
| Auteur(s) : |
Schuchert et Dunbar, 1934
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| Âge : |
Néoprotérozoïque supérieur à Cambrien inférieur (Série 2)
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| Stratotype : | La coupe type est située près de la baie de Brador, où des affleurements continus le long des falaises côtières révèlent la succession stratigraphique complète. Cette localité sert de référence pour la corrélation de l'unité à travers le SE du Labrador, l'île de Terre-Neuve et le Québec |
| Région type : |
Région du hameau de Brador, situé sur la rive orientale de la baie de Brador, à 7 km au nord du village de Lourdes-de-Blanc-Sablon (coin NE du feuillet SNRC 12P06 NE)
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| Province géologique : |
Plate-forme du Saint-Laurent
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| Subdivision géologique : |
Plate-forme d'Anticosti
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| Lithologie : | Roches sédimentaires terrigènes |
| Catégorie : |
Lithostratigraphique
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| Rang : |
Formation
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| Statut : | Formel |
| Usage : | Actif |
- Groupe de Labrador
- Formation de Hawke Bay
- Formation de Forteau
- membre de Big Hill
- membre de Mackenzie Hill
- Membre de Devils Cove
- Formation de Bradore
- Membre de l'Anse-au-Clair
- Membre de Crow Head
- Membre de Blanc-Sablon
- Formation de Lighthouse Cove
- Formation de Bateau
Historique
Le Groupe de Labrador, qui comprend la Formation de Bradore, a fait l'objet de plusieurs travaux, et ce, depuis les années 1860 sur la côte SE du Labrador et la partie nord de Terre-Neuve par la Commission géologique du Canada et la Commission géologique de Terre-Neuve-et-Labrador (voir fiche du groupe pour références). C'est Schuchert et Dunbar (1934) qui définissent le groupe sur le plan lithostratigraphique, et qui introduisent la Formation de Bradore.
Au Québec, la Formation de Bradore apparaît dans la région de Blanc-Sablon (coin NE du feuillet SNRC 12P06 et coin SE du feuillet 12P11) dans les travaux de Bostock et al. (1983) pour décrire une unité de grès arkosique rouge à rose pâle et bordeaux avec proportion mineure de conglomérat. Dans sa carte de compilation régionale du feuillet 12P, Avramtchev (1984) définit simplement une unité indifférenciée de grès et de grès dolomitique dans la région de Blanc-Sablon, qui englobe également les roches correspondant à la Formation de Forteau. Gower et al. (1997) reprennent la terminologie de Bostock et al. (1983). Perreault et Heaman (2003) et Madore et Perreault (2005a-b) définissent la Formation de Bradore comme du grès conglomératique, de l'arénite quartzitique, de l'arénite feldspathique, avec des niveaux de siltstone et de mudstone ainsi que des lentilles de conglomérat polygénique à cailloux et à galets de quartzite dispersés à la base de la formation. Le nom fait référence au hameau de Brador, situé sur la rive orientale de la baie de Brador (coin NE du feuillet 12P06).
Description
La Formation de Bradore est constituée principalement d'arénite feldspathique et quartzitique dont la couleur varie de brun-rouge à blanchâtre (Gower et al., 1997; Perreault et Heaman, 2003). Par endroits, l'unité contient des lentilles de conglomérat et des lits de siltstone et de mudstone. Cette séquence de roches sédimentaires terrigènes est assignée à un environnement transgressif de dépôts de plaine alluvionnaire côtière sur la marge continentale du Craton laurentien, dans des environnements marins peu profonds à côtiers, passant de milieux fluviaux entrelacés à la base à des conditions estuariennes et marines côtières vers le haut (Hiscott et al., 1984; Long et Yip, 2009; Gower, 2019).
La coupe type de la Formation de Bradore est située près de la baie de Brador, où des affleurements continus le long des falaises côtières révèlent la succession stratigraphique complète, depuis la discordance basale jusqu'au grès à stratifications entrecroisées supérieur (Long et Yip, 2009; Gower, 2019). Des études sédimentologiques détaillées menées sur ce site ont permis de subdiviser la formation en trois membres : en position basale, le Membre de Blanc-Sablon (grès à cailloux et conglomérat), sus-jacent, le Membre de Crow Head (grès à surface burinée), et en position supérieure, le Membre d’Anse-au-Clair (grès quartzeux à stratifications entrecroisées) (Hiscott et al., 1984; Gower et al., 1997; Long et Yip, 2009; Gower, 2019).
Le Membre de Blanc-Sablon comprend 30 à 50 m de grès arkosique à subarkosique brun rougeâtre, à grain moyen à grossier et à stratifications obliques (Gower et al., 1997; Perreault et Heaman, 2003). Celui-ci préserve les évidences de sables déposés dans un environnement de rivières anastomosées à drainage vers l'est au sein d'une plaine côtière sablonneuse (Hiscott et al., 1984). À la base du Membre de Blanc-Sablon, on trouve des lentilles d'épaisseur décimétrique à métrique de conglomérat polygénique à fragments jointifs ou flottants, à cailloux et galets de quartzite, à granules de quartz et de feldspath rose, et à fragments de roches métamorphiques, généralement hématitisées (Gower et al., 1997; Perreault et Heaman, 2003; Gower, 2019; Soukup et al., 2024). La matrice gréseuse, de granulométrie moyenne à grossière, est composée de quartz et de feldspath (Perreault et Heaman, 2003). Ce conglomérat basal marque le début de la transgression marine cambrienne et la formation de la marge passive iapétienne (Gower, 2019; Soukup et al., 2024). Sur certains affleurements, une fine zone de régolite ou d'altération est observée, celle-ci étant composée de feldspath potassique altéré, de quartz et de minéraux argileux soulignant l'exposition subaérienne avant la transgression marine.
Le grès contient une fraction conglomératique à la base et devient plus mature vers le sommet du membre (Gower et al., 1997; Perreault et Heaman, 2003). Par endroits, le grès est interstratifié avec de minces lits de mudstone et de siltstone rouges. Les principales caractéristiques comprennent des stratifications entrecroisées en creux et planaires-tabulaires avec des orientations polymodales, suggérant de forts courants de marée et un remaniement sur un plateau balayé par les vagues (Hiscott et al., 1984; Perreault et Heaman, 2003; Gower, 2019; Soukup et al., 2024).
Le Membre de Crow Head comprend 20 à 25 m de grès fin similaire à celui du Membre de Blanc-Sablon (Gower et al., 1997; Perreault et Heaman, 2003). La principale différence réside dans la présence, dans le Membre de Crow Head, de terriers verticaux attribués à l'ichnogenre Skolithos linearis, interprétés comme des traces de vers annélides. Le Membre de Crow Head représente un milieu deltaïque, ou estuarien, passant à un estuaire marin normal propice à la prolifération d'organismes dans les habitats oxygénés et peu profonds, lesquels sont influencés par les processus de marée (Hiscott et al., 1984; Long et Yip, 2009; Gower, 2019).
Le Membre de l'Anse-au-Clair, d'une puissance de 3 à 8 m, comprend principalement une arénite quartzitique bien triée et une arénite feldspathique avec quelques minces lits de siltstone et de mudstone rougeâtres (Gower et al., 1997; Perreault et Heaman, 2003). Au sommet du membre, on observe un grès par endroits conglomératique à granules avec des intraclastes de grès cimentés (Gower et al., 1997). Le grès est généralement massif et contient plusieurs ichnofossiles qui sont interprétés comme des traces d’organismes fouisseurs, incluant des terriers verticaux et horizontaux (Skolithos et Palaeophycus), ainsi que des traces attribuées à des trilobites (Cruziana) (Gower et al., 1997). Les grès du Membre de l'Anse-au-Clair sont interprétés comme des dépôts infralittoraux de faible profondeur à supralittoraux de plaines de sable (Hiscott et al., 1984). La présence de chenaux à la base du membre et de structures de paléocourants bimodaux suggère un système littoral chenalisé associé à une barrière de sable en mouvement.
Épaisseur et distribution
La Formation de Bradore est exposée dans l'extrémité SE du Québec, dans la localité de Blanc-Sablon (feuillets 12P06 et 12P11), et se poursuit le long de la côte sud du Labrador. Au Québec, la formation s'étend sur ~25 km selon un axe N-S et ~9 km selon un axe E-W, les zones exposées devenant de plus en plus discontinues vers le nord, en s'éloignant de la côte. Son épaisseur varie de 67 à 105 m du SW au NE (Hiscott et al., 1984). Dans son ensemble, la Formation de Bradore montre une épaisseur variable allant de 0 à 300 m (Gower et al., 1997; Long et Yip, 2009; Gower, 2019). Cette variation serait attribuable à la topographie du socle précambrien du Bouclier canadien, dominé dans la région par des terrains grenvilliens, sur lequel se sont accumulées les roches silicoclastiques de la formation. Elle refléterait les changements latéraux dans la préservation et l'érosion à l’échelle de son extension (Long et Yip, 2009; Gower et al., 1997; Gower, 2019).
Datation
Aucune.
Relations stratigraphiques
La Formation de Bradore repose en discordance sur le socle grenvillien (Complexe de Saint-Augustin au Québec; Perreault et Heaman, 2003). Par endroits, sous la discordance, le socle grenvillien est hématitisé et transformé en un assemblage de minéraux argileux verts, tels la chlorite et autres phyllosilicates (Gower et al., 1997). Ce sont les vestiges d'un paléorégolite du Cambrien inférieur (Série 2) attribué au climat tropical qui régnait à cette époque. La partie supérieure de la formation passe graduellement de manière concordante à la Formation de Forteau sus-jacente (Gower et al., 1997; Long et Yip, 2009; Gower, 2019).
La séquence de roches sédimentaires terrigènes de la Formation de Bradore est assignée à un environnement transgressif de dépôts de plaine alluvionnaire côtière sur la marge continentale du Craton laurentien (Hiscott et al., 1984; Gower et al., 1997). La présence d'intraclastes de grès cimentés dans le conglomérat, au sommet du Membre de l'Anse-au-Clair, et d'un contact net (érosif par endroits) entre les formations de Bradore et de Forteau suggèrent que la barrière de sable a été remaniée lors de la transgression marine qui a marqué la base de la Formation de Forteau et qui a mené à un dépôt mixte silicoclastique-carbonaté (Gower et al., 1997; Long et Yip, 2009; Gower, 2019).
Paléontologie
La Formation de Bradore contient plusieurs ichnofossiles, incluant des traces attribuées à des organismes fouisseurs, notamment des terriers verticaux et horizontaux (Skolithos et Palaeophycus), ainsi que des traces de trilobites (Cruziana) (Gower et al., 1997). Pour une description plus détaillée, il est possible de consulter la fiche du Groupe de Labrador.
Références
Publications accessibles dans SIGÉOM Examine
AVRAMTCHEV, L., 1984. CARTE DES GÎTES MINÉRAUX DU QUÉBEC : RÉGION DE LA CÔTE-NORD. MRN; DV 83-14, 27 pages, 19 plans.
MADORE, L., PERREAULT, S., 2005a. Compilation géoscientifique - Géologie 1/50 000, 12P06 - BLANC-SABLON. In: MRNF, 2010. CARTE(S) GÉOLOGIQUE(S) DU SIGEOM - feuillet 12P. CG SIGEOM12P, 6 plans.
MADORE, L., PERREAULT, S., 2005b. Compilation géoscientifique - Géologie 1/50 000, 12P11 - COLLINES DE BRADOR. In: MRNF, 2010. CARTE(S) GÉOLOGIQUE(S) DU SIGEOM - feuillet 12P. CG SIGEOM12P, 6 plans.
PERREAULT, S., HEAMAN, L.M., 2003. Géologie et géochronologie de la Basse-Côte-Nord (entre Chevery et Blanc-Sablon) dans la Province géologique de Grenville. In: GÉOLOGIE ET RESSOURCES MINÉRALES DE LA PARTIE EST DE LA PROVINCE DE GRENVILLE. MRN; DV 2002-03, pages 119–146.
Autres publications
BOSTOCK, H.H., CUMMING, L.M., WILLIAMS, H., SMYTH, W.R., 1983. Sheet 2 of 3, geology, Strait of Belle Isle area, northwestern insular Newfoundland, southern Labrador and adjacent Quebec. Map 1495A. Scale: 1:125 000. In: Geology of the Strait of Belle Isle area, northwestern insular Newfoundland, southern Labrador and adjacent Quebec. Commission géologique du Canada, Mémoires; 400, 145 pages et 2 plans. GS# NFLD/1430.2. https://doi.org/10.4095/109264
GOWER, C.F., 2019. Regional Geology of Eastern Labrador (Eastern Makkovik and Grenville Provinces). Department of Natural Resources, Government of Newfoundland and Labrador; Memoir 4, 617 pages. https://www.gov.nl.ca/em/mines/geoscience/reports-maps/docs/memoir-4-gower/
GOWER, C.F., KNIGHT, I., PERREAULT, S., 1997. Plate 1. Geological map of part of the Pinware terrane showing excursion route and dated localities. Scale: 1:300 000 (approx.). In: Field guide to the geology of the Pinware terrane in southeasternmost Labrador and adjacent eastern Quebec. Government of Newfoundland and Labrador, Department of Mines and Energy, Geological Survey, Open File 012P/0085. GS# 012P/0085. Preview Map
HISCOTT, R.N., JAMES, N.P., PEMBERTON, S.G., 1984. Sedimentology and ichnology of the Lower Cambrian Formation, coastal Labrador: fluvial to shallow-marine transgressive sequence. Bulletin of Canadian Petroleum Geology; volume 32, pages 11-26. https://archives.datapages.com/data/cspg/data/032/032001/0011.htm
LONG, D.G.F., YIP, S.S., 2009. The Early Cambrian Bradore Formation of Southeastern Labrador and adjacent parts of Quebec: Architecture and genesis of clastic strata on an early Paleozoic wave-swept shallow marine shelf. Sedimentary Geology; volume 215, pages 50-69. https://doi.org/10.1016/j.sedgeo.2009.01.001
SCHUCHERT, C., DUNBAR, C.O., 1934. Stratigraphy of western Newfoundland. Geological Society of America; Memoir 1, 123 pages. https://doi.org/10.1130/MEM1
SOUKUP, M., BERANEK, L.P., LODE, S., GOUDIE, D., GRANT, D., 2024. Late Ediacaran to Early Cambrian Breakup Sequences and Establishment of the Eastern Laurentian Passive Margin, Newfoundland, Canada. American Journal of Sciences; volume 324. https://doi.org/10.2475/001c.93038
Citation suggérée
Ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Formation de Bradore. Lexique stratigraphique du Québec. https://gq.mines.gouv.qc.ca/lexique-stratigraphique/plate-forme-du-saint-laurent/formation-de-bradore [cité le jour mois année].
Collaborateurs
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Première publication |
Céline Dupuis, géo., Ph. D. celine.dupuis@mrnf.gouv.qc.ca (rédaction) Philippe Pagé, géo., Ph. D. (coordination); Charles St-Hilaire, géo., M. Sc. (lecture critique); Simon Auclair, géo., M. Sc. (révision linguistique); André Tremblay (montage HTML) |
