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Complexe de Kangiqsualujjuaq
Étiquette stratigraphique : [arch][ppro]kan
Symbole cartographique : ApPkan

Première publication :  
Dernière modification :

 

 

Subdivision(s) informelle(s)
La numérotation ne reflète pas nécessairement la position stratigraphique.
 
ApPkan3 Gneiss rubané
ApPkan2 Gneiss granitique
ApPkan2a Gneiss monzonitique à monzodioritique
ApPkan1 Gneiss tonalitique
ApPkan1a Tonalite à grain fin
ApPkan1b Gneiss dioritique
 
Auteur :Verpaelst et al., 2000
Âge :Archéen; Paléoprotérozoïque
Coupe type : 
Région type :Région de la rivière Koroc (feuillet SNRC 24I)
Province géologique :Province de Churchill
Subdivision géologique :Zone noyau
Lithologie :Gneiss
Type :Lithodémique
Rang :Complexe
Statut :Formel
Usage :Actif

 

Historique

Le nom « Complexe de Kangiqsualujjuaq » a été introduit par Verpaelst et al. (2000) dans la région de la rivière Koroc (feuillet SNRC 24I) pour désigner une unité de gneiss tonalitique migmatitisé à divers degrés. Ces auteurs avaient alors assigné le gneiss granitique et les roches intrusives granitiques reconnus dans le même secteur au Complexe de Baudan. Cette terminologie n’a pas été reprise par Simard et al. (2013), Lafrance et al. (2014, 2015, 2016) et Charette et al. (2016), puisqu’elle ne permettait pas de distinguer les zones migmatitiques d’envergure régionale des zones de gneiss, comme l’avait fait Taylor (1979). Les zones migmatitiques ont ainsi été assignées au Complexe de Qurlutuq, alors que les gneiss tonalitique et granitique étaient regroupés dans le Complexe d’Ungava. Toutefois, les travaux de synthèse du sud-est de la Province de Churchill (SEPC) ont permis de diviser ce secteur en divers domaines lithotectoniques. Les gneiss observés à l’est de la Zone de cisaillement de Moonbase (ZCM) sont maintenant reconnus comme distincts de ceux identifiés dans la région de Kuujjuaq et de la baie d’Ungava, à l’ouest de la Zone de cisaillement de la Rivière George (ZCRG). Lafrance et al. (2015) ont d’ailleurs noté une composante granitique plus importante dans les gneiss situés à l’est de la ZCM. 

Le Complexe de Kangiqsualujjuaq a ainsi été redéfini afin de regrouper l’ensemble des gneiss gris de composition tonalitique à granitique localisés entre la ZCM, à l’ouest, et le Couloir de déformation de Blumath (CDB), à l’est. Il comprend donc une partie des affleurements de gneiss granitique gris auparavant assignés au Complexe de Baudan, mais exclut les roches migmatitiques dérivées de la fusion de ces gneiss qui ont plutôt été assignées au Complexe de Fougeraye (Mathieu et al., 2018).

Le nom Kangiqsualujjuaq provient du village nordique éponyme localisé dans le feuillet 24I12, à l’embouchure de la rivière George.

Description

Le Complexe de Kangiqusualujjuaq est constitué de gneiss coupés par plusieurs phases granitiques protérozoïques sous la forme d’injections multiples et de dykes faisant partie intégrante du complexe. Les gneiss renferment aussi des niveaux et des enclaves décimétriques à décamétriques de diorite et de gabbro. Le complexe comprend trois unités informelles : 1) une unité de gneiss tonalitique (ApPkan1); 2) une unité de gneiss granitique (ApPkan2); et 3) une unité de gneiss rubané (ApPkan3).

Complexe de Kangiqsualujjuaq 1 (ApPkan1) : Gneiss tonalitique

La composition du gneiss de l’unité ApPkan1 est majoritairement tonalitique, mais passe localement à une diorite quartzifère. Il est gris moyen à pâle et renferme entre 5 et 25 % de rubans millimétriques à centimétriques leucocrates de composition tonalitique. Certains de ces rubans blanchâtres représentent du leucosome. La roche est bien foliée, à granulométrie fine à moyenne et montre des structures de recristallisation partielle et un rubanement assez bien défini. Ce rubanement est généralement accentué par la présence d’injections granitiques subconcordantes à la gneissosité. Il renferme entre 8 et 15 % de minéraux ferromagnésiens dans des proportions variant d’un ruban à l’autre. Ces minéraux, soit principalement la biotite brune à verte avec des quantités plus variables de hornblende, définissent une forte foliation. Le gneiss de l’unité ApPkan1 peut renfermer jusqu’à 5 % de feldspath potassique, interstitiel ou en exsolutions, réparti de façon hétérogène dans la roche. Le quartz est à extinction ondulante et les minéraux felsiques montrent couramment des bordures engrenées, indiquant une recristallisation dynamique. Les principaux minéraux accessoires sont, par ordre d’importance, l’apatite, le zircon, l’épidote, les minéraux opaques, le sphène, la muscovite et l’allanite. Le plagioclase est faiblement séricitisé par endroits.

Sous-unité ApPkan1a : Tonalite à grain fin

Dans certains secteurs, le Complexe de Kangiqsualujjuaq renferme des niveaux décamétriques à kilométriques de tonalite à biotite foliée et homogène. Ces tonalites pourraient représenter des intrusions archéennes tardives non foliées et non déformées qui ont résisté à la déformation et la fusion partielle au Paléoprotérozoïque. La présence de petits rubans centimétriques de mobilisat dans la tonalite indique qu’elle a tout de même subi un certain degré de fusion partielle. La tonalite est une roche à grain fin, homogène, gris clair à gris très pâle, équigranulaire et partiellement recristallisée. Elle renferme 10 à 15 % de biotite et moins de 8 % de feldspath potassique.

Sous-unité ApPkan1b : Gneiss dioritique

Les roches gneissiques de couleur plus foncée et de composition majoritairement dioritique ont été assignées à la sous-unité ApPkan1b. Cette unité forme de minces lambeaux de moins de 2 km de largeur à l’intérieur des autres unités de gneiss du Complexe de Kangiqsualujjuaq. Elle se trouve aussi sous la forme de niveaux centimétriques à métriques à l’intérieur des gneiss tonalitiques de l’unité ApPkan1. La roche est caractérisée par une alternance de rubans millimétriques à décimétriques de diorite, de diorite quartzifère et de mobilisat blanchâtre de composition tonalitique (10 à 25 %). Certains niveaux décimétriques sont plus affectés par la fusion partielle. La biotite et l’amphibole sont présentes en proportion plus importante que dans l’unité ApPkan1 (15 à 35 %), particulièrement en ce qui concerne la hornblende. Les minéraux accessoires observés au microscope sont le sphène (<1 %), le feldspath potassique (<2 %), l’épidote, l’apatite, l’allanite, les minéraux opaques et le zircon. La roche montre une microstructure granoblastique et un début d’orientation de l’ensemble des phases minérales. La hornblende renferme des inclusions de quartz et de plagioclase.

Complexe de Kangiqsualujjuaq 2 (ApPkan2) : Gneiss granitique

En affleurement, le gneiss granitique de l’unité ApPkan2 est difficile à différencier du gneiss tonalitique de l’unité ApPkan1. Il présente une teinte gris pâle et renferme des rubans blanchâtres et rosés de composition granitique ou granodioritique concordants à la gneissosité. L’examen des lames minces et des colorations a mis en évidence le pourcentage élevé de feldspath potassique (20 à 35 %) et une proportion globalement plus faible de minéraux ferromagnésiens (4 à 12 %) sous la forme de feuillets de biotite alignés et contenant des inclusions de zircon. Le gneiss est finement grenu avec une foliation définie par l’alignement de la biotite et un début d’orientation préférentielle de la matrice quartzofeldspathique. Les grains de feldspath potassique sont distribués de manière homogène dans la roche et ont subi une recristallisation moyenne à forte, au même titre que les grains de plagioclase et de quartz. Le quartz est à extinction ondulante et on observe la présence de myrmékites. Les minéraux accessoires sont peu abondants et consistent en épidote, allanite, apatite, minéraux opaques, zircon, hématite, sphène et muscovite. De faibles altérations sont observées par endroits, telles qu’une séricitisation du plagioclase et une choritisation de la biotite.

 

Sous-unité ApPkan2a : Gneiss monzonitique à monzodioritique

On reconnaît localement des gneiss potassiques de composition intermédiaire qui ont été regroupés dans l’unité ApPkan2a. Sur le terrain, ces gneiss ont été décrits comme des gneiss dioritiques plus ou moins migmatitisés similaires à ceux de l’unité ApPkan1b. L’examen des colorations et des lames minces a toutefois mis en évidence la présence de feldspath potassique en quantité notable, ce qui donne à ces roches une composition qui varie de la monzodiorite à la monzonite. Les roches de l’unité ApPkan2a renferment entre 20 et 30 % de hornblende verte et de biotite brune, et contiennent couramment des rubans riches en minéraux accessoires, dont les principaux sont l’épidote, le sphène, les minéraux opaques, l’apatite et l’allanite.

 

Complexe de Kangiqsualujjuaq 3 (ApPkan3) : Gneiss rubané

L’unité ApPkan3 est caractérisée par un gneiss tonalitique semblable à celui de l’unité ApPkan1, mais qui renferme entre 25 à 45 % de rubans de granite rose millimétriques à centimétriques parallèles à la gneissosité. Ces rubans sont finement à moyennement grenus, partiellement recristallisés et ont subi la même déformation que la portion tonalitique du gneiss. Cette unité pourrait représenter des secteurs où les tonalites archéennes ont été coupées par des dykes prétectoniques de granite. Les deux phases auraient par la suite été déformées, plissées et parallélisées par la déformation et le métamorphisme. Le gneiss est partiellement recristallisé et les bordures de grains sont couramment engrenées. Les minéraux ferromagnésiens (5 à 15 %) sont dominés par la biotite, localement partiellement chloritisée, avec un peu de hornblende par endroits. Les minéraux opaques, l’épidote, le sphène, l’apatite et le zircon constituent les principaux minéraux accessoires.

 

Épaisseur et distribution

Le Complexe de Kangiqsualujjuaq couvre une superficie importante dans les régions du lac Henrietta (Lafrance et al., 2015), du lac Brisson (Lafrance et al., 2016) et de la rivière Koroc (Verpaelst et al., 2000; Mathieu et al., 2018). Il est limité à l’ouest par la Zone de cisaillement de Moonbase (ZCM), qui vient se buter au nord sur la Zone de cisaillement de la rivière George (ZCRG), et à l’est par le Couloir de déformation de Blumath (CDB). Les unités ApPkan1 et ApPkan2, d’ampleurs similaires, sont les plus importantes. Elles forment des bandes de plusieurs kilomètres de largeur qui sont suivies sur plusieurs kilomètres de longueur. Les autres unités et sous-unités forment des lambeaux de dimensions plus restreintes.

 

Datation

Des datations réalisées sur plusieurs échantillons de gneiss (David et al., 2009; Davis et al., 2014, 2018) ont donné des âges de cristallisation archéens et des âges de métamorphisme paléoprotérozoïques. L’étalement important des âges archéens (2,9 à 2,6 Ga) indique une évolution géologique complexe.  

Jusqu’à présent, les âges obtenus dans le gneiss tonalitique du Complexe de Kangiqsualujjuaq (ApPkan1) sont plus anciens que ceux obtenus dans les gneiss de même composition du Complexe d’Ungava (ApPung2), à l’ouest de la ZCRG (2723 et 2803 Ma). Les âges de métamorphisme du Kangiqsualukjjuaq semblent aussi plus anciens que ceux de l’Ungava, correspondant davantage à la déformation reliée à l’Orogène des Torngat (1885 à 1800 Ma; Charette, 2016) qu’à celui du Nouveau-Québec (1840 à 1770 Ma).
 
Système isotopiqueMinéralUnitéÂge de cristallisation (Ma)(+)(-)Âge d’héritage (Ma)(+)(-)Âge métamorphique (Ma)(+)(-)Référence(s)
U-PbZirconApPkan128611111   18743131Davis et al., 2014 (2011-MS-0070A)
U-PbZirconApPkan1289655   18711515Davis et al., 2018 (2013-MP-0090)
U-PbZirconApPkan1

2921

55      David et al., 2009 (98-SP-4044A1)
U-PbZirconApPkan1>27671515   18481414David et al., 2009 (98-SP-4044A1)
U-PbZirconApPkan22,62 Ga        David et al., 2009 (98-SP-4079A)

Relation(s) stratigraphique(s)

Le Complexe de Kangiqsualujjuaq représente l’une des unités les plus anciennes de la Zone noyau. Il s’agit de l’encaissant de la majorité des unités intrusives paléoprotérozoïques; il forme également des enclaves dans ces mêmes unités. Les enclaves de gneiss du Complexe de Kangiqsualujjuaq sont particulièrement nombreuses dans les roches migmatitiques et les intrusions blanchâtres du Complexe de Fougeraye (pPfog), lesquelles sont interprétées comme le résultat de la fusion partielle des gneiss.

Paléontologie

Ne s’applique pas. 

Références

 

Auteur(s)TitreAnnée de publicationHyperlien (EXAMINE ou Autre)
CHARETTE, B.Long-lived Anatexis in the Exhumed Middle Crust from the Torngat Orogen and Eastern Core Zone: Constraints from Geochronology, Petrochronology, and Phase Equilibria Modeling. Master Thesis, University of Waterloo, 418 pages.2016Source
CHARETTE, B. – LAFRANCE, I. – MATHIEU, G.Géologie de la région du lac Jeannin (SNRC 24B). Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec.2016Rapport géologique électronique
DAVID, J. – MAURICE, C. – SIMARD, M.Datations isotopiques effectuées dans le nord-est de la Province du Supérieur – Travaux de 1998, 1999 et 2000. Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Québec; DV 2008-05.2009DV 2008-05
DAVIS, D.W. – SIMARD, M. – HAMMOUCHE, H. – BANDYAYERA, D. – GOUTIER, J. – PILOTE, P. – LECLERC, F. – DION, C.Datations U-Pb effectuées dans les provinces du Supérieur et de Churchill en 2011-2012. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec; RP 2014-05, 62 pages.2014RP 2014-05
DAVIS, D.W. – LAFRANCE, I. – GOUTIER, J. – TALLA TAKAM, F. – BANDYAYERA, D. – GIGON, J.Datations U-Pb dans les provinces de Churchill et du Supérieur effectuées au JSGL en 2013-2014. Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, Québec; RP 2017-01, 62 pages.2018RP 2017-01
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LAFRANCE, I. – BANDYAYERA, D. – BILODEAU, C.Géologie de la région du lac Henrietta (SNRC 24H). Ministère des Ressources naturelles, Québec; RG 2015-01, 62 pages.2015RG 2015-01
LAFRANCE, I. – SIMARD, M. – BANDYAYERA, D.Géologie de la région du lac Saffray (SNRC 24G-24F). Ministère des Ressources naturelles, Québec; RG 2014-02, 49 pages.2014RG 2014-02
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SIMARD, M. – LAFRANCE, I. – HAMMOUCHE, H. – LEGOUIX, C.Géologie de la région de Kuujjuaq et de la Baie d’Ungava (SNRC 24J et 24K). Ministère des Ressources naturelles, Québec; RG 2013-04, 60 pages.2013RG 2013-04
TAYLOR, F.C.Reconnaissance geology of a part of the Precambrian Shield, northeastern Quebec, northern Labrador and northwest Territories. Geological Survey of Canada; Memoir 393, 99 pages, 19 maps.1979Source
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17 avril 2018