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Suite de Nuvulialuk
Étiquette stratigraphique : [ppro]nuv
Symbole cartographique : pPnuv

Première publication: 16 novembre 2017
Dernière modification: 17 avril 2018
Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
pPnuv2 Roches ultramafiques
pPnuv1 Gabbro et gabbronorite
 
Auteur :Verpaelst et al., 2000
Âge :Précambrien / Protérozoïque / Paléoprotérozoïque
Coupe type : 
Région type :Région de la rivière Koroc (feuillet SNRC 24I)
Province géologique :Province de Churchill
Subdivision géologique :Zone noyau
Lithologie :Intrusions mafiques et ultramafiques
Type :Lithodémique
Rang :Suite
Statut :Formel
Usage :Actif

 

 

 

Historique

La Suite de Nuvulialuk a été introduite par Verpaelst et al. (2000) dans la région de la rivière Koroc (SNRC 24I) afin de regrouper des bandes de roches intrusives mafiques et ultramafiques. Elle a été poursuivie vers le sud, dans la région du lac Henrietta (Lafrance et al., 2015), et vers le nord, dans la région de Pointe Le Droit (Mathieu et al., 2018).

Description

La Suite de Nuvulialuk comprend deux unités: une unité de gabbro et de gabbronorite (pPnuv1) et une unité de roches ultramafiques (pPnuv2). Les roches du Nuvulialuk renferment fréquemment des niveaux décimétriques de paragneiss et de quartzite du Groupe de Lake Harbour (pPhb).

Suite de Nuvulialuk1 (pPnuv1) : Gabbro et gabbronorite

L’unité pPnuv1 comprend du gabbro et du gabbronorite ainsi qu’un peu de diorite, de diorite à orthopyroxène et de norite, tous équigranulaires, de granulométrie moyenne à fine, mouchetés  noir et blanc et d’aspect massif à folié. Par endroits, les intrusions mafiques ont subi une certaine fusion partielle qui se manifeste par la présence de néosome en amas diffus (patch migmatite). Ce néosome est plus grenu et hérérogène que le paléosome. Le plagioclase est granoblastique, localement séricitisé et se trouve entre les grains plus grossiers de minéraux mafiques. Il renferme parfois des inclusions arrondies de quartz.

Le gabbro et la diorite sont généralement non magnétiques et contiennent 30 à 65 % de minéraux mafiques, principalement de la hornblende verte et de l’actinote avec, régulièrement, du clinopyroxène (<25 %). La présence de quartz (<5 %) et de biotite brune est fréquente. Cette dernière représente généralement moins de 5 % des phases minérales, toutefois, elle peut être en proportion équivalente à la hornblende dans certains échantillons. Dans les zones déformées, les amphiboles et la biotite sont alignées dans la foliation. Localement, le clinopyroxène est mieux préservé et représente le principal minéral mafique. Il forme alors de gros cristaux poecilitiques en partie ouralitisés ou de petits grains granoblastiques. Le gabbronorite, la diorite à orthopyroxène et la norite sont magnétiques et un peu plus riche en minéraux mafiques. Ils renferment, en plus des minéraux mafiques cités ci-dessus, de l’orthopyroxène. Des intercroissances entre les pyroxènes et le quartz sont observées en lames minces.

Les principaux minéraux accessoires de l’unité pPnuv1 sont les minéraux opaques (2 à 5 %; ilménite, sulfures ± magnétite), l’apatite, le sphène, l’épidote, le zircon et, plus localement, les carbonates, l’allanite, la muscovite, la tourmaline et le grenat. Les reliques de pyroxènes sont plus fréquentes dans le centre des intrusions. Près des contacts, là où la circulation de fluides a été plus prononcée, les roches sont complètement amphibolitisées. Dans le secteur de Keglo Bay (SNRC 24P04), un niveau décimétrique à métrique riche en oxydes a été observé dans une gabbronorite assignée à la Suite de Nuvulialuk.

 

Suite de Nuvulialuk 2 (pPnuv2) : Roches ultramafiques

Sur le terrain, les roches ultramafiques de la Suite de Nuvulialuk sont facilement identifiables puisqu’elles forment des collines assez bien alignées, à patine chamois ou brun orangé (présence de lichen) et à texture de peau d’éléphant, causée par l’érosion différentielle du réseau de joints polygonaux à la surface de la roche. Dans la région de la rivière Koroc, les roches ultramafiques sont souvent plus fortement désagrégées en sable. Malgré la préservation de certaines textures magmatiques, les roches ultramafiques sont généralement foliées.

Verpaelst et al. (2000) décrivent quatre types de roches ultramafiques dans l’unité pPnuv2 : la dunite, la péridotite, la pyroxénite et la hornblendite. Les travaux de Pedreira Pérez (2017) n’ont toutefois pas démontré la présence de dunite. Les intrusions de grandes dimensions sont différenciées et montrent un litage magmatique bien préservé et un assemblage minéralogique primaire. On y retrouve différents faciès de roches, passant graduellement de harzburgite et lherzolite riches en cumulats à la base, surmontées de webstérite à olivine, puis de gabbro. Ces roches sont homogènes et de granulométrie fine à moyenne. On y observe des veines de magnétite et de serpentine en relief positif ainsi que du spinelle vert ou brun (hercynite et picotite; <5 %), de l’ilménite (<5 %), de la chromite (<3 %) ainsi que de fines disséminations de magnétite (<5 %) et de sulfures (<5 %). Ces derniers sont disséminés, en grains xénomorphes de moins de 1 mm. L’assemblage le plus couramment observé consiste en pyrrhotite, pentlandite ± chalcopyrite ± pyrite. Les autres minéraux accessoires comprennent la phlogopite, l’apatite et le rutile. Dans la région de la rivière Koroc, de l’anorthosite a localement été observée en association avec les roches ultramafiques.

L’harzburgite est principalement constituée de serpentine (40 à 85 %), avec ou sans reliques d’olivine, d’orthopyroxène (7 à 50 %), d’amphiboles (1 à 15 %), de clinochlore (1 à 12 %), de chromite (1 à 3 %), de magnétite et d’ilménite (<1 %). L’orthopyroxène forme des agrégats à extinction ondulante de grains millimétriques subidiomorphes à xénomorphes. La lherzolite comprend essentiellement les mêmes phases minérales, mais en proportions différentes, le clinopyroxène, l’orthopyroxène et les amphiboles étant en plus grande quantité entre les cristaux d’olivine serpentinisés. Les pyroxènes forment aussi des grains subidiomorphes à xénomorphes atteignant localement 15 mm. Les reliques d’olivines dans les péridotites font entre 1 mm et 2 cm de diamètre et sont entourées de serpentine ou à couronne d’orthopyroxène. Les grains de chromite ont un aspect zoné dû à la présence d’une bordure d’hercynite. La déformation et le métamorphisme se manifestent par la serpentinisation et l’iddingsitisation de l’olivine à divers degrés et par la formation de cristaux aciculaires de trémolite et de clinochlore orientés aléatoirement. Dans de rares cas, on note que l’épidote se développe sur l’amphibole et la chlorite. Localement, les fractures tardives dans la roche contiennent des carbonates, de la prehnite et de l’épidote. Dans certaines lames minces de roches carbonatées associées aux ultramafites, on note l’abondance de cristaux d’olivine, de pyroxène et de spinelle associés aux carbonates. Il pourrait s’agir de zones d’altération et de métamorphisme des roches ultramafiques de type listwaenites. 

La webstérite à olivine renferme majoritairement des pyroxènes, sous forme de grands cristaux ou de matrice granoblastique fine, et de 5 à 25 % de cumulats d’olivine variablement serpentinisée (antigorite et iddingsite). On y trouve aussi de petits feutres de phlogopite et de clinochlore, du plagioclase (1 à 5 %), de l’actinote, de la magnétite et du spinelle. Lors de la déformation et du métamorphisme, une partie de ces pyroxènes se sont transformés en agrégats granoblastiques de pyroxènes et d’amphiboles en proportions variables, accompagnés d’un peu de clinochlore. Le spinelle apparaît aux points triples à l’intérieur de ces agrégats. Même les grands cristaux de pyroxène se transforment en amphibole sous forme de taches à l’intérieur ou à la périphérie des grains. Dans les zones de déformation intense, la roche devient un schiste à trémolite et chlorite avec une structure nématoblastique. Localement, les pyroxènes sont complètement transformés en un mélange de hornblende et d’actinote.

L’amphibolite est une roche à grain fin à grossier, équigranulaire et composé de hornblende, de trémolite, d’actinote, de phlogopite, de chlorite et parfois d’un peu de plagioclase interstitiel. Les amphiboles sont granoblastiques ou forment de grands cristaux enchevêtrés ou lépidoblastiques. Des reliques d’orthopyroxène serpentinisé ont été observées dans certaines lames minces. Les minéraux opaques (<5 %), l’apatite, la magnétite, l’hercynite, l’ilménite, la chlorite et les sulfures sont les principaux minéraux accessoires.

Épaisseur et distribution

Les intrusions de la Suite de Nuvulialuk forment généralement des intrusions de moins de 1 km de largeur sur 1 à 5 km de longueur. Les intrusions les plus grosses se trouvent dans les secteurs du Mont Nuvulialuk (SNRC 24I06) et du lac Ijurvik (SNRC 24I03), où elles atteignent 2 à 3 km de largeur sur près de 20 km de longueur. La Suite de Nuvulialuk se trouve dans la partie est de la Zone noyau et est limitée par la Zone de cisaillement de Moonbase (ZCM), à l’ouest, et par le Couloir de déformation de Blumath (CDB), à l’est. 

Datation

L’âge de 1863 Ma, obtenu dans un niveau décamétrique d’amphibolite sur l’affleurement 98-DB-3099, est interprété comme celui de la mise en place de cette lithologie. L’amphibolite est foliée et montre un degré de déformation moindre que le gneiss tonalitique dans lequel elle est intercalée. Selon cet âge, l’amphibolite a vraisemblablement été juxtaposée de façon tectonique aux gneiss tonalitique pendant l’épisode de déformation paléoprotérozoïque. Selon Verpaelst et al. (2000), il pourrait donc s’agir d’un dyke de la Suite de Nuvulialuk. L’âge archéen est interprété comme un âge d’héritage de zircons ayant subi une remobilisation lors du métamorphisme trans-hudsonien.

Un âge autour de 1840 Ma, considéré comme celui de la cristallisation, a été obtenu sur un échantillon prélevé par la Commission géologique du Canada à l’été 2014 dans une intrusion mafique de la Suite de Nuvulialuk (pPnuv1). L’échantillon a été prélevé dans la portion nord-est du feuillet SNRC 24H10.

 

Système isotopiqueMinéralÂge de cristallisation (Ma)(+)(-)Âge d’héritage (Ma)(+)(-)Référence(s)
U-PbZircon18401414   Corrigan et al., 2018
U-PbZircon18637724981212David et al., 2008 (98DB3099)

 

 

Relation(s) stratigraphique(s)

Les roches ultramafiques intrusives et métamorphisées de la Suite de Nuvulialuk sont régulièrement associées spatialement aux métasédiments du Groupe de Lake Harbour. Les contacts avec les paragneiss et les quartzites sont empreints d’une altération importante suggérant une circulation de fluides. Verpaelst et al. (2000), interprètent ces roches intrusives comme des filons-couches et des dykes de quelques kilomètres de longueur qui se sont mis en place à l’intérieur des séquences volcano-sédimentaires du Groupe de Lake Harbour. Elles forment aussi des niveaux imbriqués à l’intérieur des complexes gneissiques archéens. 

Les travaux de Pedreira Pérez (2017) semblent indiquer que certaines intrusions assignées à la Suite de Nuvulialuk, mises en place à proximité du Corridor de déformation de Blumath (CDB), correspondent à une séquence ophiolitique. Toutefois, les travaux de Charette (2016) indiquent que les métasédiments du secteur ont commencé à fusionner à partir de 1885 Ma (début du régime compressif et de l’enfouissement). L’âge de 1840 Ma obtenu dans la Suite de Nuvulialuk semble donc exclure la possibilité qu’il s’agisse d’une ophiolite mais plutôt d’intrusions différenciées.

Paléontologie

Ne s’applique pas. 

Références

Auteur(s)TitreAnnée de publicationHyperlien (EXAMINE ou Autre)
CHARETTE, B.Long-lived Anatexis in the Exhumed Middle Crust from the Torngat Orogen and Eastern Core Zone: Constraints from Geochronology, Petrochronology, and Phase Equilibria Modeling. University of Waterloo; mémoire de maîtrise, 427 pages. 2016Source
CORRIGAN, D. – WODICKA, N. – McFARLANE, C. – LAFRANCE, I. – VAN ROOYEN, D. – BANDYAYERA, D. – BILODEAU, C.Lithotectonic framework of the Core Zone, Southeastern Churchill Province. Geoscience Canada; volume 45, pages 1-24.2018Source
DAVID, J. –  MAURICE, C. –  SIMARD, M.Datations isotopiques effectuées dans le nord-est de la Province du Supérieur; travaux de 1998, 1999 et 2000. Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Québec; DV 2008-05, 88 pages.2008DV 2008-05
LAFRANCE, I. – BANDYAYERA, D. – BILODEAU, C.Géologie de la région du lac Henrietta (SNRC 24H). Ministère des Ressources naturelles, Québec; RG 2015-01, 62 pages.2015RG 2015-01
MATHIEU, G. – LAFRANCE, I. – VANIER, M.A.Géologie de la région de Pointe le Droit, sud-est de la Province de Churchill, Nunavik, Québec, Canada. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec.2018Bulletin géologiQUE
PEDREIRA PÉREZ, R.La Suite mafique-ultramafique de Nuvulialuk : une nouvelle séquence ophiolitique dans l’arrière-pays de la Zone noyau du sud-est de la Province de Churchill (Québec). Université du Québec à Chicoutimi; mémoire de maîtrise, 170 pages. 2017
VERPAELST, P. – BRISEBOIS, D. – PERREAULT, S. – SHARMA, K.N.M. – DAVID, J.Géologie de la région de la rivière Koroc et d’une partie de la région de Hébron (24I et 14L). Ministère des Ressources naturelles, Québec; RG 99-08, 62 pages, 10 plans.2000RG 99-08

 

 

 

 

16 novembre 2017