minéralisations sulfurées associées à un corps de roches mafiques à ultramafiques situé dans le secteur du lac Goggle, à ∼5 km au SE du corps du Bloc Nord (Hasik, 1998; Gobeil et al., 2002). Ce corps correspond à la lentille sud décrite par Gobeil et al. (2002). Orienté WNW-ESE, ce corps mesure ∼3,5 km de longueur et atteint une largeur maximale de 0,7 km dans sa partie centrale. En section, il présente ainsi une morphologie lenticulaire. Il est concordant avec les unités encaissantes de gabbronorite et de norite (mPbla6), ce qui suggère une mise en place sous la forme d'un filon-couche. Les fabriques planaires observées dans le corps ainsi que la foliation des roches encaissantes présentent un pendage modéré à fort vers le SW. Les contacts nord et sud sont localement affectés par le cisaillement. Une grande partie de ce corps n'affleure toutefois pas, sa zone centrale étant masquée sous les eaux du lac Goggle et sous des dépôts meubles.

Le corps minéralisé est composé de lherzolite chromitifère, de harzburgite à plagioclase, de webstérite à olivine et plagioclase, de gabbronorite à olivine (localement chromitifère) et de gabbronorite (Gobeil et al., 2002). Comme dans le Bloc Nord, les roches contenant de l'olivine et du plagioclase présentent des textures coronitiques, et un rubanement magmatique à contacts abrupts est observé localement. L'étude de lames minces a montré que les roches affleurantes renferment peu ou pas de magnétite. La bordure nord du corps est constituée d'un liséré discontinu de roches mafiques dépourvues d'olivine. À proximité du contact sud, un important affleurement exploité en carrière est composé de lherzolite chromitifère contenant du plagioclase interstitiel; cette roche est dépourvue de sulfures. La distribution des lithofaciès suggère ainsi que la partie nord du corps correspond à son sommet stratigraphique. Comme les structures planaires sont inclinées vers le SW, le corps serait donc renversé.

Les minéralisations sont principalement concentrées dans le secteur NW et à proximité du contact nord de l'intrusion (Gobeil et al., 2002). Elles consistent généralement en sulfures disséminés au sein de la gabbronorite, de la gabbronorite à olivine et de la péridotite. Plus rarement, une zone métrique de sulfures semi-massifs est observée en bordure d'une zone de cisaillement longeant le contact nord de l'intrusion. Les sulfures disséminés et semi-massifs sont composés de pyrrhotite, de chalcopyrite et de pentlandite. Cette dernière forme généralement des masses au sein de la pyrrhotite, tandis que les flammes d'exsolution sont rares. Les sulfures disséminés se présentent sous forme d'amas irréguliers à morphologie interstitielle, ce qui suggère une origine magmatique. Les sulfures semi-massifs sont encaissés dans une norite bréchifiée. Ils englobent des cristaux de plagioclase aux contours arrondis ainsi que des fragments de norite partiellement recristallisée. Leur mise en place semble ainsi liée à un épisode relativement tardif de bréchification. Le contact nord de l'intrusion est marqué par une fracturation et un broyage intenses des roches mafiques et ultramafiques. Dans la carrière située le long de ce contact, on observe des veines de calcite, des dépôts d'ocre et une minéralisation cuprifère supergène représentée par la malachite.

Le meilleur résultat obtenu par Falconbridge est de 0,94 % Ni et de 0,36 % Cu pour 11,0 % S dans un échantillon de sulfures semi-massifs (Hasik, 1998). Les meilleures teneurs rapportées par le Ministère proviennent de cette même zone de sulfures semi-massifs, où un échantillon a livré 1,28 % Ni, 1,38 % Cu, 0,07 % Co, 10 ppb Pd, <3 ppb Pt et 6 ppb Au pour 19,4 % S (Gobeil et al., 2002). Des échantillons de sulfures disséminés (≤2,2 % S) ont quant à eux donné jusqu'à 0,33 % Ni, 0,14 % Cu et 0,01 % Co. Recalculée à 100 % de sulfures, l'analyse des sulfures semi-massifs correspond à des teneurs de 2,5 % Ni et 2,7 % Cu, pour un rapport Ni/Cu de 0,9. Le recalcul à 100 % de sulfures de trois échantillons de sulfures disséminés contenant >1 % S indique des teneurs en nickel variant de 2,4 à 7,2 % Ni (moyenne de 4,7 %) et des teneurs en cuivre variant de 1,7 à 2,6 % Cu (moyenne de 2,2 % Cu). Les sulfures disséminés sont ainsi plus enrichis en nickel que ceux du Bloc Nord. Leur rapport Ni/Cu moyen est de 2,1, soit légèrement supérieur à celui observé dans le Bloc Nord et nettement plus élevé que celui des sulfures semi-massifs du Bloc Sud. Le soufre associé à la minéralisation du Bloc Sud présente des valeurs de δ34S encore plus élevées que celles mesurées dans le Bloc Nord. Pour trois échantillons de sulfures disséminés ou semi-massifs, les valeurs de δ34S varient de 12,4 à 20,3 ‰, pour une moyenne de 17,4 ‰. Ces valeurs appuient de nouveau l'hypothèse d'une contamination du magma par du soufre provenant des paragneiss encaissants.

 

Suite mafique de De La Blache 8 (mPbla8) : Roches mafiques à ultramafiques riches en magnétite et ilménite

 

L'unité mPbla8, cartographiée principalement dans la partie sud de la suite, est constituée essentiellement de norite, de gabbro plus ou moins riche en olivine, de clinopyroxénite à olivine et plagioclase ainsi que de péridotite à plagioclase (Gobeil et al., 2002). Contrairement à l'unité mPbla7, elle est enrichie en magnétite et en ilménite. L'unité mPbla8 comprend également un petit corps de gabbronorite à olivine, de norite, de pyroxénite à magnétite et sulfures ainsi que de magnétitite à pyroxènes, qui affleure au NW du lac De La Blache, à la limite entre la zone d'anorthosite-leucotroctolite et la zone de bordure de la suite. À cet endroit, des couronnes d'olivine se sont développées dans la magnétitite, entre les pyroxènes et les oxydes. Ces couronnes témoignent d'un déséquilibre réactionnel entre ces minéraux. La réaction entre le pyroxène et l'oxyde, dépourvu de silice, a entraîné la formation de couronnes d'olivine aux dépens du pyroxène. Ce phénomène est attribué à un apport en fer ayant provoqué une dilution de la silice dans le pyroxène et favorisé sa transformation, sa recristallisation en olivine.

 

Suite mafique de De La Blache 9 (mPbla9) : Mangérite

L'unité de mangérite (mPbla9) constitue un faciès peu abondant de la Suite mafique de De La Blache (Gobeil et al., 2002; Moukhsil et al., 2009). Elle est présente dans les parties sud et SE de l'intrusion, où elle forme des niveaux d'épaisseur décamétrique à kilométrique associés à l'unité de gabbronorite (mPbla6) et aux paragneiss du Complexe de Bourdon. La mangérite est verdâtre à brun rouille en surface fraiche et beige à brun rouille en surface altérée; elle est généralement à grain moyen (Gobeil et al., 2002). Elle est composée de quartz, de plagioclase, de feldspath potassique, d'orthopyroxène, de clinopyroxène, de hornblende verte, de biotite et de minéraux opaques. Par endroits, elle renferme des phénocristaux centimétriques de feldspath potassique et de plagioclase.

L'unité mPbla9 affleure également dans la partie NW de la suite sous la forme d'une lentille de ∼3 km de longueur sur 1 km de largeur (Gobeil et al., 2002). Dans ce secteur, elle est fortement déformée et particulièrement enrichie en oxydes de fer. Dans la partie ouest de la lentille, la mangérite constitue la matrice d'une brèche dont l'origine est comparable à celle observée dans le secteur du lac Playboy, au NE (voir mPbla10). Les déformations qui affectent cette unité, combinées au faible nombre d'observations disponibles, rendent difficile l'établissement de ses relations avec les autres unités de la suite. Il est toutefois probable que plusieurs affleurements gneissiques composés d'une alternance de rubans de gabbronorite et de mangérite, observés dans l'ensemble du secteur SE de l'intrusion, résultent de la déformation et de la transposition de brèches à matrice de mangérite et de gabbronorite.

 

Suite mafique de De La Blache 10 (mPbla10) : Brèche à matrice gabbronoritique et à fragments hétérogènes

La brèche (mPbla10), située au nord du lac Playboy (feuillet 22K03 centre), affleure sur une superficie <10 km², juste à l'ouest du réservoir Outardes 4 (Gobeil et al., 2002). Il s'agit d'une brèche à matrice gabbronoritique à grain moyen, composée de cristaux de plagioclase trapus faiblement recristallisés. Elle renferme des fragments de roches mafiques et ultramafiques provenant des différents faciès de la Suite mafique de De La Blache, notamment des fragments de gabbronorite (mPbla6) et des fragments de roches ultramafiques minéralisées (mPbla7). La brèche contient également des fragments de roches supracrustales, dont du paragneiss alumineux et des roches calcosilicatées semblables à celles observées au sein des différentes roches intrusives et gneissiques du Complexe de Hulot. La présence de fabriques anciennes, telles que la gneissosité observée dans certains fragments, ainsi que leur caractère anguleux indiquent que ces derniers étaient déjà consolidés lors de la mise en place du magma gabbronoritique. De plus, les couronnes réactionnelles développées autour des fragments témoignent de l'interaction entre le magma gabbronoritique, à haute température lors de la mise en place, et les fragments de roche encaissante déjà consolidés. 

 

Épaisseur et distribution

La Suite mafique de De La Blache forme une masse allongée s'étendant sur >50 km de longueur et dont la largeur moyenne est de 15 à 25 km. Elle affleure depuis la rive ouest du réservoir Outardes 4, à l'est, jusqu'à la rive est du réservoir Pipmuacan, à l'ouest (feuillet 22F13, partie nord du feuillet 22F14, feuillets 22K03 et 22K04). Dans sa partie nord (feuillets 22K03 et 22K04), la suite est orientée globalement E-W. Vers l'ouest, sa trajectoire s'infléchit vers le SW en direction du réservoir Pipmuacan (feuillet 22F13).

 

Datation

La datation U-Pb d'une syénite de la zone de bordure de la suite (mPbla6) a donné un âge de cristallisation à 1327 ±16 Ma et un âge métamorphique à 1084 ±27 Ma (Gobeil et al., 2002). 

Unité Échantillon Système isotopique Minéral/Matériel Âge de cristallisation (Ma) (+) (-) Âge métamorphique (Ma) (+) (-) Référence(s)
mPbla6 SGQ2001-10 U-Pb Zircon 1327 16 16 1084 27 27 Gobeil et al., 2002

Relations stratigraphiques

La Suite mafique de De La Blache est majoritairement en contact faillé avec le Complexe de Hulot et l'Anorthosite de Vanel, au sud. La zone de bordure au SE contient un lambeau de paragneiss du Complexe de Bourdon. Au NW, la Suite mafique de De La Blache est coupée par la Mangérite de Sabot, dont elle renferme des enclaves (Gobeil et al., 2002).

Paléontologie

Ne s'applique pas.

Références

Publications accessibles dans SIGÉOM Examine

FRANCONI, A., LAURIN, A.F., SHARMA, K.N.M., 1971. GÉOLOGIE DE LA RÉGION DES RIVIÈRES BERSIMIS, PAPINACHOIS, AUX OUTARDES, MANICOUAGAN, SAINTE-MARGUERITE ET MOISIE (COMTÉ DE SAGUENAY): PROJET GRENVILLE 1968-1969. MRN; DP 127, 138 pages, 4 plans.

FRANCONI, A., SHARMA, K.N.M., LAURIN, A.F., 1975. RÉGION DES RIVIÈRES BETSIAMITES (BERSIMIS) ET MOISIE (GRENVILLE 1968-1969). MRN; RG 162, 165 pages, 6 plans.

GOBEIL, A., HÉBERT, C., CLARK, T., BEAUMIER, M., PERREAULT, S., 2002. Géologie de la région du lac De La Blache, 22K/03 et 22K/04. MRN; RG 2002-01, 53 pages, 2 plans.

GOBEIL, A., HÉBERT, C., CLARK, T., PERREAULT, S., 2000. Géologie - 22K03. In: MRNF, 2010. CARTE(S) GÉOLOGIQUE(S) DU SIGEOM - feuillet 22K. CG SIGEOM22K, 15 plans.

HASIK, V., 1998. RAPPORT D'EXPLORATION, CAMPAGNE DE TERRAIN 1998, PROJET OUTARDES QUATRE, BLOC SUD - PN 111. FALCONBRIDGE LTÉE, rapport statutaire soumis au gouvernement du Québec; GM 56307, 38 pages, 2 plans.

LEMERY, R., 1992. REPORT, OUTARDES PROPERTY. FALCONBRIDGE LTÉE, rapport statutaire soumis au gouvernement du Québec; GM 51468, 29 pages, 1 plan.

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MOUKHSIL, A., 2008b. Géologie - LAC DISSIMIEUX, 22F13. In: MRNF, 2010. CARTE(S) GÉOLOGIQUE(S) DU SIGEOM - feuillet 22F. CG SIGEOM22F, 16 plans.

MOUKHSIL, A., 2008c. Géologie - LAC PRASLIN, 22K04. In: MRNF, 2010. CARTE(S) GÉOLOGIQUE(S) DU SIGEOM - feuillet 22K. CG SIGEOM22K, 15 plans.

MOUKHSIL, A., LACOSTE, P., GOBEIL, A., DAVID, J., 2009. SYNTHÈSE GÉOLOGIQUE DE LA RÉGION DE BAIE-COMEAU (SNRC 22F). MRNF, GEOTOP UQAM-MCGILL; RG 2009-03, 30 pages, 1 plan.

MOUKHSIL, A., SOLGADI, F., JANNIN, S., GERVAIS, F., CROWLEY, J.L., AUGLAND, L.E., INDARES, A., LÉTOURNEAU, M., DUNNING, G., CLARK, T., GOBEIL, A., OHNENSTETTER, D., LAMOTHE, D., INTISSAR, R., BENAHMED, S., GROULIER, P.-A., 2017. Géologie, potentiel minéral et cadre géodynamique des roches de la région du réservoir Daniel-Johnson (Manicouagan), partie centrale de la Province de Grenville. MERN; MM 2017-01, 307 pages, 1 plan.

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Autres publications

DYMEK, R.F., OWENS, B.E., 1992. Fe-Ti-P-rich rocks and massif anorthosite: problems of interpretation illustrated from the Labrieville and St-Urbain plutons, Québec. Canadian Mineralogist, volume 30, page 163-190.

STRECKEISEN, A., 1976. To each plutonic rock its proper name. Earth Science Review; volume 12, pages 1-33. https://doi.org/10.1016/0012-8252(76)90052-0

 

Citation suggérée

Ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Suite mafique de De La Blache. Lexique stratigraphique du Québec. https://gq.mines.gouv.qc.ca/lexique-stratigraphique/province-de-grenville/suite-mafique-de-de-la-blache [cité le jour mois année].

 

Collaborateurs

Première publication

Céline Dupuis, géo., Ph. D. celine.dupuis@mrnf.gouv.qc.ca (rédaction)

Philippe Pagé, géo., Ph. D. (coordination); Abdelali Moukhsil, géo., Ph. D. (lecture critique); Simon Auclair, géo., M. Sc. (révision linguistique); André Tremblay (montage HTML).

26 août 2026