Groupe de Labrador
Étiquette stratigraphique : [npro][cam2]gl
Symbole cartographique : nPRgl
 

Première publication :  
Dernière modification :
Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
Aucune
 
Auteur(s) : Schuchert et Dunbar, 1934
Âge : Néoprotérozoïque supérieur à Cambrien inférieur (Série 2)
Stratotype :
Aucun
Région type :
Région de Blanc-Sablon (coin NE du feuillet SNRC 12P06) et le prolongement sur la côte sud du Labrador
Province géologique : Plate-forme du Saint-Laurent
Subdivision géologique : Plate-forme d'Anticosti
Lithologie : Roches volcaniques et sédimentaires silicoclastiques et carbonatées
Catégorie :
Lithostratigraphique
Rang :
Groupe
Statut : Formel
Usage : Actif
Unité(s) apparentée(s)
  • Groupe de Labrador
    • Formation de Hawke Bay
    • Formation de Forteau 
      • membre de Big Hill
      • membre de Mackenzie Hill
      • Membre de Devils Cove
    • Formation de Bradore
      • Membre de l'Anse-au-Clair
      • Membre de Crow Head
      • Membre de Blanc-Sablon
    • Formation de Lighthouse Cove
    • Formation de Bateau

 

Historique

De façon globale, la cartographie du Groupe de Labrador a débuté par des levés de reconnaissance de la Commission géologique du Canada au milieu du XIXe siècle, notamment par Elkanah Billings, qui a été le premier à décrire ses strates « primordiales » fossilifères en 1861 en explorant la côte de Terre-Neuve et du Labrador. Ces premiers efforts ont permis d'établir la vaste distribution du groupe, mais les limites détaillées faisaient défaut en raison des difficultés logistiques liées à l'éloignement du terrain. Les délimitations systématiques ont progressé au XXe siècle, grâce aux travaux de Schuchert et Dunbar (1934) qui ont défini le groupe sur le plan lithostratigraphique. Entre les années 1970 et 2000, les améliorations apportées par la Commission géologique de Terre-Neuve-et-Labrador et ses collaborateurs (p. ex. Fong, 1967; Stait, 1989; Gower et al., 1997; Normore, 2012; Knight, 2013; Knight et Boyce, 2014; Hinchey et al., 2020; Boyce, 2021; Soukup, 2022) ont intégré la diagraphie stratigraphique moderne, l'analyse des faciès et la géochronologie afin de cartographier avec précision son étendue et ses contacts le long du littoral (Skovsted et al., 2017).

Le Groupe de Labrador apparaît dans les travaux de Bostock et al. (1983) et comprend cinq formations; seules les formations de Bradore et de Forteau affleurent au Québec, dans la région de Blanc-Sablon (feuillet SNRC 12P06 et partie sud du feuillet 12P11). Dans sa carte de compilation régionale du feuillet 12P, Avramtchev (1984) définit simplement une unité indifférenciée de grès et de grès dolomitique dans cette région. Gower et al. (1997), Perreault et Heaman (2003) et Madore et Perreault (2005a-b) reprennent la terminologie du Groupe de Labrador et de ses formations constituantes. Le nom fait référence au Labrador, dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, située immédiatement à l'est de la province de Québec.

 

Description

Le Groupe de Labrador consiste en une succession de roches volcano-sédimentaires qui constituent l'unité basale de la séquence du plateau continental d'âge paléozoïque inférieur le long de la marge laurentienne (Knight, 2013). Ces roches recouvrent partiellement les roches grenvilliennes (p. ex. le Complexe de Saint-Augustin; Bostock et al., 1983; Gower et al., 1997; Perreault et Heaman, 2003; Knight, 2013). Le Groupe de Labrador s’est déposé dans un environnement marin tropical peu profond au cours du Cambrien inférieur (~521 à 514 Ma; série 2, stades 3-4, anciennement le « Dyeran »), marqué par le développement de plates-formes marines le long de la marge laurentienne. Le Groupe de Labrador enregistre la transition entre le socle précambrien et la couverture sédimentaire phanérozoïque, développée sur la marge passive laurentienne à la suite de la dislocation du supercontinent Rodinia (Knight, 2013). Les lithologies du groupe reflètent une évolution des faciès, allant de dépôts de sables côtiers aux carbonates de plate-forme marine, influencés par des fluctuations du niveau marin, les tempêtes et un apport sédimentaire variable. Elles sont caractérisées par des unités à stratification rubanée, des calcaires nodulaires et des ichnofossiles, tels que Rosselia socialis.

Le Groupe de Labrador, tel que défini par Williams et Stevens (1969), est subdivisé en deux parties. La partie inférieure, attribuée au Néoprotérozoïque supérieur, comprend les formations terrigènes de Bateau et volcaniques de Lighthouse Cove (Bostock et al., 1983; Gower et al., 1997). La partie supérieure, s’étendant du Néoprotérozoïque supérieur au Cambrien inférieur (Série 2 dominante), comprend trois unités : i) à la base, la Formation de Bradore, généralement interprétée comme une unité de transition entre le Néoprotérozoïque supérieur et le Cambrien inférieur (Série 2), est dominée par des grès quartzitiques déposés lors de la transgression marine initiale; ii) sus-jacente, la Formation de Forteau, composée d’un ensemble hétérolithique de shale, de siltstone, de grès et de minces bancs de calcaire fossilifère, interprétée comme des dépôts de plate-forme marine externe; iii) au sommet, la Formation de Hawke Bay, constituée principalement de grès quartzitiques et de niveaux argileux associés à une phase régressive ultérieure (Bostock et al., 1983; Gower et al., 1997; Perreault et Heaman, 2003; Knight, 2013). Ces unités, affectées par les épisodes orogéniques taconien et acadien ultérieurs, contiennent une faune et une ichnofaune diversifiées du Cambrien inférieur, notamment des trilobites (Bonnia, Olenellus), des brachiopodes, des hyolithes et des archéocyathes précurseurs des récifs. Elles fournissent des informations clés sur la transgression de Sauk ainsi que sur l’évolution de la marge orientale de Laurentia et de l’océan Iapetus (Knight, 2013). Au Québec, seules les formations de Bradore et de Forteau sont présentes dans la région de Blanc-Sablon (feuillet 12P06 et partie sud du feuillet 12P11) (Bostock et al., 1983; Gower et al., 1997; Perreault et Heaman, 2003; Madore et Perreault, 2005a-b).

La Formation de Bateau, composée de quartzite, de conglomérat à bloc, de siltstone, d'ardoise et de roches volcaniques en proportions mineures, n'est présente qu'à l'extrémité NE de Belle Isle, à Terre-Neuve (Bostock et al., 1983; Gower et al., 1997). La formation est limitée par des failles, localement inclinée et très variable en termes de lithologie et d'épaisseur (75 à 240 m) d'une coupe à une autre (Williams et Stevens, 1969; Bostock et al., 1983; Gower et al., 1997). Une partie de la formation repose en discordance sur le gneiss précambrien, tandis que d'autres parties sont préservées dans des blocs faillés d’orientations variables (Bostock et al., 1983).

La Formation de Lighthouse Cove, composée principalement de basalte tholéiitique columnaire massif à rarement coussiné, associé localement à des roches pyroclastiques, des agglomérats, des brèches et une proportion mineure d'arkose entre les coulées, est limitée à la région de Henley Harbour, au Labrador (Bostock et al., 1983; Gower et al., 1997). Son épaisseur varie de quelques mètres à 300 m. Une coulée de ~20 m d'épaisseur peut être divisée en une partie inférieure columnaire et une partie supérieure montrant des fractures irrégulières. La roche est à grain fin gris-bleu foncé avec des taches d'hématitisation. Elle est composée de labradorite, d'augite, d'oxydes de Fe-Ti ainsi que de proportions mineures de quartz, de mica blanc, de chlorite et d'amphibole. Elle se trouve à la base de la Formation de Bradore avec laquelle elle est interstratifiée (Bostock et al., 1983). La Formation de Bateau alimente localement la Formation de Lighthouse Cove. Les datations K-Ar sur roche totale (~420 Ma) suggèrent un rééquilibrage isotopique lors de l’orogenèse ordovicienne à silurienne, plutôt qu’un âge de mise en place des coulées. Leur position apparemment concordante à la base de la séquence formationnelle Lighthouse Cove–Bradore–Forteau suggère que les coulées ne sont pas beaucoup plus anciennes que les premières roches datées par fossiles sus-jacentes (Formation de Forteau, 540 Ma).

La Formation de Bradore représente les premiers dépôts clastiques recouvrant le socle précambrien le long de la marge SE de Laurentia (Gower et al., 1997; Long et Yip, 2009; Gower, 2019). Elle se compose principalement de grès quartzitique, de conglomérat et d'une proportion mineure de shale, avec des compositions arkosiques à subarkosiques dérivées de la dénudation rapide de la Province de Grenville adjacente. Les faciès sédimentologiques de la Formation de Bradore indiquent un dépôt dans des environnements marins peu profonds à côtiers, passant de milieux fluviaux entrelacés à la base à des conditions estuariennes et marines côtières vers le haut (Long et Yip, 2009; Gower, 2019). La partie supérieure de la formation passe graduellement en concordance à la Formation de Forteau sus-jacente, marquant un passage vers un dépôt mixte silicoclastique-carbonaté.

La Formation de Forteau sert de séquence de transition entre la Formation de Bradore sous-jacente et la Formation de Hawke Bay sus-jacente, toutes deux dominées par les roches sédimentaires silicoclastiques (Knight, 2013; Knight et al., 2017). La Formation de Forteau comprend un ensemble mixte de schiste, de siltstone, de grès et de minces bancs de calcaire, reflétant un régime de dépôt marin en évolution au cours du rifting paléozoïque précoce le long de la marge laurentienne et de la transgression marine associée, passant d’un environnement côtier peu profond à des profondeurs du plateau extérieur situées sous la base des vagues par temps calme. Les tempêtes redistribuent les sédiments silicoclastiques fins (Williams, 1969; Knight, 2013; Knight et al., 2017).

La Formation de Hawke Bay représente l'unité supérieure du Groupe de Labrador, couronnant la séquence avec des roches silicoclastiques qui témoignent d'une régression le long de l'ancienne marge laurentienne (Knight, 2013; Knight et Boyce, 2014). Elle atteint une épaisseur de ~170 à 250 m ou plus, comprenant de l'arénite quartzitique, du grès, du shale et du siltstone organisés en paraséquences ascendantes. La formation recouvre la Formation de Forteau de manière concordante sur la plupart des affleurements (Skovsted et al., 2017). Les lithologies de la Formation de Hawke Bay indiquent un dépôt dans un environnement de plateau continental à littoral de forte énergie, dominé par les vagues et les tempêtes, avec des intervalles récessifs inférieurs de shale, de siltstone et de grès fin transitionnant vers le haut à de l'arénite quartzitique formant des falaises (Knight, 2013; Knight et Boyce, 2014).

 

Épaisseur et distribution

Le Groupe de Labrador est préservé dans des bassins d'effondrement (limités par des failles) dans l'extrémité SE du Québec, notamment à Blanc-Sablon (feuillets 12P06 et 12P11), dans le sud du Labrador (pointe Amour, baie Forteau) ainsi que dans l'ouest de Terre-Neuve, depuis la péninsule Great Northern jusqu'à la péninsule de Port au Port, en passant par le parc national du Gros-Morne (Gower et al., 1997; Perreault et Heaman, 2003; Knight, 2013; Skovsted et al., 2017). Dans le sud du Labrador, le Groupe de Labrador forme des falaises et des promontoires proéminents dans des sections relativement peu déformées, bien qu'il soit localement affecté par des failles et du plissement. En revanche, il est plus déformé dans la zone de Humber de Terre-Neuve (Perreault et Heaman, 2003; Skovsted et al., 2017).

L'épaisseur totale varie de sections incomplètes d'une épaisseur de ~200 à 300 m au Labrador, à ~400 à 500 m dans certaines régions de Terre-Neuve, notamment au parc national du Gros-Morne. La séquence s'amincit progressivement vers l'ouest, en direction de l'intérieur du Bouclier canadien, en lien avec l'aplanissement des environnements de dépôt (Knight, 2013). Ces variations d'épaisseur reflètent la paléotopographie d'origine du socle sous-jacent, avec des accumulations plus épaisses dans les centres de dépôt en subsidence près de la marge proto-atlantique.

Au Québec, le Groupe de Labrador, représenté par les formations de Bradore et de Forteau, s'étend sur ~25 km selon un axe N-S et ~9 km selon un axe E-W, les affleurements devenant de plus en plus discontinus vers le nord à mesure que l’on s’éloigne du littoral.

 

Datation

Le Groupe de Labrador n’a pas fait l’objet de datations directes au Québec. La géochronologie du groupe repose principalement sur une combinaison de contraintes biostratigraphiques relatives (voir section « Relations stratigraphiques ») et d'analyses U-Pb sur des zircons détritiques, avec une datation radiométrique directe limitée des composants volcaniques. La datation U-Pb des zircons issus des roches volcaniques intercalées dans les unités corrélatives du Cambrien inférieur donne des d'âges entre ∼515 à 505 Ma, ce qui situe le groupe fermement dans la période du Cambrien inférieur (Landing et al., 2023).

Des études récentes menées dans les années 2010 et au début des années 2020 à Terre-Neuve-et-Labrador, notamment des analyses U-Pb à haute résolution sur des zircons détritiques, confirment que les roches sédimentaires du Groupe de Labrador proviennent de sources variées, incluant des terranes de l'Édiacarien (Néoprotérozoïque tardif) et du Cambrien. Les populations d'âges prédominantes se situent entre 558 et 620 Ma (magmatisme lié au rift à l'Édiacarien), 950 à 1400 Ma (socle grenvillien), avec des contributions plus anciennes d’âges archéens à paléoprotérozoïques issues du Bouclier canadien (Soukup, 2022). Ces données, issues de l'analyse par ablation laser ICP-MS de >300 zircons par échantillon, confirment un âge de dépôt maximal allant de la fin de l’Édiacarien au début du Cambrien pour la Formation de Bradore. Elles suggèrent également une évolution vers des sources plus diversifiées dans les unités sus-jacentes, telles que la Formation de Hawke Bay.

 

Relations stratigraphiques

Le Groupe de Labrador repose en discordance sur les roches cristallines précambriennes du socle de la province de Grenville (Complexe de Saint-Augustin, au Québec). Cette relation marque la phase transgressive initiale sur le craton laurentien, à la suite du rifting Néoprotérozoïque associé à l’ouverture de l’océan Iapétus (Knight, 2013; van Staal et al., 2013; Strowbridge et al., 2024). Les dépôts du Groupe de Labrador reflètent donc la formation d'une marge passive, avec des unités basales constituées de roches sédimentaires clastiques synrift vers 615 à 550 Ma recouvertes de roches carbonatées et silicoclastiques de plate-forme postrift stable au Cambrien (Soukup et al., 2024; Strowbridge et al., 2024).

La discordance basale est bien exposée dans les affleurements côtiers, où les conglomérats basaux grossiers de l'unité inférieure reposent en discordance d'érosion sur les terrains gneissiques et granitiques du socle (Knight, 2013). Les limites supérieures varient selon les régions : dans le sud du Labrador et certaines parties de l'ouest de Terre-Neuve, le Groupe de Labrador est recouvert de manière concordante par les strates du Cambrien moyen de la Formation de Random (Groupe de Port au Port). En revanche, dans les zones déformées de Terre-Neuve, il est tronqué et recouvert en discordance par des unités ordoviciennes, ce qui reflète des épisodes de soulèvement tectonique épisodique et d'érosion associés à l'orogenèse taconienne (Normore, 2012; Knight, 2013).

Malgré sa proximité avec la ceinture orogénique des Appalaches, le Groupe de Labrador n'a subi qu'une déformation minimale lors des phases taconicienne, acadienne et alléghanienne de l'orogenèse dans ses affleurements occidentaux, contrairement aux ceintures orientales, comme la zone de Humber, qui ont subi des plissements plus intenses (Hinchey et al., 2020). Cette préservation de strates quasi horizontales permet une exposition claire de l'architecture originale de la plate-forme.

La datation relative repose sur les conodontes et les trilobites, qui situent le groupe dans le Cambrien inférieur (équivalent aux stades cambriens 3-4, soit ∼521 à 509 Ma). Les trilobites tels que Olenellus cf. gilberti de la Formation de Forteau indiquent une corrélation avec la biozone Bonnia-Olenellus, confirmant ainsi un âge dyerien tardif pour une grande partie de la succession (Boyce, 2021). Les assemblages de conodontes affinent encore cette datation, s'alignant avec les zones J et K de la séquence cambrienne inférieure (Stait, 1989). Ces marqueurs biotiques relient le groupe à la chronostratigraphie plus large de la marge laurentienne, avec de brefs chevauchements avec les corrélations biostratigraphiques détaillées ailleurs. Les difficultés de corrélation proviennent de la mauvaise exposition des unités non volcaniques, ce qui empêche une intégration précise des limites stratigraphiques dans toute la région. Les affleurements limités dans les zones souterraines, comme la péninsule de Port au Port (Terre-Neuve), restreignent l'échantillonnage direct et obligent à se fier aux données de forage pour déterminer l'âge (Boyce, 2021).

Paléontologie

Les traces fossiles observées dans le Groupe de Labrador, principalement dans les formations de Bradore et de Forteau, témoignent d'une diversité de comportements métazoaires dans les environnements marins peu profonds le long de la marge orientale de Laurentia (Knight, 2013). Ces ichnofossiles comprennent des terriers verticaux, indiquant une alimentation par suspension, et des traces horizontales, suggérant une alimentation par dépôt ainsi qu'une locomotion, préservées dans du grès, du siltstone et du shale. Des ichnogenres courants, tels que Skolithos, Cruziana, Rusophycus, Rosselia, Planolites et Chondrites sont présents dans les sables du plateau et les dépôts à grain plus fin, reflétant la colonisation opportuniste par les annélides, les arthropodes et d'autres invertébrés.

Dans la Formation de Bradore, les assemblages s'alignent avec l'ichnofaciès Skolithos et sont dominés par des terriers verticaux à inclinés tels que Skolithos linearis, Lingulichnus verticalis, Dolopichnus et Conichnus dans du grès à stratifications entrecroisées (Knight, 2013). Ces traces, communément monospécifiques ou peu diversifiées, indiquent des conditions de haute énergie et à substrat ferme dans des environnements côtiers à intraplateaux. Elles témoignent de la présence d'organismes suspensionnistes et détritivores de faible profondeur adaptés aux influences des marées et des vagues. La Formation de Forteau, en revanche, présente des ichnofaciès mixtes Cruziana et Skolithos dans le shale et le grès rubané. Rosselia socialis domine les intervalles hétérolithiques supérieurs, aux côtés de Skolithos, Arenicolites, Diplocrateria, Planolites, Chondrites et de rares Thalassinoides. L'intensité de la bioturbation augmente vers le haut (indice de bioturbation  0 à 5), passant de traces éparses de nourrissage dans le mudstone anoxique à des structures diverses d'habitat et de suspension dans le siltstone influencées par les tempêtes. Ce changement signale le passage d'un faciès profond du plateau continental extérieur à un faciès moins profond et oxygéné.

Ces assemblages mettent en évidence les innovations évolutives du Cambrien inférieur, notamment la diversification des comportements de creusement vertical, qui ont favorisé le remaniement des sédiments et l'oxygénation pendant la « Révolution du substrat cambrien » (Knight, 2013). La prévalence d'habitats permanents, tels que Rosselia et Skolithos dans le Groupe de Labrador souligne la formation d'écosystèmes faunaux à plusieurs niveaux, en adéquation avec le rayonnement des métazoaires et la transition vers un benthos marin de type phanérozoïque entre ∼519 et 509 Ma.

La préservation est optimale dans les unités silicoclastiques à grain fin de la Formation de Forteau, où les traces apparaissent sous forme de tubes remplis de boue, de remplissages fusiformes et de manifestations de plans de stratification dans le mudrock, les concrétions et les lits rubanés, couramment associés à une stratification concentrique ou à des remplissages pyriteux (Knight, 2013). Dans le grès plus grossier de la Formation de Bradore, les terriers verticaux forment des moulages et des empreintes en relief positif, facilités par un enfouissement rapide dans des séquences transgressives. Bien que la déformation et la dolomitisation puissent, par endroits, masquer certains détails, ces ichnofossiles permettent néanmoins des reconstructions paléoécologiques sans recourir aux corps fossiles, bien qu'il soit possible de retrouver ces derniers localement dans des unités similaires.

Le Groupe de Labrador conserve également une série de corps fossiles, principalement provenant de la Formation de Forteau du Cambrien inférieur, avec des occurrences plus rares dans la Formation de Bradore sous-jacente (Knight, 2013; Skovsted et al., 2017). Les macrofossiles incluent des trilobites, des brachiopodes, des hyolithes, des mollusques et des archéocyathidés constructeurs de récifs, tandis que les microfossiles se composent d’acritarches, de rares éléments protoconodontes ainsi que de petits fossiles à coquille. Ces vestiges témoignent de la diversification de la vie biominéralisée squelettique pendant l'explosion cambrienne sur la marge orientale laurentienne. La diversité faunique est relativement faible dans la Formation de Bradore, avec des assemblages clairsemés et peu diversifiés, dominés par de rares fragments de coquillages dans des roches silicoclastiques à grain grossier. La diversité atteint son maximum dans la Formation de Forteau, où ∼100 espèces ont été répertoriées, parmi lesquelles ~20 taxons de trilobites, 13 espèces de brachiopodes, ainsi que des petits fossiles à coquille, des archéocyathidés et divers microfossiles reflétant les gradients entre le plateau continental interne et externe.

Les archéocyathes, anciens métazoaires ressemblant à des éponges, sont très présents dans la Formation de Forteau, en particulier dans le Membre de Devils Cove, où ils forment des récifs et des biohermes (Fong, 1967; James et Debrenne, 1980). Au moins 19 espèces réparties en huit genres ont été décrites, y compris de nouveaux taxons, tels que Sigmosyringocyathus, représentant certaines des occurrences les plus septentrionales d'archéocyathides réguliers dans les Appalaches. Ces structures indiquent des environnements marins tropicaux peu profonds et fournissent une corrélation biostratigraphique avec d'autres sections de la marge laurentienne.

Les trilobites sont les macrofossiles les plus abondants, en particulier les olénellidés dans la Formation de Forteau, où ils se présentent sous la forme d'exosquelettes complets, de sclérites désarticulés et de fragments dans le shale, le calcaire et le grès rubané (Knight, 2013; Skovsted et al., 2017). Les taxons clés comprennent Olenellus thompsoni, O. transitans, O. crassimarginatus, O. roddyi, Bonnia parvula, B. senecta, Wanneria walcottana, W. logani et Elliptocephala logani, couvrant des faciès d'eau peu profonde à profonde. Dans la Formation de Bradore, les restes de trilobites sont rares et fragmentaires, limités à quelques occurrences éparses dans le quartzite. Les brachiopodes, principalement des linguliformes organophosphatiques et des acrotrétides, sont diversifiés dans le calcaire de la Formation de Forteau, avec au moins 13 espèces réparties dans trois assemblages. Les taxons représentatifs comprennent Hadrotreta taconica (abondant dans les récifs associés aux archéocyathides), Botsfordia caelata, Eothele tubulus, Paterina sp., Micromitra sp., Eoobolus priscus, Kyrshabaktella diabola n. sp., Pustulobolus triangulus n. gen. et sp. n., Acrothyra bonnia n. sp., ainsi que des formes calcaires rares comme Obolella sp. et Kutorgina sp. (Skovsted et al., 2017). Les mollusques et les hyolithidés constituent des composants mineurs, communément sous la forme de coquilles coniques (Salterella conica) dans le calcaire nodulaire de la Formation de Forteau (Knight, 2013).

Les microfossiles présents dans le shale du Groupe de Labrador comprennent des acritarches à paroi organique, qui servent de marqueurs biostratigraphiques pour le Cambrien inférieur, et des petits fossiles à coquille phosphatée, tels que des hyolithidés, des valves de brachiopodes et des fossiles tubulaires (Harvey, 2023; Skovsted et al., 2017). Des éléments protoconodontes, microfossiles primitifs ressemblant à des dents, apparaissent localement dans le shale de la Formation de Forteau, représentant des appareils primitifs semblables à des conodontes. En 2023, des microfossiles cénobiaux interprétés comme des stades végétatifs d'algues vertes coloniales ont été découverts dans la Formation de Forteau, et ceux-ci datent de ~510 Ma. Ces colonies cellulaires épineuses et interconnectées suggèrent un développement précoce du plancton marin en réponse à la prédation pendant l'explosion cambrienne.

 

Références

Publications accessibles dans SIGÉOM Examine

AVRAMTCHEV, L., 1984. CARTE DES GÎTES MINÉRAUX DU QUÉBEC : RÉGION DE LA CÔTE-NORD. MRN; DV 83-14, 27 pages, 19 plans.

MADORE, L., PERREAULT, S., 2005a. Compilation géoscientifique - Géologie 1/50 000, 12P06 - BLANC-SABLON. In: MRNF, 2010. CARTE(S) GÉOLOGIQUE(S) DU SIGEOM - feuillet 12P. CG SIGEOM12P, 6 plans.

MADORE, L., PERREAULT, S., 2005b. Compilation géoscientifique - Géologie 1/50 000, 12P11 - COLLINES DE BRADOR. In: MRNF, 2010. CARTE(S) GÉOLOGIQUE(S) DU SIGEOM - feuillet 12P. CG SIGEOM12P, 6 plans.

PERREAULT, S., HEAMAN, L.M., 2003. Géologie et géochronologie de la Basse-Côte-Nord (entre Chevery et Blanc-Sablon) dans la Province géologique de Grenville. In: GÉOLOGIE ET RESSOURCES MINÉRALES DE LA PARTIE EST DE LA PROVINCE DE GRENVILLE. MRN; DV 2002-03, pp. 119–146.

 

Autres publications

BOSTOCK, H.H., CUMMING, L.M., WILLIAMS, H., SMYTH, W.R., 1983. Sheet 2 of 3, geology, Strait of Belle Isle area, northwestern insular Newfoundland, southern Labrador and adjacent Quebec. Map 1495A. Scale: 1:125 000. In: Geology of the Strait of Belle Isle area, northwestern insular Newfoundland, southern Labrador and adjacent Quebec. Commission géologique du Canada; Mémoires, 400, 145 pages et 2 plans. GS# NFLD/1430.2. https://doi.org/10.4095/109264

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FONG, C.C.K., 1967. Paleontology of the Lower Cambrian Archaeocyatha-bearing Forteau Formation in Southern Labrador. Memorial University of Newfoundland; Mémoire de maîtrise en sciences, 241 pages. https://hdl.handle.net/20.500.14783/3027

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Citation suggérée

Ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Groupe de Labrador. Lexique stratigraphique du Québec. https://gq.mines.gouv.qc.ca/lexique-stratigraphique/plate-forme-du-saint-laurent/groupe-de-labrador [cité le jour mois année].

 

Collaborateurs

Première publication

Céline Dupuis, géo., Ph. D. celine.dupuis@mrnf.gouv.qc.ca (rédaction)

Philippe Pagé, géo., Ph. D. (coordination); Charles St-Hilaire, géo., M. Sc. (lecture critique); Simon Auclair, géo., M. Sc. (révision linguistique); André Tremblay (montage HTML)

12 mai 2026