Domaine structural de Dugré
Étiquette structurale : DSdug
 
 
Première publication :  
Dernière modification :
Auteur(s) El Bourki et Moukhsil, 2026
Méthodologie Défini à partir d'une compilation géologique
Subdivision(s) géologique(s) Province de Grenville/Allochtone
Mouvement principal Ne s'applique pas
Style de déformation Dômes et bassins, polyphasé
Faciès métamorphique (faciès moyen lié à la déformation principale) Amphibolites à granulites

Historique et méthodologie

Le Domaine structural de Dugré (DSdug) a été défini dans le cadre de la Synthèse géologique et métallogénique de la région de Clova jusqu'au nord du lac Saint-Jean (Moukhsil et El Bourki, 2025). Il résulte de la réinterprétation des travaux de Moukhsil et al. (2015 et 2016), qui subdivisaient auparavant l'Allochtone des régions de Clova et de Parent en plusieurs domaines structuraux distincts (domaines II à VII dans la région de Clova et domaines II à VI dans la région de Parent).

La réinterprétation des données structurales montre toutefois que ces domaines présentent une fabrique planaire d'orientation relativement homogène à l'échelle régionale. Par conséquent, les différents domaines proposés par Moukhsil et al. (2015 et 2016) ont été regroupés en un seul domaine structural, désormais désigné sous le nom de Domaine structural de Dugré (DSdug).

Limites et morphologie

Largeur 60 km en moyenne dans le secteur d'étude
Longueur 150 km dans le secteur d'étude
Orientation Allongement NE-SW 

Le Domaine structural de Dugré est limité à l’est par le Domaine structural de Ministic (DSmin). À l'ouest, il est limité par le Domaine structural de Victoria (DSvic). Cette limite est marquée par l’ABT (« Allochthon Boundary Thrust »; zone de charriage de l’Allochtone; Rivers et al., 1989) dans les feuillets 31O12, 31O13 et 32B03. Cette structure régionale majeure (ABT) est toutefois difficile à reconnaître sur le terrain. Les cartes aéromagnétiques révèlent une nette différence de signature de part et d’autre de son tracé, correspondant à la limite entre le Parautochtone, caractérisé par un faible signal magnétique, et l’Allochtone, caractérisé par un signal magnétique élevé. En dehors du périmètre couvert par la synthèse citée, la délimitation du domaine a été réalisée à partir des données aéromagnétiques.

 

Unités stratigraphiques concernées

Les unités stratigraphiques faisant partie du Domaine structural de Dugré sont les suivantes :

  • Suite plutonique de Dugré (pPdue);
  • Suite plutonique de Hibbard (mPhid);
  • Suite plutonique de Bouchette (mPbch);
  • Suite magmatique de Lacoste (mPlac);
  • Suite de Roc (mPsro);
  • Syénite des Dix Milles (mPdix);
  • Syénite de Bourguet (mPbog);
  • Complexe de Wabash (mPwab);
  • Suite supracrustale de L'Ascension (mPasc);
  • Intrusions ultramafiques de Suzor (mPlas).

Caractéristiques structurales

 

❯ Fabrique principale

Sn = S2
 

Dans le Domaine structural de Dugré, les affleurements montrent une fabrique planaire Sn principalement exprimée par une foliation minérale secondaire tectonométamorphique, une foliation ou un rubanement mylonitique, ainsi que par une gneissosité dans les roches métasédimentaires de la région

La fabrique planaire principale Sn (S2) dans le Domaine structural de Dugré (DSdug) présente des trajectoires assez homogènes de direction moyenne NNE-SSW à NE-SW avec un pendage modéré à abrupt vers l'est. Elle peut être observée dans l'ensemble des unités du domaine, telles que la Suite plutonique de Dugré (pPdug2), qui représente le socle dans la région, et la Suite plutonique de Bouchette (mPbch). Sur le stéréonet des mesures projetées de la fabrique Sn, la distribution des pôles n'est pas groupée en nuages, mais s'organise selon une ceinture, caractérisée par une forte concentration dans les quadrants ouest (NW-SW) du canevas et une dispersion continue le long d'un grand cercle. Cette géométrie traduit une variation systématique de l'orientation des plans et constitue un critère classique d'une fabrique planaire affectée par un plissement.

La projection des linéations portées par ces fabriques planaires montre une forte concentration (> 80%) localisée principalement dans les quadrants NE et SE du stéréonet, avec une dispersion en grand cercle incliné vers l'est à ENE. Cette organisation traduit que ces linéations sont portées par les plans d'une fabrique planaire replissée après leur formation à l'échelle du domaine structural. De même, la concentration maximale des pôles est située près du bord du canevas, ce qui indique que les linéations présentent une plongée faible à modérée. Visuellement, la direction dominante des linéations est orientée vers l'est à ENE, avec une plongée modérée (linéation moyenne 77°/26°).

 

Fabrique principale Type de fabrique Direction (°) Pendage (°) Nombre de mesures Commentaires
Foliation Sn Foliation minérale secondaire tectonométamorphique, gneissossité, foliation ou rubanement mylonitique 15 32 1744 Direction moyenne des plans de foliation Sn de la zone étudiée
Linéation Ln Linéation minérale secondaire tectonométamorphique, linéation d'étirement 77 26 892 Direction moyenne des linéations de la zone étudiée

 

❯ Autres fabriques

Sn+1 = S3
 

Dans les roches de la Suite plutonique de Hibbard, de la Suite magmatique de Lacoste, du Complexe de Wabash et de la Suite plutonique de Dugré, la fabrique planaire Sn est coupée par une seconde foliation tectonométamorphique Sn+1 non pénétrative. Cette dernière est généralement caractérisée par une orientation préférentielle des minéraux (p. ex. biotite, amphibole), et localement associée à un aplatissement des grains de quartz. Elle se matérialise par des plis ouverts ou des crénulations orientés généralement E–W à NE-SW. Une autre fabrique tardive à la fabrique Sn+1, et de phase indéterminée, correspond à des failles ductiles et cassantes qui affectent la majorité des roches du domaine structural.

❯ Plis

L'analyse de la distribution de la fabrique planaire et des linéaments géophysiques déduits des cartes du champ aéromagnétique total et de ses dérivées (Benahmed et al., 2014; D'Amours et St-Hilaire, 2010) met en évidence, dans le Domaine structural de Dugré, deux familles de plis à axes orientés NE-SW et NW-SE. Ces plis sont de type synforme et antiforme, d'attitudes droite et déversée généralement vers l'est, donnant une structure en dômes et bassins caractéristique de ce domaine structural. À l'échelle de l'affleurement, des plis isoclinaux et localement des plis intrafoliaux, en fourreau, ouverts ou en crénulation, orientés E-W à NE-SW et en « Z » à angle d'ouverture serré ont été observés dans les migmatites d’origine sédimentaire du Complexe de Wabash (mPwab1), avec un plan axial incliné de pli récliné. Ce type de pli en « Z » est interprété comme un pli « parasite » de second ordre dans un pli majeur.

Paramètres géométriques des plis régionaux : 

Pli ou famille de plis Type (anticlinal, synclinal ou indéterminé) Forme (antiforme ou synforme) Attitude (déversé ou droit) Plan axial Axe de pli Position (certaine ou probable) Phase de déformation Commentaires
Direction Pendage Direction Plongement
Famille NE-SW et NW-SW Indéterminé Antiforme ou synforme Déversé et droit - - - - Certaine et probable - -

 

❯ Relations de recoupement

La partie sud du domaine est traversée par des failles (certaines ou probables, déduites des données magnétiques) à mouvement senestre inverse, ou indéterminé par endroits, ainsi que par des zones de cisaillement d'orientation moyenne NE-SW portant généralement des linéations de type directionnel avec des mouvements dextre et senestre. Dans le feuillet 31O12, la Suite plutonique de Bouchette a été interprétée par Kellett (1995) comme un massif en écailles bordé par des failles de chevauchement et montre une bordure mylonitique (Moukhsil et al., 2016). Au centre et au nord du domaine, plusieurs failles et zones de cisaillement traversent les roches de la Suite plutonique de Hibbard (mPhid; 1468 ±7 Ma et 1503 ±35 Ma; Moukhsil et al., 2015) et la Suite plutonique de Dugré (pPdue; 1626 ±21 Ma à 1674 ±15 Ma; Moukhsil et al., 2015; Roffeis, 2025) et marquent par endroit son contact avec les unités du Complexe de Wabash (mPwab, 1,2 Ga; Moukhsil et al., 2015).

❯ Cinématique

Ne s'applique pas.

 

❯ Style de la déformation

Le Domaine structural de Dugré (DSdug) présente un style de déformation marqué par une intense déformation ductile ayant conduit au développement de foliations secondaires tectonométamorphiques, gneissosités, rubanements mylonitiques, linéations d’étirement et zones de cisaillement mylonitiques. Les fabriques planaires montrent des orientations variables (NNE-SSW, NE-SW à ENE-WSW) avec des pendages généralement faibles à modérés, alors que les linéations sont tantôt à composante directionnelle, tantôt à composante oblique, traduisant des régimes de cisaillement et de transport multiples. Les suites plutoniques, soit celles de Hibbard, Dugré, Bouchette, et Lacoste, ainsi que le Complexe de Wabash enregistrent une forte transposition des lithologies, l’étirement des enclaves et dykes ainsi que le développement de plis isoclinaux, de dômes et bassins, de plis intrafoliaux et localement de plis en fourreau ou en « Z ». Les secteurs les plus affectés sont caractérisés par des zones de cisaillement ductile et une mylonitisation variable.

Caractéristiques métamorphiques

Les roches du Domaine structural de Dugré ont subi un métamorphisme de haute température et de moyenne pression, atteignant principalement le faciès des granulites, comme l’indiquent les assemblages à orthopyroxène, clinopyroxène, grenat et feldspaths (Moukhsil et al., 2015). Les migmatites et les paragneiss migmatitiques témoignent d’une fusion partielle des roches sources (p. ex. Complexe de Wabash). Plusieurs unités montrent ensuite une rétrogradation au faciès des amphibolites, marquée par l’apparition d’amphibole et de biotite secondaire aux dépens des pyroxènes.

Les roches plutoniques (opdalite, enderbite, charnockite), des suites plutoniques de Dugré et de Hibbard ont également été métamorphisées au faciès des granulites. Elles sont caractérisées par leur texture granoblastique et la présence d’orthopyroxène, de quartz, de perthite et de grenat (Moukhsil et al., 2015). L’origine de l’orthopyroxène dans ces roches est difficile à diagnostiquer. Sa formation peut être de type magmatique (cristallisation de haute température) ou de type métamorphique par néoformation à partir des minéraux, tels que l’amphibole et la biotite lors du métamorphisme prograde (Moukhsil et al., 2015). En revanche, la Suite magmatique de Lacoste, située dans la partie sud du domaine, présente un métamorphisme moins intense qui est limité principalement au faciès des amphibolites (Moukhsil et al., 2015, 2016).

Altérations

Non observées.

Caractéristiques géophysiques

Dans les feuillets SNRC couvrant la zone d'étude, la carte du champ magnétique résiduel de haute résolution (Benahmed et al., 2014; D'Amours et St-Hilaire, 2010) montre une orientation structurale dominante NE-SW, particulièrement visible dans la partie centrale du domaine, où plusieurs anomalies magnétiques linéaires et parallèles s'étendent sur plusieurs kilomètres. Cette texture concorde avec les faciès de la Suite plutonique de Dugré. Dans la partie est du domaine, on observe une texture annulaire elliptique ou circulaire (Lavoie, 2017), notamment dans les feuillets 31015 et 31016 ainsi que le quart NW du feuillet 31O10. Cette forme correspond à la signature magnétique des faciès riches en magnétite de la Suite plutonique de Hibbard, de la Syénite des Dix Milles, de la Syénite de Bourguet et de la Suite de Roc. Pour le reste du domaine, la texture magnétique est plutôt isotrope lisse, et associée à des zones de bas magnétisme (Lavoie, 2017) qui correspondent aux zones d'affleurement des roches de la Suite supracrustale de L'Ascension, du Complexe de Wabash et de la Suite magmatique de Lacoste.

 

Repères chronologiques

Dans la Syénite de Bourguet datée à 1038 +15/-13 Ma (Augland et al., 2017), les phénocristaux de feldspath potassique sont perthitiques; ils contiennent des inclusions d’apatite et de biotite, et présentent localement une macle de Carlsbad (orthose) avec une faible déformation. Les phénocristaux affichent une légère orientation préférentielle témoignant d’une texture magmatique de la syénite. En revanche, l’encaissant de l’intrusion est très déformé, et on observe le développant d'une mylonitisation (cisaillement) des gneiss droits et rubanés, ce qui pourrait signifier que la déformation dans le Domaine structural de Dugré est d'âge grenvillien (événement compris entre 1080 Ma et 980 Ma selon Gower et Krogh, 2002). Les déformations tardives qui ont restructuré les unités du domaine, quant à elles, seraient d'âge tardigrenvillien.

 

Références

 

Publications accessibles dans SIGÉOM Examine

BENAHMED, S., INTISSAR, R., THÉRIAULT, R., 2014. Levé magnétique aéroporté dans le secteur du réservoir Gouin, Province de Grenville. MERN; DP 2014-04, 9 pages, 42 plans.

D'AMOURS, I., SAINT-HILAIRE, C., 2010. Levé magnétique aéroporté dans les secteurs de Villebois et Senneterre, Abitibi. MRNF; DP 2010-04, 8 pages, 48 plans.

GERVAIS, F., MOUKHSIL, A., 2016. Analyse structurale préliminaire de trois secteurs clés de la région de Clova dans le Haut-Saint-Maurice, Province de Grenville centrale. MERN, Polytechnique Montréal; MB 2016-02, 26 pages.

MOUKHSIL, A., EL BOURKI, M., 2025. Synthèse géologique et métallogénique de la région de Clova jusqu'au nord du lac Saint-Jean, parties ouest et centrale de la Province de Grenville, Québec, Canada. MRNF; BG 2024-08, 1 plan.

MOUKHSIL, A., SOLGADI, F., BELKACIM, S., 2016. Géologie de la région de Clova, Haut-Saint-Maurice (partie ouest du Grenville). MERN, URSTM-UQAT; RG 2016-03, 52 pages, 1 plan.

MOUKHSIL, A., SOLGADI, F., BELKACIM, S., AUGLAND, L.E., DAVID, J., 2015. Géologie de la région de Parent, Haut-Saint-Maurice (partie ouest du Grenville). MERN, UQAT-URSTM, GEOTOP-UQAM-MCGILL; RG 2015-04, 62 pages, 1 plan.

ROFFEIS, C., 2025. Geochronology report - Field season 2015. MRN., GEOTP, MB 2015-14, 19 pages. 

 

Autres publications

AUGLAND, L.E., MOUKHSIL, A., SOLGADI, F., 2017. Mantle influence of syn- to late-Grenvillian alkaline magmatism in the Grenville Province: causes and implications. Canadian Journal of Earth Sciences; volume 54(3), pages 263-277. https://doi.org/10.1139/cjes-2016-0135

GOWER, C.F., KROGH, T.E., 2002. A U-Pb geochronological review of the Proterozoic history of the eastern Grenville Province. Canadian Journal of Earth Sciences, volume 39, pages 795-829. doi.org/10.1139/e01-090

HYNES, A., RIVERS, T. 2010. Protracted continental collision — evidence from the Grenville Orogen. Canadian Journal of Earth Sciences, 47, pages: 591‑620. doi:10.1139/E10-003.

KELLETT, R.L., 1995. New constraints on the geometry of the Lac Bouchette gabbro - anorthosite from magnetotellurics and magnetics. Canadian Journal of Earth Sciences; volume 32, pages 1365-1377. Source

LAVOIE, J., 2017. Sous-province d’Opatica : nouveau territoire pour l’exploration minérale. Rapport, Projet CONSOREM 2016-01. CONSOREM, 85 pages.

RIVERS, T., MARTIGNOLE, J., GOWER, C.F., DAVIDSON, A., 1989. New tectonics division of the Grenville Province, southeast Canadian Shield. Tectonics; volume 8, pages 63-84. Source

ROFFEIS, C., MOUKHSIL, A., SOLGADI, F., 2016. Tectonic evolution of the western Grenville Province: a refined image from new U-Pb ID-TIMS age data. GAC-MAC 2016 poster, page 78, Whitehorse. Source

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Citation suggérée

 

Ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Domaine structural de Dugré. Lexique structural du Québec. https://gq.mines.gouv.qc.ca/lexique-structural/domaine-structural-de-dugre [cité le jour mois année].

 

 

 

 

 

 

 

Collaborateurs

Première publication

Mhamed El Bourki, géo., M. Sc mhamed.elbourki@mrnf.gouv.qc.ca et Abdelali Moukhsil, géo., Ph. D. abdelali.moukhsil@mrnf.gouv.qc.ca (rédaction)

Hanafi Hammouche, géo., M. Sc. (coordination et lecture critique); Simon, Auclair, géo., M. Sc. (révision linguistique); André Tremblay (montage HTML).

 

 

 

27 octobre 2026
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