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Complexe de Sukaliuk
Étiquette stratigraphique :[arch][ppro]suk
Symbole cartographique : ApPsuk

Première publication: 16 novembre 2017
Dernière modification: 17 avril 2018

 

 

Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
ApPsuk5 Intrusions felsiques à grenat
ApPsuk4 Roches métasédimentaires
       ApPsuk4a Paragneiss migmatitique
       ApPsuk4b Quartzite
ApPsuk3 Roches mafiques et ultramafiques
       ApPsuk3a Roches mafiques
       ApPsuk3b Roches mafiques à grenat
       ApPsuk3c Anorthosite et anorthosite quartzifère
       ApPsuk3d Roches ultramafiques
ApPsuk2 Orthogneiss granitique à hypersthène
ApPsuk2a Orthogneiss granitique
ApPsuk1 Orthogneiss tonalitique à hypersthène
        ApPsuk1a Orthogneiss tonalitique
        ApPsuk1b Gneiss granulitique rubané à alternance de rubans tonalitiques et granitiques
 
Auteur :Verpaelst et al., 2000
Âge :Archéen; Paléoprotérozoïque
Coupe type : 
Région type :Région de la rivière Koroc (feuillet SNRC 24I)
Province géologique :Province de Churchill
Subdivision géologique :Orogène des Torngat
Lithologie :Gneiss
Type :Lithodémique
Rang :Complexe
Statut :Formel
Usage :Actif

 

 

Historique

Le Complexe de Sukaliuk a été introduit par Verpaelst et al. (2000) dans la région de la rivière Koroc et de Hébron (SNRC 24I et 14L) pour décrire un ensemble d’orthogneiss, de roches supracrustales et de roches mafiques pour la plupart métamorphisés au faciès des granulites et faisant partie de l’Orogène des Torngat, c’est-à-dire le secteur à l’est du Couloir de déformation de Blumath (CDB). Une partie de ce complexe avait été assignée au Complexe de Lomier par Girard (1990) lors de la cartographie au 1/50 000 de la région du lac Courdon (SNRC 14E12). Les roches granulitiques présentes à l’ouest de la Zone de cisaillement du lac Pilliamet (ZCLP) ont été réassignées au Complexe de Sukaliuk par Lafrance et al. (2015), tout comme les roches cartographiées par Verpaelst et al. (2000) dans la région directement au nord.

Les conditions climatiques de l’été 1998 ont restreint les travaux de terrain et fait en sorte que Verpaelst et al. (2000) n’ont pas toujours pu différencier les gneiss granulitiques du Complexe de Sukaliuk selon leur composition. Ils avaient ainsi regroupé une grande partie du Sukaliuk dans une unité de gneiss granulitiques indifférenciés. Cette subdivision n’a pas été utilisée par Lafrance et al. (2015, 2016) dans le prolongement vers le sud, les travaux de ces auteurs ayant permis de subdiviser le Sukaliuk selon la composition dominante. La synthèse régionale de l’ensemble du sud-est de la Province de Churchill (SEPC; Lafrance et Charette, 2018), les vérifications de terrain effectuées à l’été 2017 dans la région de la rivière Koroc et de Hébron ainsi que la coloration d’échantillons récoltés au cours des étés 1998 et 2017 ont permis d’uniformiser la nomenclature de cette unité en fonction de la composition dominante (Mathieu et al., 2018) et d’abandonner l’unité de gneiss granulitique indifférenciés.

Dans le cadre de la synthèse régionale du sud-est de la Province de Churchill (SEPC; Lafrance et Charrette, 2018), les 7 unités déjà connues ont été ramenées à 5 unités informelles (ApPsuk1 à ApPsuk5). Ces changements dans la nomenclature sont détaillés dans le tableau ci-dessous.

 

Unités et sous-unités uniformiséesUnités et sous-unités antérieuresRéférences(s)
ApPsuk1ApPsuk2Lafrance et al., 2015, 2016
 ApPsuk1Verpaelst et al., 2000
ApPsuk1aApPsuk2a

Lafrance et al., 2015, 2016

ApPsuk1b
ApPsuk2ApPsuk3Lafrance et al., 2015, 2016
 ApPsuk1Verpaelst et al., 2000
ApPsuk2aApPsuk3aLafrance et al., 2015, 2016
ApPsuk3aApPsuk6Lafrance et al., 2015, 2016
ApPsuk3bApPsuk6aLafrance et al., 2015, 2016
ApPsuk3c
ApPsuk3dApPnuv2Verpaelst et al., 2000; Lafrance et al., 2015
ApPsuk4aApPsuk4Lafrance et al., 2015, 2016
ApPsuk4bApPsuk5Verpaelst et al., 2000
ApPsuk5ApPsuk4aLafrance et al., 2015, 2016

 

Description

Le Complexe de Sukaliuk est divisée en cinq unités informelles : 1) une unité d’orthogneiss tonalitique à hypersthène (ApPsuk1); 2) une unité d’orthogneiss granitique à hypersthène (ApPsuk2); 3) une unité de roches mafiques et ultramafiques (ApPsuk3); 4) une unité de métasédiments (ApPsuk4); et 5) une unité d’intrusions felsiques à grenat (ApPsuk5). Les différentes unités du Complexe de Sukaliuk sont coupées par les roches intrusives de la Suite d’Inuluttalik et renferment souvent des niveaux décimétriques à métriques d’autres unités du Sukaliuk.

 

Complexe de Sukaliuk 1 (ApPsuk1) : Orthogneiss tonalitique à hypersthène

L’unité ApPsuk1 est l’unité principale du Complexe de Sukaliuk. La roche de granulométrie fine à moyenne est caractérisée par une couleur gris verdâtre en cassure fraîche, typique des roches à orthopyroxène, et une teinte blanchâtre à gris pâle en surface altérée. Elle montre aussi une microstructure granoblastique équigranulaire bien développée. Le rubanement du gneiss est souvent difficile à observer, particulièrement en cassure fraîche; les colorations mettent toutefois en évidence l’alternance de rubans millimétriques à centimétriques de composition tonalitique et dioritique quartzifère (12 à 25 % de quartz). Ce rubanement est aussi défini par la présence d’une phase intrusive leucocrate plus grenue en rubans diffus, millimétriques à centimétriques, de teinte cassonade ou vert plus clair. Ces rubans pourraient représenter des leucosomes, des injections tardives ou le résultat d’une ségrégation métamorphique ou de la circulation de fluides métamorphiques. La majorité des affleurements du Complexe de Sukaliuk sont couverts de lichen, ce qui ne permet pas de bien reconnaître la présence de cette phase enderbitique ou, plus rarement, charnockitique. Le gneiss est également injecté à divers degrés par l’enderbite (par endroits la charnockite) de la Suite d’Inuluttalik. Ces injections, similaires aux rubans leucocrates décrits précédemment, se trouvent aussi en contact diffus avec le gneiss et sont difficiles à distinguer en affleurements. Les échantillons sciés permettent une meilleure distinction entre les deux phases. Le gneiss renferme entre 1 et 25 % d’enclaves étirées ou de niveaux centimétriques à décimétriques de diorite à orthopyroxène ou de gabbronorite granoblastiques.

Le gneiss de l’unité ApPsuk1 contient de 5 à 20 % de biotite et d’hypersthène, mais la hornblende verte et le clinopyroxène sont aussi couramment observés, particulièrement dans les niveaux de diorite quartzifère. La biotite montre un pléochroïsme intense passant de jaunâtre à brun rouge foncé. L’hypersthène est généralement frais, altéré en serpentine (surtout iddingsite) par endroits ou transformé en un mélange de hornblende et d’actinote. Le quartz fumé forme des rubans ou des tiges millimétriques discontinus et montre une extinction roulante prononcée. Le feldspath potassique (≤5 %) est localement observé en petits cristaux interstitiels. Les minéraux opaques (surtout la magnétite) et l’apatite sont toujours présents (2 à 5 %). Les autres minéraux accessoires (épidote, grenat, sphène, allanite, zircon et calcite) sont observés en faibles quantités.

Les rubans plus grenus observés dans les gneiss renferment de l’orthopyroxène idiomorphe centimétrique et des tiges de quartz bien développées, leur donnant un aspect de leucosomes déformés. Bien que des indices de fusion partielle aient été abondamment identifiés sur les affleurements visités dans le Complexe de Sukaliuk, peu d’évidences de ce processus sont visibles en lames minces. Il est possible que la majorité des microstructures de fusion partielle aient été oblitérées lors de la déformation subséquente à la migmatitisation. Le style de déformation et l’absence de structures de fluage suggèrent que ces unités ne contenaient pas de contraste rhéologique important lors de l’événement de déformation, excluant la possibilité qu’une grande proportion de leucosome ait été présente à cette période. Un épisode de migmatitisation a probablement eu lieu au stade précoce de l’Orogène des Torngat, au cours duquel l’extraction du liquide de fusion partielle fut efficace. Ceci explique la préservation des paragenèses au faciès des granulites en raison des conditions anhydres générées par l’extraction du liquide (Charette, 2016).

Complexe de Sukaliuk 1a (ApPsuk1a) : Orthogneiss tonalitique

Dans certains secteurs, le gneiss tonalitique ne renferme pas d’hypersthène et est métamorphisé au faciès des amphibolites. Plusieurs de ces zones se trouvent en bordure des zones de failles, dont la Zone de cisaillement du lac Pilliamet  (ZCLP), et pourraient être associées à un phénomène de métamorphisme rétrograde au faciès des amphibolites. Par contre, on observe aussi des niveaux métriques de gneiss tonalitique intercalés avec les gneiss à orthopyroxène, ce qui laisse croire que la composition initiale de la roche pourrait expliquer la présence ou l’absence d’hypersthène. La composition du gneiss de la sous-unité ApPsuk1a varie de la tonalite à la diorite quartzifère. La roche est de couleur grise, non magnétique et contient entre 5 et 20 % d’enclaves ou de niveaux, centimétriques à décimétriques, de diorite à hornblende et biotite. Elle renferme aussi 5 à 15 % de rubans ou de dykes centimétriques subconcordants de granite rose plus grenu. Le quartz (10 à 25 %) forme des rubans à proximité des zones de déformation. Les minéraux mafiques (7 à 20 %) sont majoritairement constitués de biotite brune avec, plus localement, de la hornblende et de la magnétite. Les minéraux accessoires sont peu abondants et consistent en feldspath potassique, apatite, chlorite, épidote, hématite et zircon.

 

Complexe de Sukaliuk 1b (ApPsuk1b) : Gneiss granulitique rubané à alternance de rubans tonalitiques et granitiques

 

La sous-unité ApPsuk1b est une composante mineure du Complexe de Sukaliuk. Elle est composée de gneiss à orthopyroxène montrant une alternance de rubans millimétriques à centimétriques de composition soit tonalitique soit granitique. La teinte gris-cassonade en cassure fraiche et la patine beige indépendamment de la composition des rubans est caractéristique. Seule la proportion variable de minéraux mafiques (environ 5 % pour les rubans granitiques et de 10 à 25 % pour les rubans tonalitiques) permet d’individualiser les types de rubans en affleurement. Les roches de l’unité ApPsuk1b renferment les même phases minérales et ont les mêmes structures que l’unité ApPsuk1.

Complexe de Sukaliuk 2 (ApPsuk2) : Orthogneiss granitique à hypersthène

En affleurement, l’unité ApPsuk2 est parfois difficile à distinguer de l’unité ApPsuk1. De façon générale, la roche a une teinte verdâtre un peu plus pâle ou cassonade et renferme peu de minéraux mafiques (5 à 10 %). Les colorations font bien ressortir l’alternance des rubans granitiques et granodioritiques dans le gneiss. À l’exception du feldspath potassique, les roches de l’unité ApPsuk2 renferment les mêmes phases minérales et possèdent les mêmes structures que l’unité ApPsuk1.

 

Complexe de Sukaliuk 2a (ApPsuk2a) : Orthogneiss granitique

À l’instar de l’unité ApPsuk1, l’unité ApPsuk2 comprend aussi des zones montrant un rétromorphisme au faciès des amphibolites. La majorité de ces zones semble aussi associée à la présence de grands cisaillements à proximité de la ZCLP. Ce gneiss granitique, similaire à celui observé dans le Complexe de Kangiqsualujjuaq (ApPkan2), est finement recristallisé, de couleur gris pâle et contient5 à 30 % de rubans millimétriques de granite rose, un peu plus grenu mais aussi granoblastique. Il renferme aussi 25 à 40 % de feldspath potassique, 20 à 25 % de quartz et 5 à 12 % de minéraux mafiques. Ces derniers consistent majoritairement en biotite brune parfois chloritisée avec, plus localement, un peu de hornblende verte. Les principaux minéraux accessoires sont l’apatite et les minéraux opaques.

Complexe de Sukaliuk (ApPsuk3) : Roches mafiques et ultramafiques

L’unité ApPsuk3 comprend l’ensemble des roches mafiques et ultramafiques d’origine intrusive ou effusive du Complexe de Sukaliuk. À l’exception des lithologies ultramafiques, les roches de l’unité ApPsuk3 partagent de nombreuses caractéristiques pétrographiques communes.  L’unité est subdivisée en quatre sous-unités informelles: 1) une sous-unité de roches mafiques (ApPsuk3a); 2) une sous-unité de roches mafiques à grenat (ApPsuk3b); une sous-unité d’anorthosite et d’anorthosite quartzifère (ApPsuk3c); et 4) une sous-unité de roches ultramafiques (ApPsuk3d).

Complexe de Sukaliuk 3a (ApPsuk3a) : Roches mafiques

La sous-unité ApPsuk3a est la plus représentée des roches mafiques du Complexe de Sukaliuk. La roche de granulométrie fine à moyenne est homogène, équigranulaire, granoblastique et semble peu déformée, sauf à proximité des zones de faille. D’une composition variant de gabbro à gabbronorite, sa couleur est gris foncé à verdâtre en cassure fraîche avec une patine d’altération poivre et sel. Les roches mafiques contiennent 25 à 65 % de minéraux mafiques, principalement de la hornblende verte à brune et du clinopyroxène avec, plus localement, de l’orthopyroxène sous la forme de porphyroblastes. La biotite, en petits feuillets bruns à rouges, est presque toujours présente, mais ne constitue qu’une phase secondaire (<5 %). Les autres minéraux accessoires sont les minéraux opaques (1 à 5 %), le quartz (<3 %), l’apatite, le zircon, les carbonates et la phlogopite. Les roches mafiques renferment couramment une phase diffuse leucocrate (<10 %), grossièrement grenue, formant des amas et des rubans millimétriques à centimétriques discontinus à l’intérieur de la roche, ainsi que des porphyroblastes d’orthopyroxène. Des rubans centimétriques et des bandes métriques de lithologies mafiques sont généralement rubanés avec les roches des unités dominantes du Complexe de Sukaliuk.

Complexe de Sukaliuk 3b (ApPsuk3b) : Roches mafiques à grenat

Les roches mafiques contenant du grenat ont été regroupées dans la sous-unité ApPsuk3b. D’autres niveaux décimétriques à décamétriques ont aussi été observés à l’intérieur de l’unité de métasédiments ApPsuk4, mais n’ont pu être cartographiés à l’échelle de nos travaux. Le grenat compte généralement pour 10 à 25 % de la roche et se présente sous la forme de porphyroblastes de 3 à 8 mm. Des niveaux et des rubans centimétriques à métriques avec plus de 50 % de grenat sont aussi communs. En plus du grenat, la roche contient les mêmes minéraux que l’unité ApPsuk3a. Par contre, elle est généralement rubanée, plus riche en minéraux mafiques et a l’aspect d’un gneiss ou d’une amphibolite. La structure rubanée et l’association spatiale de cette sous-unité avec les paragneiss de l’unité ApPsuk4a suggèrent que cette unité est d’origine supracrustale.

Complexe de Sukaliuk 3c (ApPsuk3c) : Anorthosite et anorthosite quartzifère

Des niveaux de composition anorthositique ont été rapportés par Verpaelst et al. (2000). Cette sous-unité est difficile à distinguer des gneiss tonalitiques à intermédiaires à orthopyroxène de l’unité ApPsuk1, du fait de la patine beige et de la teinte vert-olive identique, et est donc probablement sous-représentée suite aux travaux de cartographie de l’été 2017 (Mathieu et al., 2018). Les roches de cette sous-unité présentent un rubanement compositionnel centimétrique à décimétrique. Le plagioclase est granoblastique en grain très fin à fin, le quartz forme des lentilles étirées ou des tiges. Les minéraux mafiques (5 à 10 %) sont regroupés en amas millimétriques, aplatis et étirés, composés d’orthopyroxène, de clinopyroxène, de hornblende et de biotite rouge. Les phases accessoires sont le sphène, l’apatite et les minéraux opaques. Cette sous-unité intègre également des quantités mineures de gabbronorite granoblastique en rubans centimétriques.

Complexe de Sukaliuk 3d (ApPsuk3d) : Roches ultramafiques

La sous-unité ApPsuk3d est composée de dunite, de lherzolite, de webstérite à olivine et de pyroxénite, foliées. La patine est généralement brun clair avec une cassure fraiche vert très sombre à noir. La rocheaffleure sous forme de niveaux métriques à hectométriques concordants aux autres sous-unités du Complexe de Sukaliuk, majoritairement à proximité d’un contact avec les métasédiments de l’unité ApPsuk4 ou bien interlités avec ces derniers. Les roches sont composées de proportions variables d’olivine, souvent partiellement remplacée par la serpentine et la magnétite, d’orthopyroxène, partiellement remplacé par l’iddingsite et les carbonates, le clinopyroxène et l’actinote. Les phases accessoires représentent 10 à 15 % du mode et sont la magnétite et le spinelle (hercynite et picotite). La serpentine est remobilisée en veinules millimétriques. Les structures primaires sont parfois préservées comme des niveaux à reliques d’olivine (cumulat), même si sous le microscope les minéraux sont granoblastiques et partiellement remplacés.

 

Complexe de Sukaliuk 4 (ApPsuk4) : Roches métasédimentaires

L’unité ApPsuk4 regroupe des lambeaux de métasédiments, principalement du paragneiss migmatitique (ApPsuk4a) et des quantités mineures de quartzite (ApPsuk4b). Elle est associée à des anomalies magnétiques négatives bien définies sur la composante résiduelle du champ magnétique total. L’unité ApPsuk4 est aussi observée en niveaux moins épais, intercalés avec les unités d’orthogneiss du Complexe de Sukaliuk.

Complexe de Sukaliuk 4a (ApPsuk4a) : Paragneiss migmatitiques

Le paragneiss est variablement migmatitisé et renferme 0 à 30 % de rubans millimétriques à centimétriques de mobilisat de couleur blanchâtre ou cassonade à verdâtre, selon la présence ou non de l’hypersthène. Le quartz, 30 à 60 % du mode, est systématiquement recristallisé en lentilles ou en tiges et montre une extinction roulante prononcée. Les colorations et les lames minces mettent en évidence les variations de composition dans le paragneiss et le leucosome, particulièrement en ce qui concerne la proportion de feldspath potassique qui varie de 0 à 35 % selon les échantillons. Des niveaux décimétriques à métriques montrent une fusion partielle plus importante (métatexite et diatexite, rubanées). De même, plusieurs niveaux plus épais de leucosome sont observés dans le paragneiss. Les métasédiments possèdent une microstructure granoblastique fine et sont bien foliés. Ils contiennent 2 à 15 % de cristaux millimétriques de grenat rose foncé (1 à 4 mm) et 10 à 25 % de feuillets de biotite brun foncé à rouge. Des rubans riches en hornblende verte, du clinopyroxène et de l’orthopyroxène sont aussi observés plus localement; ce dernier étant plus commun dans le leucosome. On observe aussi par endroits une alternance de niveaux avec et sans hypersthène, ainsi que des niveaux riches en sillimanite ou en graphite. Les principaux minéraux accessoires sont les minéraux opaques, l’apatite, le graphite, le zircon, la serpentine, la chlorite, le sphène, l’allanite, les carbonates et le rutile.

Dans certains secteurs, particulièrement dans la partie nord du SEPC, le paragneiss de l’unité ApPsuk4 contient aussi des niveaux décimétriques à métriques d’amphibolite à clinopyroxène et grenat, de quartzite, de marbre et de roches calcosilicatées. 

Complexe de Sukaliuk 4b (ApPsuk4b) : Quartzite

Le quartzite est souvent impur et forme des lambeaux de moins d’un kilomètre de largeur. Il renferme plus de 75 % de quartz, des feldspaths, de la biotite et de la muscovite. Les minéraux accessoires observés sont l’apatite, la tourmaline, le zircon et le graphite. Le quartzite peut aussi contenir des sulfures et de la magnétite. Les grains de quartz peuvent être engrenés, lenticulaires ou en rubans. Les micas donnent parfois une microstructure lépidoblastique au quartzite, surtout évidente en lame mince, mais qui peut donner un aspect lité à la roche. Le quartzite est régulièrement traversé par des veines et des veinules de quartz.

 

Complexe de Sukaliuk 5 (ApPsuk5): Intrusions felsiques à grenat

L’unité ApPsuk5 regroupe les secteurs caractérisés par d’importantes masses intrusives blanchâtres, à enclaves de paragneiss, interprétées comme le résultat de la fusion de ces métasédiments. À l’instar des rubans de leucosome observés dans les métasédiments, ces roches sont de composition tonalitique ou granitique, en plus d’être riches en quartz (30 à 60 %), massives, homogènes et de granulométrie moyenne à grossière. Elles contiennentt 2 à 10 % de schlierens de biotite et 1 à 5 % de grenat.

Épaisseur et distribution

Le Complexe de Sukaliuk forme une bande N-S de 20 à 50 km de largeur suivie sur plus de 325 km de longueur qui représente la partie occidentale de l’Orogène des Torngat. Il est limité par le Corridor de déformation de Blumath (CDB), à l’ouest, et par la Zone de cisaillement du lac Pilliamet (ZCLP), à l’est. Dans la partie nord du SEPC, la ZCLP (et le Complexe de Sukaliuk) converge vers la Zone de cisaillement d’Abloviak, celle-ci bifurquant vers l’ouest-nord-ouest dans ce secteur.

De façon générale, l’unité d’orthogneiss tonalitique à hypersthène ApPsuk1 représente le faciès dominant. L’unité de paragneiss ApPsuk4 est la deuxième en importance et forme des séquences atteignant 10 à 15 km de largeur sur 30 à 70 km de longueur, ainsi que des corps, de forme elliptique, de 3 à 4 km de largeur sur 6 à 10 km de longueur. L’unité ApPsuk2 se concentre aux bordures ouest et est du Complexe de Sukaliuk, où elle forme des bandes d’au plus 7 km de largeur sur 40 km de longueur. Les autres unités couvrent des surfaces plus restreintes et forment des bandes lenticulaires, généralement de moins de deux kilomètres de largeur au sein du complexe.

Datation

Les datations réalisées sur plusieurs échantillons d’orthogneiss tonalitique de l’unité ApPsuk1 ont donné des âges archéens pour la cristallisation et paléoprotérozoïques pour le métamorphisme . L’étalement des âges archéens (3019 à 2716 Ma) démontre l’existence de plusieurs générations de zircons archéens et reflète la complexité de cette unité qui renferme plusieurs phases en contact diffus.

Une datation a aussi été effectuée sur une diatexite à biotite, à grenat et à sillimanite provenant de la fusion partielle d’un paragneiss de la sous-unité ApPsuk4a. Les âges détritiques obtenus varient de 2092 à 2690 Ma, indiquant que le paragneiss est d’âge paléoprotérozoïque. Les âges paléoprotérozoïques des zircons et des monazites permettent quant à eux de situer l’âge de cristallisation du leucosome entre 1812 et 1825 Ma. Les âges Lu-Hf sur grenats réalisés par Charette (2016) indiquent toutefois que la fusion des métasédiments aurait commencé plus tôt, soit autour de 1896 Ma.

 

Système isotopiqueMinéralUnitéÂge de cristallisation (Ma)(+)(-)Âge d’héritage (Ma)(+)(-)Âge métamorphique (Ma)(+)(-)Référence(s)
U-PbZirconApPsuk128971111   17675555Corrigan et al., 2018 (13IL3157)
U-PbZirconApPsuk127188827791313   David et al., communication personnelle (14BC6224)
U-PbZirconApPsuk127161414

2802

3019

11

24

11

24

184455Davis et al., 2018 (2013-MP-0057)
U-PbMonaziteApPsuk1      191188Davis et al., 2018 (2013-MP-0057)
U-PbZirconApPsuk1a26591414   18005050Corrigan et al., 2018 (13SB4161)
U-PbZirconApPsuk4a181266

2092

2690

24

20

24

20

18011313Davis et al., 2018 (2013-BC-6150)
U-PbMonaziteApPsuk4a182577      Davis et al., 2018 (2013-BC-6150)

Relation(s) stratigraphique(s)

Les différentes unités du Complexe de Sukaliuk sont coupées par les roches intrusives de la Suite d’Inuluttalik et contiennent souvent des niveaux décimétriques à métriques des autres unités du Complexe de Sukaliuk. Il a été difficile de distinguer les deux unités sur le terrain étant donné la qualité médiocre des affleurements visités (importante couverture de lichen) et la ressemblance entre les lithologies. Le contact entre les deux unités semble diffus en cassure fraîche; toutefois les colorations permettent de bien faire ressortir les différences structurales. La Suite d’Inuluttalik pourrait représenter une phase évoluée issue de la fusion partielle des roches du Complexe de Sukaliuk. Cette hypothèse est basée sur l’étroite association spatiale entre les deux unités, ainsi que sur la présence de nombreux schlierens de biotite et d’enclaves centimétriques à décimétriques du Complexe de Sukaliuk à l’intérieur des roches intrusives de la Suite d’Inuluttalik.

Le Complexe de Sukaliuk est en contact de faille avec le Complexe de Kangiqsualujjuaq, à l’ouest (CDB), et le Complexe de Lomier, à l’est (ZCLP).

Paléontologie

Ne s’applique pas. 

Références

Auteur(s)TitreAnnée de publicationHyperlien (EXAMINE ou Autre)
CHARETTE, B.Long-lived Anatexis in the Exhumed Middle Crust from the Torngat Orogen and Eastern Core Zone: Constraints from Geochronology, Petrochronology, and Phase Equilibria Modeling. University of Waterloo; mémoire de maîtrise, 427 pages. 2016Source
CORRIGAN, D. – WODICKA, N. – McFARLANE, C. – LAFRANCE, I. – VAN ROOYEN, D. – BANDYAYERA, D. – BILODEAU, C.Lithotectonic framework of the Core Zone, Southeastern Churchill Province. Geoscience Canada; volume 45, pages 1-24.2018Source
DAVIS, D. – GOUTIER, J. – LAFRANCE, I. – TALLA TAKAM, F.Datations U-Pb effectuées dans les provinces du Supérieur et de Churchill en 2013-2014. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec.2018RP 2017-01
GIRARD, R.Géologie de la région du lac Courdon, territoire du Nouveau-Québec. Ministère des Ressources naturelles, Québec; MB 90-24, 60 pages.1990MB 90-24
LAFRANCE, I. – CHARETTE, B.Sud-est de la Province de Churchill, Nunavik, Québec, Canada : synthèse de la géologie. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec.2018Bulletin géologiQUE
LAFRANCE, I. – BANDYAYERA, D. – BILODEAU, C.Géologie de la région du lac Henrietta (SNRC 24H). Ministère des Ressources naturelles, Québec; RG 2015-01, 62 pages.2015RG 2015-01
LAFRANCE, I. – BANDYAYERA, D. – CHARETTE, B. – BILODEAU, C. – DAVID, J.Géologie de la région du lac Brisson (SNRC 24A). Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec; RG 2016-05; 61 pages.2016RG 2015-05
MATHIEU, G. – LAFRANCE, I. – VANIER, M.A.Géologie de la région de Pointe le Droit, sud-est de la Province de Churchill, Nunavik, Québec, Canada. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec.2018Bulletin géologiQUE
VERPAELST, P. – BRISEBOIS, D. – PERREAULT, S. – SHARMA, K.N.M. – DAVID, J.Géologie de la région de la rivière Koroc et d’une partie de la région de Hébron (24I et 14L). Ministère des Ressources naturelles, Québec; RG 99-08, 62 pages, 10 plans.2000RG 99-08

 

 

16 novembre 2017